VIDEO. Du lavable au tout-jetable : petite histoire du masque médical

Le biologiste et historien des sciences Bruno Strasser a retracé les évolutions de cet objet devenu indispensable. Une perspective qui permet, selon lui, de mieux se préparer face au risque d'une nouvelle pandémie.

Présenté comme un rempart efficace face à l'épidémie de Covid-19, le masque de protection respiratoire est devenu un objet du quotidien. "Mais ces masques ont d'abord été conçus pour être réutilisables", souligne Bruno Strasser, biologiste et historien des sciences à l'université de Genève (Suisse). Le chercheur a retracé les évolutions du masque médical dans un article (en anglais) paru dans la revue médicale The Lancet

Lointain descendant des "becs de corbeaux" portés au XVIIe siècle par les médecins face à la peste, le masque médical est apparu 200 ans plus tard, avec l'essor de la chirurgie. "Les chirurgiens ont commencé à se couvrir le visage pour éviter de contaminer leurs patients, explique Bruno Strasser, contenant ainsi les germes des postillons ou ceux présents dans la barbe, qui était très à la mode à cette époque." Faits de la même matière que les bandages, ces masques pouvaient être utilisés à plusieurs reprises tant qu'ils étaient stérilisés au préalable.

Quand le tout-jetable devient la norme

Comment expliquer que ces masques, jugés efficaces et durables, aient pourtant été remplacés par des modèles à usage unique dans les années 1960 ? Pour Bruno Strasser, cette "curiosité historique" s'explique de deux manières. Ces masques coûtaient moins cher à l'achat, mais ils s'inscrivaient surtout dans une "nouvelle vision de l'hôpital", avec l'apparition du métier de gestionnaire d'hôpital. "La vie de ces gestionnaires [était] infiniment simplifiée s'ils pouvaient signer un bon de commande pour des masques jetables d'un côté, et avoir une poubelle de l'autre, détaille l'historien, plutôt que de devoir gérer des stocks qui circulent dans l'hôpital, qui doivent aller à la laverie..."

Le succès du masque à usage unique est aussi une affaire de marketing. "On a créé une demande de toutes pièces, alors qu'il n'y avait pas vraiment de problème sanitaire avec les masques réutilisables", explique Bruno Strasser. Le masque jetable s'est ainsi durablement installé, écrasant au passage la production de modèles réutilisables. 

Un type d'équipement qui a ses limites

"Personne n'arrive aujourd'hui à penser comment on arriverait à stocker des masques jetables en quantité suffisante, alerte Bruno Strasser, sachant que ces masques n'ont pas une durée de vie illimitée." Face au risque de pandémie comme celle que le monde nous traverse actuellement, le chercheur préconise la constitution de stocks mixtes. "Le masque réutilisable, dans une quantité qui permettrait de s'adapter à de nouvelles mesures [...] permettrait d'éviter une situation de pénurie, estime Bruno Strasser, et peut-être d'éviter ces déchets auxquels nous sommes confrontés aujourd'hui."

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