Le Covid-19 mieux géré en Asie : "Une épidémie comme ça, il faut lui sauter à la gorge", explique un microbiologiste

FRANCEINTER / RADIOFRANCE

Professeur au collège de France, Philippe Sansonetti revient de Shanghai où la vie a repris normalement. Pour lui, il y a globalement en France un "problème de conscience de la gravité de ces pandémies" et un manque de réactivité des autorités.

"Globalement, il n'y a plus cette pression mais ça a été au prix de mesures préventives extrêmement lourdes", raconte mercredi 12 novembre sur France Inter Philippe Sansonetti, microbiologiste et professeur au Collège de France, de retour de Shanghai. "Il est vrai que passer cinq semaines, dont deux en quarantaine, dans un environnement qui est à l'évidence libre de Covid, ça fait du bien", reconnaît le scientifique. Pourquoi, comment la Chine, et plus largement l'Asie, a-t-elle réussi à vaincre le Covid-19 ? 

"Une épidémie comme ça, il faut lui sauter à la gorge si on veut contrôler les choses", estime Philippe Sansonetti qui publie au Seuil Tempête parfaite : Chronique d’une pandémie annoncée, une chronique de la pandémie de Covid-19. Ce que nous n'avons pas fait, juge-t-il. Pour lui, il y a globalement en France un "problème de conscience de la gravité de ces pandémies". Il ne faut "pas attendre que la dynamique soit repassée sur un mode exponentiel" pour prendre des mesures. Il y a eu, "beaucoup de confusion au début du mois de septembre", selon lui. "Il aurait fallu prendre les mesures à ce moment-là. On a perdu un mois", regrette-t-il.

On est dans une situation où se combinent une inconscience d'une partie d'entre nous et un État qui a du mal à faire valoir ses mesures sanitaires. 

Philippe Sansonetti , microbiologiste et professeur au Collège de France

à France Inter

En Asie, il y a "la conscience des populations, de la gravité des épidémies, à la fois sur le plan sanitaire et sur le plan économique. Ils en ont vu plus d'une ces dernières décennies et ils ont des conséquences dans leur tête. Ils le savent et ils se rangent assez rapidement, assez facilement aux contraintes nécessaires de santé publique".

La prévention plutôt que la thérapie

Et puis il y a l'attitude des États qui "mettent les moyens" notamment avec une grande "quantité de volontaires sur le terrain pour suivre, pour détecter lorsque vous êtes en quarantaine", pointe Philippe Sansonetti. "Il y a tout un maillage qui nécessite un investissement à la fois éthique et humain qui, je pense, n'a pas été fait par nos États, en Europe". Le professeur de microbiologie estime ainsi que "les citoyens n'ont pas suffisamment été impliqués", et "trouve qu'il y a eu un peu d'infantilisation". À l'Institut Pasteur où il est chercheur, "on avait des listes d'étudiants, de chercheurs postdoctoraux volontaires pour participer sous quelque forme que ce soit, à faire des examens biologiques, aller auprès des patients et autres. Cette réserve énorme n'a pas été sollicitée", constate Philippe Sansonetti.

Plus largement, "il faut que notre pays devienne un pays de prévention et pas uniquement un pays thérapeutique", lance le médecin. "En serrant un peu les boulons sur la prévention, sur les mesures barrières, si tout est respecté, si nos concitoyens sont conscients, si l'État arrive à organiser la filière de diagnostic et de confinement, on devrait y arriver sans avoir ces mesures en accordéon", espère-t-il évoquant la stratégie du stop and go avec des périodes de confinement.

Le microbiologiste pointe du doigt également le manque "d'études sur lesquelles on pourrait baser scientifiquement une politique de prévention". Depuis le début de l'épidémie, "on n'a pas de données très claires. Est-ce que le virus circule véritablement dans les petits commerces par rapport aux grandes surfaces ? Le virus circule plus dans les cafés que dans les restaurants ? Est-ce que le virus circule vraiment ou non dans les salles de concert, dans les salles de cinéma ?", détaille-t-il.

"Il faut vacciner beaucoup pour protéger globalement"

Quant à la perspective de se débarasser du coronavirus grâce à un vaccin qui semble proche d'après l'annonce des laboratoires Pfizer et BioNTech, le professeur Sansonetti oppose l'"attitude de défiance vaccinale" qui sévit en France. "On oublie, c'est un problème mémoriel, on ne voit plus la nécessité de se protéger contre des maladies infectieuses", regrette le médecin. C'est le cas notamment "chez les jeunes parents" chez qui "on sent une hésitation".

L'anti vaccination militante a pris du poids grâce aux réseaux sociaux.

Philippe Sansonetti

Seuls 54% des Français seraient prêts à se faire vacciner contre le Covid-19 quand ce sera possible, d'après un récent sondage Ipsos.

Il y a aussi une "défiance de l'industrie pharmaceutique" qui explique la position de la France, en tête du classement des pays les plus méfiants vis-à-vis du vaccin. Mais Philippe Sansonetti estime qu'"on a besoin des industriels" car "ce sont les seuls qui peuvent véritablement faire des vaccins dans de bonnes conditions de préparation, avec une sécurité maximum pour les personnes qui vont les recevoir". "Il faut vacciner beaucoup pour protéger globalement", explique Philippe Sansonetti.

Et dans l'éventualité d'une mise sur le marché prochaine d'un vaccin efficace contre le coronavirus, "il faut s'interroger sur qui vacciner en premier". Pour lui, ce sont les professionnels qui sont "les plus à risque d'être contaminés et les personnes les plus fragiles", comme les personnes âgées. Mais il faudra aussi "savoir si elles répondront bien à ce vaccin", précise le microbiologiste car les personnes âgées réagissent mal au vaccin contre la grippe. Enfin se pose aussi "le problème de l'éradication globale, planétaire de la maladie. Il faut que ce ou ces vaccins soient distribués avec équité" sur tous les continents, conclut Philippe Sansonetti.

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