Vaccin contre le Covid-19 : "Il est possible que les études cliniques" aillent "un peu plus vite" que prévu, estime un scientifique de l'Institut Pasteur

Travail de recherche en laboratoire pour le développement d\'un vaccin contre le Covid-19 (illustration).
Travail de recherche en laboratoire pour le développement d'un vaccin contre le Covid-19 (illustration). (DOUGLAS MAGNO / AFP)

Les études cliniques sur un vaccin contre le covid-19 pourraient aller un peu plus vite que prévu, a estimé sur franceinfo le directeur scientifique de l'Institut Pasteur.

Interrogé dimanche 5 avril sur franceinfo, le directeur scientifique de l'Institut Pasteur, Christophe d'Enfert, assure qu'il est possible que les études cliniques pour trouver un vaccin contre le covid-19 puissent aller "un peu plus vite" et "que l'on puisse avoir des résultats qui permettraient de passer chez l'homme de façon un peu plus systématique dans le premier semestre de l'année 2021".

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franceinfo : Où en sont les recherches de l'Institut Pasteur sur un éventuel vaccin contre le coronavirus ? 

Christophe d'Enfert : L'Institut Pasteur a démarré trois programmes de recherches pour identifier des vaccins contre le coronavirus. Dans deux cas, nous sommes en train de tester l'efficacité de ces vaccins pour provoquer une réponse immunitaire chez l'animal, et à partir de cette information nous pourrons ensuite vérifier si ces vaccins sont protecteurs contre l'infection par le coronavirus chez l'animal. Cela permettra ensuite de déclencher des études cliniques chez l'Homme. On avait dit que ça serait très probablement à l'horizon de l'automne 2021. Il faut à peu près jusqu'à l'automne 2020 pour faire ces études pré-cliniques chez l'animal, et produire des lots cliniques, et puis ensuite environ un an d'études cliniques. Il est possible que ces études cliniques puissent aller un peu plus vite, que l'on puisse avoir des résultats qui permettraient de passer chez l'homme de façon un peu plus systématique dans le premier semestre de l'année 2021. (…) Si cette épidémie se maintient de façon saisonnière, alors un vaccin sera un des meilleurs moyens pour la contrer. 

Les recherches de traitement avancent-elles aussi ? 

Ce sont des recherches qui, pour le moment, sont exploratoires. Nous travaillons sur plusieurs approches pour essayer de bloquer la réplication du virus lorsqu'il est mis en contact avec des cellules. Nous travaillons en particulier pour essayer de voir si certaines molécules qui ont déjà des autorisations de mise sur le marché ou pour lesquelles des données pré-cliniques ou cliniques existent, peuvent bloquer la réplication du virus. C'est à partir de cette connaissance que nous pouvons développer des recherches chez l'animal et ensuite envisager des études cliniques. 

La chloroquine figure parmi ces molécules examinées. Elle présente des propriétés antivirales intéressantes ? 

L'activité antivirale de la chloroquine est démontrée in vitro, dans des cultures cellulaires. La question est de connaître son efficacité sur l'Homme et nous n'avons actuellement pas de travaux de recherches dans nos laboratoires concernant l'hydroxychloroquine. Nous réfléchissons à la mise en place d'études cliniques pour faire de la chimioprophylaxie et qui pourrait éventuellement inclure cette molécule. Mais je crois que la chloroquine est une possibilité. Il faut attendre les résultats des nombreuses études cliniques qui ont été lancées pour en évaluer l'efficacité avant de s'engager dans son utilisation. Il y a un certain nombre d'autres stratégies qui sont prometteuses. En particulier, on sait que dans la maladie Covid-19, il y a une part qui est liée à un dérèglement de l'immunité et donc un certain nombre d'anticorps monoclonaux sont actuellement évalués par d'autres équipes dans le monde, dans des études cliniques pour voir si on peut arriver à bloquer la réponse immunitaire pour empêcher ce qu'on appelle cet orage cyclothymique. Et ça, ça peut être une des approches intéressantes pour régler les problèmes des cas graves. Nous travaillons aussi à l'Institut Pasteur sur la recherche d'anticorps monoclonaux qui pourront bloquer l'interaction du virus avec les cellules et donc empêcher son entrée dans les cellules. C'est aussi une approche qui pourrait être prometteuse. 

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