Transport aérien, construction automobile, fret maritime... L'épidémie de Covid-19 freine l'économie mondiale

Une usine de textile à Jinjiang (Chine), le 20 février 2020.
Une usine de textile à Jinjiang (Chine), le 20 février 2020. (JIANG KEHONG / XINHUA / AFP)

Plusieurs secteurs sont concernés par un ralentissement de l'activité, en raison des mesures de quarantaine et de confinement mises en place pour limiter la propagation du coronavirus.

L'épidémie de Covid-19 se prolonge et l'économie mondiale tousse. Si le sort des patients et des populations prime, un nombre croissant d'entreprises pâtit des mesures mises en place pour tenter de limiter la diffusion du coronavirus. Le ministre chinois du Commerce a déjà prévenu que les exportations et les importations du pays connaîtraient une baisse significative en janvier et février. Certaines sociétés ont la calculatrice pour mesurer les conséquences financières de la maladie.

Le secteur automobile chinois en panne sèche

Le secteur automobile chinois est dans la tourmente : les ventes se sont effondrées de 92% entre le 1er et le 16 février (4 900 voitures contre 60 000 l'an passé), selon la Fédération chinoise des constructeurs de voitures individuelles. "A travers les différentes régions, très peu de concessionnaires étaient ouverts et la fréquentation était extrêmement basse, car seuls les clients soumis à des nécessités urgentes achètent un véhicule par temps d'épidémie", observe l'organisation.

La province du Hubei (centre), d'où s'est propagée l'épidémie et qui est coupée du monde depuis un mois par un drastique cordon sanitaire, est par ailleurs un centre majeur de l'industrie automobile chinoise. C'est le siège de Dongfeng, l'un des plus gros constructeurs chinois. De très nombreux équipementiers y sont aussi implantés, ce qui laisse redouter de sérieuses perturbations des chaînes d'approvisionnement du secteur. Par ailleurs, d'autres constructeurs mondiaux ont dû ralentir leurs activités, comme Toyota, General Motors, Volkswagen ou Hyundai.

Le transport aérien plombé

L'association internationale des transporteurs aériens (Iata) estime que les pertes pour les seules compagnies asiatiques pourraient s'élever à près de 28 milliards de dollars cette année. L'organisation redoute la "première baisse mondiale" des réservations depuis 2008-2009. L'année 2020 sera "très difficile pour les compagnies aériennes", prévient le directeur général de l'Iata, Alexandre de Juniac.

Selon l'association, qui regroupe 290 compagnies aériennes, la baisse nette du nombre de passagers par rapport à 2019 pourrait être de 8,2% dans la région Asie-Pacifique. Plusieurs compagnies aériennes, dont Air France, British Airways, Air Canada, Lufthansa ou Delta, ont par ailleurs suspendu leurs vols vers la Chine continentale en raison de l'épidémie.

Le fret maritime tangue

Le fret maritime tangue aussi, à cause de l'arrêt complet de plusieurs ports chinois. Au problème immédiat de logistique s'ajoute le ralentissement de la demande chinoise à court (et peut-être moyen) terme, car le pays représente à lui seul "environ 35% des importations de vrac sec par voie maritime dans le monde", rappelle l'analyste d'Arctic Securities Lars Bastian Østereng.

Willy Shih, professeur à l'école de commerce de Harvard, dit avoir visité l'un des énormes terminaux à conteneurs de Shenzhen, où la circulation était presque inexistante. "Les gens vont commencer à se rendre compte de la situation quand les expéditions de marchandises, de pièces ou de composants n'arriveront pas", explique-t-il dans la Harvard Gazette (en anglais).

La production et les ventes d'Apple affectées

Les effets de l'épidémie se font aussi sentir sur les entreprises mondiales. Le groupe Apple, affecté par des prévisions de vente en baisse, prévient qu'il ne tiendra pas ses objectifs en raison de l'épidémie en Chine. Apple pourrait aussi accuser une baisse de production, car la marque compte de nombreuses usines dans le pays, en plus d'y réaliser une partie importante de son chiffre d'affaires.

L'exemple de la marque à la pomme illustre la place de la Chine dans l'économie mondiale. Le pays fabrique de l'électronique et des jouets, mais aussi de nombreux produits de consommation et des ingrédients pharmaceutiques. La compagnie Dun & Bradstreet, spécialisée dans les données commerciales, estime qu'au moins 51 000 entreprises ont un ou plusieurs fournisseurs dans la zone la plus touchée de Chine. Cela concerne au moins cinq millions d'entreprises pour la zone concernée au niveau 2, selon l'étude citée par la chaîne américaine CNBC (en anglais).

Des groupes français pénalisés

En France, plusieurs grands groupes risquent aussi d'être pénalisés par l'épidémie. Celle-ci pourrait avoir un "impact négatif de 300 millions d'euros" sur le chiffre d'affaires du premier trimestre de Schneider Electric, annonce le directeur financier du groupe Emmanuel Babeau. La Chine représente environ 15% de son activité. Même situation pour le groupe Air France-KLM, qui évalue l'impact entre 150 et 200 millions d'euros, qui mise pour "une reprise progressive des opérations à partir d'avril". Le groupe Renault a perdu plus de 3% en Bourse, d'autant que son partenaire Nissan a dû reporter la réouverture de deux usines en Chine.

Pernod Ricard, numéro deux mondial des spiritueux, a revu à la baisse son objectif annuel de résultat opérationnel pour la période allant de janvier à mars. "Toutes les boîtes de nuit, tous les bars de nuit sont fermés en Chine jusqu'à nouvel ordre", justifie le PDG Alexandre Ricard. Les cafés, hôtels et restaurants qui sont ouverts, "sont assez vides [car] les gens sont chez eux". Par ailleurs, des entreprises comme Publicis ont dû fermer leurs bureaux en Chine, tandis que Technicolor a fait état de retards d'approvisionnement et que Bouygues a été contraint d'interrompre pendant deux semaines son activité à Hong Kong.

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