Tests sérologiques : le virologue Bruno Lina estime qu'il ne faut "pas les généraliser", pour éviter que "des personnes aient faussement l'impression d'être protégées"

Bruno Lina, le 21 avril 2020, à l\'hôpital de la Croix-Rousse, à Lyon.
Bruno Lina, le 21 avril 2020, à l'hôpital de la Croix-Rousse, à Lyon. (PHILIPPE DESMAZES / AFP)

Bruno Lina, professeur de virologie au CHU de Lyon et membre du Conseil scientifique, redoute sur franceinfo des difficultés d'interprétation des tests sérologiques, alors que ces derniers ne sont fiables qu'à 98%.

Il ne faut "pas généraliser" les tests sérologiques qui permettent de mettre en évidence la présence d'anticorps contre le coronavirus, estime Bruno Lina, professeur de virologie au CHU de Lyon et membre du Conseil scientifique, mercredi 20 mai sur franceinfo. Les tests sont fiables à "98%" et "on va se retrouver avec des difficultés d'interprétation", explique le virologue, qui craint que des personnes aient "faussement l'impression d'être protégées alors qu'elles ne le sont pas".

franceinfo : Les tests sérologiques sont-ils utiles et fiables aujourd'hui ?

Bruno Lina : Il existe un certain nombre de tests qui répondent aux critères, qui nous permettent d'être sûrs de donner des résultats qui soient éclairants. Il y a quand même énormément de personnes qui n'ont pas encore été infectées par le coronavirus, ce qui veut dire qu'elles n'auront pas d'anticorps. Le risque avec des tests qui ne seraient pas suffisamment spécifiques, c'est-à-dire qui sont bien négatifs quand la personne est négative, c'est qu'on va avoir un nombre de faux positifs très important et il faut absolument que l'on évite cela. C'est pour cela qu'on est passé sous ces fourches caudines d'une évaluation qui permet d'avoir des tests qui seront effectivement avec de bonnes valeurs.

Quelle est la fiabilité de ces tests ?

On a des tests aujourd'hui pour lesquels la spécificité est de 98%. Cela signifie que sur 100 personnes testées qui sont toutes négatives, il y en a deux qui vont être positives avec ce test. Pour deux personnes sur cent, on va ainsin donner un résultat faussement positif. En Bretagne, vous avez une prévalence, c'est-à-dire le nombre de personnes infectées, qui est de 2%. Quand vous allez tester cent personnes en Bretagne, vous allez en avoir quatre qui vont avoir un résultat positif : deux qui sont vrais, deux qui sont faux. Donc cela veut dire que quand vous avez un résultat positif, vous avez une chance sur deux que ce soit la réalité.

Le ministre de la Santé Olivier Véran a annoncé que des tests sérologiques seront disponibles les personnels soignants dès la semaine prochaine. Faut-il généraliser ces tests ?

Non, justement. L'idée, c'est de ne pas généraliser parce que va se retrouver avec des difficultés d'interprétation. Des personnes vont avoir faussement l'impression d'être protégées alors qu'elles ne le sont pas. En revanche, on peut parfaitement tester notamment les soignants parce qu'ils ont été très exposés et qu'on sait qu'il y a des formes asymptomatiques. Et donc, on va peut-être pouvoir diagnostiquer de façon rétrospective des personnes qui ont été infectées, mais qui ne le savent pas. De la même façon, 10% des personnes qui sont testées avec le test PCR, le prélèvement dans le nez, reviennent négatives alors qu'elles sont bien infectées. Donc on va pouvoir récupérer des diagnostics pour ces personnes ou des personnes qui ont eu des symptômes qui étaient très évocateurs, pour lesquelles le test sérologique va pouvoir confirmer. Là, c'est utile. Après une épidémie dans un Ehpad, il peut être intéressant de déterminer qui a été immunisé, qui a été infecté, qui ne l'a pas été. Il faut bien comprendre aussi que ces tests sont particulièrement fiables quand ils sont réalisés plus de 20 jours après les symptômes, parce que la montée des anticorps prend une vingtaine de jours. Et donc, si on teste une personne trois jours après le début des symptômes [avec un test sérologique] cela ne sert à rien.

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