Vote du plan du déconfinement : "On nous demande immédiatement de voter un chèque en blanc au gouvernement", dénonce Fabien Di Filippo

Le député Les Républicains, Fabien Di Filippo, dans la salle des Quatre colonnes à l\'Assemblée nationale, le 19 juin 2019. 
Le député Les Républicains, Fabien Di Filippo, dans la salle des Quatre colonnes à l'Assemblée nationale, le 19 juin 2019.  (CHRISTOPHE MORIN / MAXPPP)

Le député Les Républicains de Moselle dénonce le refus du gouvernement de repousser le vote du plan de déconfinement à l'Assemblée nationale, qui doit être examiné mardi 28 avril. 

Fabien Di Filippo, député de Moselle, secrétaire général adjoint des Républicains, a dénoncé ce lundi 27 avril sur franceinfo "une attitude qui est assez incompréhensible" de la part du gouvernement qui refuse les demandes de l’opposition de repousser le vote de 24 ou 48 heures pour avoir le temps d’examiner le plan du déconfinement. "On nous demande immédiatement de voter un chèque en blanc au gouvernement", regrette le député. Les Républicains ne boycotteront pas le vote, selon lui, mais leur vote oscillera "entre une abstention et un vote contre".

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franceinfo. Comment comprenez-vous cette fin de non-recevoir à votre demande de délai ?

Fabien Di Filippo. C'est une attitude qui est assez incompréhensible parce qu'il y avait un débat qui devait avoir lieu demain sur la question du tracking et de l'application de suivi des Français lors du confinement. Il est annulé et remplacé par une déclaration sur le déconfinement qu'on doit voter, qui consisterait à donner un blanc-seing au gouvernement à la fois sans qu'on ait de délai de réflexion.

Je vous demande là aussi de vous mettre à la place des députés qui ne pourront pas être dans l'hémicycle et devront suivre à distance et voter à distance. C'est quand même très problématique. Il y aura à peu près 12% de députés [présents dans l'hémicycle]. On va dire à peu près une soixantaine, 70. Pour les Républicains, c'est 13 députés sur les 104. Ça nécessite un délai de réflexion à la fois de concertation, la possibilité aussi, de faire valoir nos propositions parce qu'on en a quand même fait beaucoup sur le déconfinement. On nous refuse tout ça.

On nous demande immédiatement de voter un chèque en blanc au gouvernement qui a quand même depuis le début de cette crise beaucoup tâtonné, beaucoup commis d'erreurs, beaucoup montré de revirements. Ce qu'on souhaite, c'est vraiment pouvoir faire valoir nos propositions. Et les conditions du débat de demain ne sont, en l'état, pas acceptables.

La majorité dit qu’il faut aller vite. Vous n’êtes pas d’accord ?

Il y a plusieurs choses qui posent problème dans ce que vous relayez de la part de la majorité en marche. La première, c'est le fait qu'ils veulent aller vite, mais malgré tout, ils disent que la déclaration restera floue. On les a quand même vus commettre suffisamment d'erreurs depuis quelques semaines pour demander des comptes précisément sur la manière dont ils comptent mettre en œuvre le déconfinement qui inquiète beaucoup nos élus dans les territoires et nos citoyens.

La deuxième chose, c'est que je ne vois absolument pas ce qu'un délai de 24 heures de concertation, hormis le fait d'enrichir leur réflexion, pourrait leur coûter dans une mise en œuvre du confinement qui, de toute façon, nous emmène le 11 mai et pour laquelle ils ne sont pas prêts aujourd'hui.

Richard Ferrand, président de l’Assemblée nationale, dit ce n'est pas ce qui se fait d'habitude. Et vous, vous dites : à circonstances exceptionnelles débat exceptionnel ?

Bien sûr, pour des circonstances aussi graves, il est impossible pour nous de donner un blanc-seing au gouvernement sur une déclaration de déconfinement qui lui donnera derrière les mains libres pour le faire de la manière dont il le souhaite. Alors qu'on voit déjà aujourd'hui tous les problèmes concrets que ça pose dans nos écoles, dans nos entreprises. L'absence de réponses sur les tests, sur les masques, sur ces choses essentielles du confinement et pour faire repartir l'économie. Il n'y a pas de réponse et on nous demande demain, en une heure, vite fait à distance, d'appuyer sur le bouton et de dire : "Mais allez-y !". Pour l'instant, ils ne méritent pas cette confiance.

Vous allez faire quoi ?

Nous verrons. Nous allons déjà voir ce qu'il y a dans le contenu de cette déclaration. Nous ne sommes pas du genre à refuser de prendre part à un débat ou à un vote. Le boycott, ce n'est pas une attitude qui, pour nous, est souhaitable parce qu'il y a de gros enjeux historiques derrière tout ça. Par contre, pour nous, hors de question de voter un texte dans lequel nous n'aurons pas pu faire valoir nos propositions. Hors de question, je le répète, de leur signer un chèque en blanc.

Cela signifie quoi ? Vote contre, abstention ?

En fonction de la qualité du contenu de ce qu'il nous sera livré, ça pourra osciller entre une abstention et un vote contre. Mais reconnaissez avec moi, à ce stade, que nous ne disposons absolument d’aucun élément pour rassurer nos concitoyens, pour dire si ça va être une bonne stratégie.

Pourtant le gouvernement dit être dans le dialogue ?

Si vous saviez, et heureusement, on ne les a pas attendus depuis le début de la crise, les efforts qu'on a fait avec les collectivités locales, chez nous, dans nos villes, pour trouver des masques, pour trouver du gel hydroalcoolique, pour être aux côtés de nos entreprises, trouver des solutions pour qu'elles puissent quand même continuer un peu. Je n'ai pas toujours vu de la part du gouvernement l'écoute sur tout ce qu'on leur remontait.

Jusqu'ici, nous, on n'a pas fait de polémique. On a cherché à trouver des solutions locales et à incriminer personne pour que la catastrophe soit la moins grave possible, aussi bien d'un point de vue sanitaire qu'économique. Maintenant qu’on arrive sur un débat, on nous refuse la possibilité de faire valoir nos propositions. On nous demande juste de signer un blanc-seing sur le coin d’une table.

Est-ce une ligne rouge pour vous ?

Oui, une ligne rouge à 100% exactement !

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