"Je les trouve beaucoup plus détendus et sereins" : dans les Landes, le premier "village Alzheimer" offre une vie paisible aux malades

Marthe se fait coiffer dans le salon de coiffure du village landais par Nathalie. Cette dame est l\'une des 90 habitants souffrant d\'Alzheimer.
Marthe se fait coiffer dans le salon de coiffure du village landais par Nathalie. Cette dame est l'une des 90 habitants souffrant d'Alzheimer. (SOLENNE LE HEN / RADIO FRANCE)

Le village landais, à Dax, a ouvert ses portes à la mi-juin. Sa particularité : tous ses habitants souffrent d’Alzheimer. C'est une première en France.

Dans la maisonnée numéro neuf du "village landais", en ce début de journée, Marie-Thérèse fait la vaisselle du petit-déjeuner, la vaisselle de tous les habitants de la maison. Ils sont sept au total et chacun possède sa chambre. "J'adore faire ça", dit-elle dans un rire. Ici, on participe selon son envie à la vie quotidienne du groupe. Chacun vit à son rythme, ce n'est surtout pas la course. "On se lève quand on veut !, se réjouit Marie-Thérèse. On va sortir un peu. On peut faire des mots-mêlés, on peut toujours s'occuper ! Et puis on parle entre nous tous."

Des malades libres de leurs mouvements

Le "village landais", comme on le surnomme, est un vrai village, avec sa place, ses maisons, ses commerces. Inspiré d’un modèle néerlandais, le projet, public, a été lancé dans les Landes par l’ancien président du département, Henri Emmanuelli. En tout, 90 malades d’Alzheimer y vivent, âgés de 38 à 94 ans. Rien à voir avec les unités Alzheimer fermées qu’on connaît dans les Ehpad : là, les villageois – on ne parle pas de patients – sont libres de leurs mouvements et vivent pratiquement une vie ordinaire. Une vie tranquille, sereine, libre de tout mouvement, car s’il y a bien des clôtures qui encerclent le village, tous les habitants peuvent se promener à leur guise à l’intérieur des cinq hectares du domaine.

Georgette s’est installée dehors, sur la terrasse, et lit le journal qu'un petit groupe de villageois récupère chaque matin au centre du village. Pour les accompagner, il y a Annick, l’une des professionnelles. Elle ne porte pas de blouse. Après avoir récupéré quelques provisions à l’épicerie, le petit groupe s’arrête boire un café à la brasserie. "Votre café est servi jeune homme", lance le serveur, l'un des 120 bénévoles qui animent ce village landais.

Des progrès fulgurants

Entre la médiathèque et la salle de gym, le salon de coiffure de Nathalie : on y vit, on y discute, sur l'intégrale de Jean Ferrat par exemple. Marthe a décidé de changer de couleur. "Elle avait les cheveux tout blancs et elle a décidé de redevenir comme elle était à 20 ans : châtain", confie la coiffeuse. "Parce que je n'ai plus 20 ans !", rétorque Marthe.

Le temps passe, et nous avec !Marthe, une villageoiseà franceinfo

Au salon de coiffure, il y a aussi Claudine, 84 ans. Elle adore y passer ses après-midis, avec un goût de souvenir : c’est une ancienne coiffeuse. "Elle s'assoit, elle me regarde travailler et ce sont des grands moments... Tous les jours, tous les jours", explique Nathalie. À peine un mois déjà au village Alzheimer, et sa sœur Joëlle, venue en visite, trouve que les progrès sont fulgurants. "Là, c'est formidable, il y a une grande, grande amélioration, là tu t'exprimes aussi davantage, lui dit-elle. Tu te promènes toute seule maintenant ! Cela fait neuf mois où, franchement il n'y avait plus de goût, il y avait plus envie de rien et... Je suis pleine d'émotion, ça fait du bien", confie Joëlle, très émue.

Vraiment, c'est impressionnant. C'est une vie normale, une reprise de confiance en soi.Joëlle, une procheà franceinfo

Dans ce village où le temps s’écoule paisiblement, il n’y a pas d’entrave, et donc pas d’angoisse, explique Pascale Laserre-Sergent, la directrice du village Alzheimer. "Notre architecture et notre façon d'accompagner les villageois est bénéfique sur la pathologie, explique-t-elle. Ils se dépensent la journée parce qu'ils ont de l'activité physique, ils dorment bien la nuit, donc ils ont un rythme comme nous. Je les trouve beaucoup plus détendus et sereins." Une équipe de chercheurs de l’Inserm va d’ailleurs observer les villageois pour voir si ce modèle de prise en charge permet d’allonger leur espérance de vie.

Un village qui a un coût

La construction de ce village a coûté 30 millions d’euros : c'est 10 millions de plus qu’un Ehpad classique. D'ici quelques semaines, ils seront 120 villageois à y vivre, encadrés par 120 professionnels.

L’établissement fonctionne sur des fonds publics, si bien que le coût pour les familles est très raisonnable : 1 900 euros par mois en moyenne. Les villageois viennent de la France entière, et alors que ce village a ouvert il y a seulement un peu plus d’un mois, la liste d’attente compte déjà 200 personnes. On estime en France que plus de 900 000 malades souffrent d’Alzheimer ou d’une maladie proche.

A la découverte du village Alzheimer - Reportage de Solenne Le Hen
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