Ebola en Espagne : le témoignage accablant d'un médecin

Des personnels soignants de l\'hôpital La Paz de Madrid, où une aide-soignante atteinte du virus Ebola est actuellement traitée, le 7 octobre 2014.
Des personnels soignants de l'hôpital La Paz de Madrid, où une aide-soignante atteinte du virus Ebola est actuellement traitée, le 7 octobre 2014. (ANDREA COMAS / REUTERS)

Le médecin ayant soigné l'aide-soignante atteinte du virus Ebola, près de Madrid, dénonce les conditions dans lesquelles la patiente a été prise en charge.

De l'autre côté des Pyrénées, son rapport fait l'effet d'une petite bombe. Un médecin ayant soigné une aide-soignante espagnole atteinte du virus Ebola dénonce, jeudi 9 octobre, dans deux journaux, les conditions de sa prise en charge : de la combinaison aux manches trop courtes, aux demandes sans réponse de transfert vers un l'hôpital spécialisé.

"Les manches étaient trop courtes pour moi, tout le temps" et une partie des poignets est restée à découvert, écrit notamment le docteur Juan Manuel Parra, le médecin urgentiste de 41 ans qui a lui-même été placé en observation, mercredi soir. Dans ce rapport publié par El Mundo et El Pais, il raconte précisément comment il s'est occupé pendant presque seize heures de l'aide-soignante, elle-même contaminée en s'occupant d'un religieux espagnol atteint d'Ebola, rapatrié en Espagne, et décédé le 25 septembre.

Informé par la presse de l'état de santé de la patiente

Selon lui, lorsque l'aide-soignante arrive, à l'aube, à l'hôpital de la ville d'Alcorcon, près de Madrid, où elle vit, elle est placée dans un box séparé du reste des patients, car elle informe immédiatement qu'elle craint d'être contaminée. Lorsque le médecin prend son service, vers 8 heures du matin, elle présente déjà les premiers symptômes : éruptions cutanées sur le torse et l'aine, douleurs musculaires et toux. Seuls lui et des infirmiers entrent dans la chambre avec des combinaisons de protection de base : une blouse imperméable, des doubles gants, une cagoule, et un masque chirurgical.

Au fil des heures, l'état de santé de Teresa Romero se détériore brutalement. Mais c'est par la presse que le docteur apprend le résultat du test, positif pour Ebola, la concernant. Ce n'est que vers 17 heures qu'il se fait confirmer, par une source plus officielle, la "possibilité" qu'elle soit porteuse du virus. Il utilise alors un équipement "de meilleur niveau de protection fourni par l'hôpital". Mais "les manches étaient trop courtes", écrit-il, alors que désormais, la patiente "présente des diarrhées abondantes, des vomissements, des douleurs musculaires et une fièvre jusqu'à 38°C".

Malgré son état, l'aide-soignante tente aussi de protéger ceux qui la soignent. A partir de 18 heures, Juan Manuel Parra demande le transfert de la patiente à l'hôpital La Paz-Carlos III, à Madrid, où deux missionnaires, tous deux décédés du virus, avaient été admis en août et septembre. Il décrit un état de santé "instable, avec un haut risque de complication et la nécessité d'une attention permanente avec des diarrhées, expectorations, vomissement et la présence de menstruation de la patiente". Toutefois, selon lui, ce n'est qu'à minuit qu'arrivera enfin l'ambulance pour transporter Teresa Romero dans l'hôpital en question...

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