Tribune de pédiatres en faveur d’un retour des élèves à l’école : "Oui, prenons des précautions (avec les enfants) mais des précautions qui soient réalistes !"

La cour d\'école, un espace à réinventer. Plus de foot ni de basket, mais des points de couleur peints sur le sol, pour rappeler les distances à respecter. À Aytré, le 12 mai 2020.
La cour d'école, un espace à réinventer. Plus de foot ni de basket, mais des points de couleur peints sur le sol, pour rappeler les distances à respecter. À Aytré, le 12 mai 2020. (JULIEN FLEURY / RADIO FRANCE)

Une vingtaine de responsables de sociétés de spécialités pédiatriques appellent, dans une tribune, à "maîtriser nos peurs et à remettre nos enfants à l’école".

Alors que le déconfinement progressif a débuté, une vingtaine de pédiatres signent une tribune dans le Quotidien du médecin en faveur du retour des enfants à l’école, en respectant les gestes barrières pour lutter contre le coronavirus, mais en évitant les mesures de protection excessives, qu’ils estiment contreproductives. Pour le président de la société française de pédiatrie, Christophe Delacourt, invité de franceinfo vendredi 15 mai, "il y a une différence entre prendre des précautions et prendre des précautions excessives qui ne paraissent pas être bénéfiques pour les enfants". "Nous soutenons cette mise en place progressive du retour à l'école", assure-t-il.

franceinfo : Alors que le conseil scientifique avait estimé qu’il ne fallait pas rouvrir les établissements scolaires avant le mois de septembre, vous dites qu’il faut au contraire que tous les enfants retournent en classe, pourquoi ?

Christophe Delacourt : Il faut effectivement que tous les enfants retournent à l'école de façon organisée et progressive. Nous soutenons donc cette mise en place progressive du retour à l'école qui nous paraît être adaptée pour qu'effectivement, les peurs s’apaisent - qu'elles soient du côté enseignant ou du côté des parents. Mais ce que nous disons, c'est que les conditions sanitaires sont requises pour que ce retour puisse se faire et qu'à partir du moment où il y a un retour à l'école, il faut que cela prenne en compte ce qu'est un enfant. Il faut qu'il y ait des mesures d'hygiène adaptées, mais il ne faut pas que ces mesures deviennent excessives, tout à fait irréalistes et, au final, potentiellement anxiogènes pour les enfants, comme par exemple d'interdire les moments de détente, et qu'ils ne puissent plus jouer au ballon, etc. Ce qui nous semble tout à fait inadapté pour un enfant.

Les mesures prises actuellement, comme la distanciation physique, sont-elles trop strictes ?

Il y a des mesures qui nous paraissent adaptées à cette période transitoire. Par exemple, prévoir des classes en petits groupes, prévoir des tables isolées, c’est une bonne chose. Cette période est nécessaire pour prouver que tout cela se passe bien. Mais on a mis le balancier très loin, en empêchant par exemple les enfants de jouer, de jouer au ballon, en empêchant d'avoir toute activité collective. Cela, quelque part, nie la réalité de l'enfance et ne permet pas à ces enfants d'avoir un retour scolaire paisible. Donc, il y a une différence entre prendre des précautions et prendre des précautions excessives qui, du coup, nous paraissent ne pas être bénéfiques pour les enfants.

Quelles peuvent-être les conséquences de mesures sanitaires trop strictes pour les enfants ?

Cela peut surtout entraîner des réactions très anxiogènes parce que finalement, beaucoup d'enfants sont contents de retourner à l'école, mais ils ne retrouvent pas leur école d'avant ! Ils retrouvent une école où on leur demande de s'asseoir à une chaise et de ne plus bouger. Ça, c’est quand même quelque chose qui nous paraît pouvoir engendrer chez les enfants des réactions d'inquiétude et de non compréhension. Surtout avec un encadrement qui est lui-même très anxieux du retour à l'école. Notre appel, il est certes pour prendre des précautions. Et ce que nous soulignons d'ailleurs dans la tribune, c'est que ces précautions, elles doivent surtout être du côté des enseignants, parce que, ce que l'on sait aujourd'hui de l'épidémie, c'est que la circulation virale se fait d'abord chez les adultes avant de se faire chez les enfants, contrairement à ce que l’on croyait au début. Donc le propos de notre tribune, c'est surtout de dire "Arrêtons de mettre tout sur le dos des enfants" et protégeons-nous bien, nous, les enseignants et les parents. Sachons encadrer ces enfants pour un retour à l'école qui soit pragmatique et réaliste. Oui ! Prenons des précautions, mais des précautions qui soient réalistes !

1,4 million d’élèves, sur 12 millions en France, dont 6 millions dans le primaire, ont repris l’école cette semaine, c’est trop peu selon vous ?

Oui… Ça peut être bien pour quelques jours. On est tous conscients que c'est une période compliquée, difficile, très particulière. Donc, oui, acceptons cette période transitoire, mais ne la compliquons pas encore plus qu'elle n'est. J'entends par exemple qu'on veut aussi rouvrir des parcs. Mais que vont faire les enfants dans des parcs ? Ils vont jouer ! Donc, s'ils ont le droit de jouer dans des parcs, pourquoi n'auraient-ils pas le droit jouer dans une cour de récréation ? Par contre, il faut effectivement apprendre aux enfants à bien se laver les mains quand on revient de la récréation. S'ils se mouchent, s'ils éternuent, leur apprendre à se laver les mains après, ça, ça nous paraît être des gestes particulièrement utiles. Des gestes qui seront très utiles également pour les prochaines épidémies de l'automne et de l'hiver, avec d'autres virus.

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