Les coeurs du futur seront-ils réparés avec des feuilles d'épinard ?

Beaucoup de patients souffrant de problèmes cardiaques sont en attente d'une greffe de cœur, une attente qui peut parfois durer plusieurs mois. Afin de pallier le manque de transplants cardiaques, des chercheurs ont eu l'idée de développer une technique permettant d'adapter le tissu végétal des épinards aux exigences du tissu cardiaque humain.

Réparer un cœur malade grâce à des feuilles d'épinards ne sera peut-être bientôt plus de la science-fiction. Des chercheurs américains ont développé un procédé permettant de "décellulariser" le tissu végétal et de s'en servir comme structure de base pour recréer un tissu animal compatible avec le tissu cardiaque.

À l'origine de leur découverte, publiée dans la revue scientifique Biomaterials, une observation simple : le réseau vasculaire des plantes et des animaux est très similaire. Restait à pouvoir adapter le tissu végétal aux exigences d'une greffe de tissu cardiaque.

Pour cela, les chercheurs ont perfusé des feuilles d'épinard avec une solution contenant du détergent : sept jours plus tard, les feuilles étaient devenues transparentes, signe d'une décellularisation complète. Seule la paroi des cellules, composée principalement de cellulose, était restée, formant une sorte de charpente vascularisée. Double avantage de cette technique : les cellules végétales sont éliminées, ce qui prévient toute réaction immunitaire à l'origine d'un processus de rejet, et la cellulose, matériau biocompatible favorisant la réparation des tissus, est conservée.

Une oxygénation optimale des tissus cardiaques étant essentielle, les chercheurs ont alors évalué la capacité de cette charpente végétale à laisser circuler le flux sanguin sans entrave. Ils ont ainsi montré que le passage de particules de diamètre équivalent à celui des globules rouges - les cellules sanguines qui transportent l'oxygène jusqu'aux cellules - était compatible avec la taille de ces vaisseaux végétaux.

Par ailleurs, les chercheurs ont réussi à recellulariser les charpentes d'épinard avec des cellules humaines. Ces dernières adhèrent rapidement aux parois végétales et retrouvent même leurs fonctions cellulaires. À peine cinq jours après la colonisation de la charpente végétale par des cellules cardiaques provenant de cellules souches, ces dernières présentaient en effet la capacité de se contracter - une fonction essentielle pour le cœur.

L'avantage majeur de ce système est que les feuilles végétales décellularisées pourront être utilisées pour la production de greffes autologues, via l'utilisation des propres cellules des patients en attente d'une transplantation.

En attendant, avant que cette technique puisse être applicable en clinique, les dons d'organe restent essentiels pour les patients en attente d'un nouveau cœur.