Endométriose : à quelles conditions les femmes peuvent-elles faire congeler leurs ovocytes ?

Endométriose : à quelles conditions les femmes peuvent-elles faire congeler leurs ovocytes ?
Endométriose : à quelles conditions les femmes peuvent-elles faire congeler leurs ovocytes ?

L'endométriose dont souffre Lorie n’est pas assez sévère pour qu’elle ait le droit de congeler ses ovocytes. Pour pouvoir le faire, les femmes doivent présenter certaines formes de la maladie, identifiées comme à "haut risque" pour la fertilité. Explications.

"Monsieur Macron, laissez-nous congeler nos ovocytes", implorait Lorie le 18 octobre 2018, dans une lettre ouverte au Président de la République. Atteinte d’endométriose, la chanteuse n’est pas autorisée à congeler ses ovocytes pour préserver sa fertilité : la forme de sa maladie n’est pas assez sévère. Quels sont les critères de sévérité que doit présenter l’endométriose, pour que la femme puisse accéder à ce doit ? Le Dr Isabella Chanavaz-Lacheray, spécialiste de l’endométriose et médecin de la reproduction, nous répond point par point.

  • La préservation de fertilité s’inscrit dans un cadre législatif strict. Dans la loi du 7 Juillet 2011 relative à la bioéthique, il est spécifié qu' "en vue de la réalisation ultérieure d'une assistance médicale à la procréation, toute personne peut bénéficier du recueil et de la conservation de ses gamètes ou de tissu germinal, avec son consentement, lorsqu'une prise en charge médicale est susceptible d'altérer sa fertilité ou que sa fertilité risque d'être prématurément altérée. "Cela concerne surtout le cancer et ses traitements (chirurgie, chimiothérapie, radiothérapie), mais peut concerner l'endométriose", explique le médecin.       

 

  • Pas de fatalité, l’endométriose n’est en aucun cas synonyme de stérilité. "La maladie est un facteur de risque d’infertilité."

 

  •  La maladie, qui se définit comme la présence des cellules de l'endomètre en dehors de leur site naturel -la cavité utérine-, peut se présenter sous plusieurs formes. Tous les cas d'endométriose ne relèvent pas d’une préservation de fertilité. "Les cas, par exemple, où seul l'utérus est touché ne concernent pas les ovocytes. Les congeler ne serait d'aucune utilité."

 

  • Les formes qui touchent les ovaires -des cellules endométriales pénètrent dans l'ovaire et y constituent des hématomes appelés des endométriomes ou kystes endométriosiques- sont les principales formes concernées. Elles sont considérées comme à haut risque et ouvrent généralement le droit à la congélation des ovocytes.  "Les cas où les deux ovaires sont touchés, et ceux où il y a des récidives, sont les plus compliqués. Dans ces situations, la maladie en tant que telle mais aussi ses traitements altèrent la fertilité : à chaque fois qu' un kyste ovarien est retiré par la chirurgie, un morceau d’ovaire est aussi enlevé."

 

  • L’estimation de la réserve ovarienne est également un facteur de décision pour les médecins. "Il ne faut pas perdre de vue que l’âge est un facteur de diminution de la fertilité, en dehors de la question même l’endométriose, rappelle le Dr Chanavaz-Lacheray. La congélation des ovocytes n’est en aucun cas une garantie de grossesse à venir."

 

  •  La décision de proposer, ou non, une congélation d’ovocytes aux femmes ne dépend pas que d’un seul médecin, mais d’une équipe pluridisciplinaire. "Nous ne bénéficions pas de beaucoup de recul sur la préservation d’ovocytes dans l'endométriose, et c’est un avis difficile à émettre. Avec cette maladie nous sommes en "zone grise "."

Dans sa lettre, Lorie allait plus loin et demandait que le don d'ovocytes soit ouvert à toutes les femmes, malades ou non. La ministre de la Santé s’est déclarée défavorable à ce qu’elle appelle une autoconservation "par confort" pour les trentenaires. "Je suis favorable à tout ce qui ouvre et donne plus de libertés, mais je souhaiterais qu'il y ait quand même des garde-fous pour que toutes les femmes à l'âge de 30 ans en France ne décident pas de congeler leurs ovocytes pour faire des enfants à 40 ans", a déclaré la ministre de la Santé sur RTL le 21 octobre.

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