"Ségur de la santé" : le monde médical ne semble pas convaincu par les première pistes présentées par le gouvernement

Le Premier ministre Edouard Philippe et le ministre de la Santé Olivier Véran, au premier jour du \"Ségur de la santé\", le 25 mai 2020.
Le Premier ministre Edouard Philippe et le ministre de la Santé Olivier Véran, au premier jour du "Ségur de la santé", le 25 mai 2020. (MICHEL EULER / AFP)

Une vaste concertation a débuté entre le gouvernement et les professionnels de santé lundi. Après les premières pistes évoquées, le gouvernement paraît loin d'avoir acquis la confiance du corps médical.

Un investissement massif dans l'hôpital, une réorganisation du temps de travail et une hausse significative des salaires des soignants : le Premier ministre a lancé, lundi 25 mai, le "Ségur de la santé". Cette vaste concertation sur l'avenir du système de soins doit aboutir en juillet et permettre de remettre à plat un système de santé éprouvé après de longues semaines de lutte contre le coronavirus

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Trois chantiers ont donc été évoqués par Edouard Philippe pour transformer le système de soins. "On a bien l'intention que ce Ségur de la santé ne soit pas que des promesses, on veut des choses concrètes et rapides", a réagi lundi sur franceinfo Florence Pinsard, cadre de santé au centre hospitalier de Pau, membre du Collectif Inter-hôpitaux, qui participe aux négociations.

On est baladés depuis des années avec des effets d'annonce.Florence Pinsard, collectif Inter-hôpitauxà franceinfo

Le ministre de la Santé "veut qu'on soit force de proposition, on va l'être", a prévenu Florence Pinsard, dont la principale revendication est la hausse des salaires. "On veut rentrer dans la moyenne des pays de l'OCDE, donc un minimum de 300 euros brut", a-t-elle expliqué, assurant que les négociations sur le sujet commenceraient mardi après-midi. Florence Pinsard demande aussi des "embauches", afin d'améliorer les conditions de travail à l'hôpital. 

Laurent Berger prône "des accords locaux" dans chaque établissement. "Ce qu'il faut, ce sont des accords sur l'organisation du travail" mais "à l'unité de travail", c'est-à-dire "établissement par établissement", préconise le secrétaire général de la CFDT sur franceinfo. 

Parler du public comme du privé

Pour Lamine Gharbi, président de la Fédération de l'hospitalisation privée, cette concertation "doit parler de toute la santé, de la médecine libérale, des maisons de retraite, des hôpitaux publics et privés". S'il se dit "enthousiaste", il appelle sur franceinfo à être "vigilant".

Il ne faut pas rêver, en sept semaines on ne va pas refaire le monde de la santé.Lamine Gharbi, président de la FHPà franceinfo

Le président de la Fédération de l'hospitalisation privée considère qu'il "faut amplifier" le plan hôpital annoncé en novembre par l'ancienne ministre de la Santé, Agnès Buzyn. "Il faut que l'on s'appuie sur ce que l'on fait depuis trois ans", plaide-t-il.

Les étudiants restent sans réponses

Après cette première journée de concertation, les étudiants en médecine sont "encore dans l’expectative", regrette sur franceinfo Sébastien Villard, vice-président de l’Association nationale des étudiants en médecine de France (ANEMF). "Nous n’avons pas encore eu de réponses sur nos revendications", poursuit-il, "notamment sur le respect de nos droits et notre rémunération qui est je le rappelle d'1,29 euro de l’heure". Pourtant, ce sont "des enjeux urgents à traiter" selon lui.

Aujourd’hui, être indemnisé, avoir un salaire dérisoire de 129 euros bruts mensuels, ça génère une grande précarité des étudiants.Sébastien Villard, vice-président de l’ANEMFà franceinfo

"La rémunération est un vrai frein quand on est étudiant en médecine", assure Sébastien Villard.  Cela fait des années que nous alertons les pouvoirs publics sur cette question." Il rappelle également qu’"il est très compliqué quand on travaille plus de 48 heures par semaine à l’hôpital d’avoir un job en plus à côté pour payer ses études." 

L’ANEMF estime "qu’il faut rendre de l’attractivité aux carrières". Mais propose également  "une refonte de la gouvernance des hôpitaux pour laisser place à une démocratie sanitaire, que l’ensemble des soignants et donc aussi les étudiants soient écoutés au sein de l’hôpital et au quotidien", ainsi que l’amélioration des liens entre la ville et l’hôpital.

Permettre une meilleure promotion des carrières, c'est aussi ce que souhaite Jean Rottner. Sur franceinfo, le président LR de la région Grand Est estime qu'il faut revoir les 35 heures à l'hôpital, réformer une "machine administrative trop centralisée qui étouffe ce système de soins".

"On veut du concret"

Le porte-parole de l’association des médecins urgentistes de France, Christophe Prudhomme, a déploré sur franceinfo le "discours très général avec des promesses" du gouvernement à propos de l'hôpital. "On a besoin de savoir immédiatement combien l'Etat met sur la table, parce qu'il faut embaucher et il faut augmenter les salaires. On veut du concret", a précisé le médecin. "Il faut toujours y croire et il faut être optimiste, mais on n'aura rien sans rien, c'est la raison pour laquelle des mobilisations sont organisées dès demain mardi, comme il y en a eu la semaine dernière, nous appelons ça les 'mardis de la colère'", a prévenu Christophe Prudhomme.

Le gouvernement n'a pas entendu nos revendications, puisqu'il nous propose des discussions uniquement sur les salaires, or nous demandons des créations massives d'emploi à l'hôpital et dans les Ehpad. Rien n'a été mis là-dessus.Christophe Prudhomme, porte-parole de l'AMFà franceinfo

Selon lui, "le Premier ministre n'a pas changé de logiciel. Il a dit 'la loi ma santé 2022 votée récemment est une bonne loi, il faut simplement accélérer sa mise en oeuvre. Or nous étions très nombreux à dire que cette loi n'était pas une bonne loi, donc ça ne commence pas très très bien, c'est pourquoi il y a une suspicion générale, il y a un manque de confiance."

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