VIDEO. "Il faut garder son sang-froid" : au Brésil, le plus grand cimetière d'Amérique latine submergé par les morts du coronavirus

OLIVIER POUJADE / ARTHUR GERBAULT / ANTOINE DEIANA

Le Brésil est devenu l’épicentre mondial de la pandémie de coronavirus. Le cimetière de Vila Formosa, le plus grand cimetière d’Amérique Latine, doit faire face à une augmentation de 70% de son activité depuis l’arrivée du virus.

Anticiper l’arrivée des corps : cette macabre routine effraie de plus en plus les fossoyeurs de Vila Formosa, le plus grand cimetière d’Amérique latine, dans la banlieue de Sao Paulo, au Brésil, qui doit faire face à une augmentation de 70% de son activité depuis l’arrivée du coronavirus. Tous le reconnaissent mais ne veulent surtout pas dévier de leur objectif : "Chaque corps aura sa propre tombe, un enterrement digne, indique Zeca. Ailleurs, dans le Mato Grosso, ils ont été débordés et ont dû ouvrir des fosses communes, alors ici on essaie d’anticiper ça…"

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Chaque victime du Covid-19 est identifiée par l’administration. Un code, nommé D3, apparaît sur le sac plastique qui enveloppe le corps. Pas de veillée funèbre, les enterrements ne durent pas plus de cinq minutes. En 22 ans de service, Edilson n’a jamais vu ça. "On ne peut pas être sensible à la douleur des familles, explique-t-il. Si tu enterres 80 personnes et que tu te laisses déborder par leur émotion, tu ne peux plus travailler. Il faut garder son sang-froid et faire son travail. C’est une routine."

Avec une moyenne de 1 000 morts par jour et quelque 500 000 personnes contaminées, le Brésil est devenu l’épicentre mondial de la pandémie. Zeca se dit écœuré par la gestion politique de l’épidémie. "Ce n’est pas une petite grippe, tempête-t-il. Ça, je crois qu’on l’a compris !"

Il y a des gens qui pensent que c’est un grand théâtre et vous voyez que ce n’en est pas un. On doit s’allier, unir nos forces. L’ennemi, ce n’est pas moi, ni toi ou tel ou tel parti politique. Notre ennemi, c’est le Covid-19, la maladie…

Zeca

à franceinfo

"Ici, c’est la fin de tout, ajoute-t-il, las. Riches, pauvres, blanc, noir, parti A ou parti B… Ceux qui nous gouvernent doivent trouver le moyen de s’entendre." Au Brésil, une lutte politique fait en effet rage autour de la gestion de l’épidémie de coronavirus. Avec, d’un côté, les partisans du président Bolsonaro, favorables à la reprise de l’activité. Et de l’autre, l’opposition, le monde scientifique, le parlement, les pouvoirs judiciaires, qui demandent à la population de rester confinée. C’est dans cette confusion que les Brésiliens enterrent leurs morts.

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