Sécurité routière : après la crise sanitaire, "mourir sur la route maintenant, c'est encore plus absurde", s'agace la Ligue contre la violence routière

Un gendarme de l\'EDSR de la Drôme lors d\'un contrôle routier, le 18 mai 2020.
Un gendarme de l'EDSR de la Drôme lors d'un contrôle routier, le 18 mai 2020. (CLAIRE LEYS / RADIO FRANCE)

Alors que les très grands excès de vitesse sont en augmentation de 15% depuis le déconfinement, Chantal Perrichon, présidente de la Ligue contre la violence routière, assure qu'il faut renforcer les contrôles sur la route, sinon "les comportements n'évolueront pas". 

Les très grands excès de vitesse sont en augmentation de 15% depuis le déconfinement. Les accidents aussi augmentent. "C'est d'autant plus extraordinaire qu'on a vu à quel point les Français accordaient du prix à la vie lorsqu'ils ont lutté contre cette pandémie" estime, samedi 30 avril sur franceinfo, Chantal Perrichon, la présidente de la Ligue contre la violence routière.

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franceinfo : Y'a-t-il, selon vous, un problème d'irresponsabilité ?

Chantal Perrichon : Oui, et c'est d'autant plus extraordinaire qu'on a vu à quel point les Français accordaient du prix à la vie lorsqu'ils ont lutté et luttent encore contre cette pandémie. Arracher une vie à la mort, on a vu ce que ça occasionnait d'efforts de la part de tous les soignants et de tout le monde. Alors, mourir sur la route maintenant, c'est encore plus absurde. On avait déjà vu auparavant qu'il y avait eu une augmentation des grands excès de vitesse pour le mois d'avril et il y a une confirmation actuelle. Pourquoi ? Parce que tout simplement le trafic n'est pas revenu à son niveau habituel donc moins d'embouteillages : la voie est libre. Certains en profitent bien évidemment pour ne plus respecter les règles. Il y a le plaisir de s'échapper, bien évidemment, mais il y a surtout quelque chose qu'on oublie trop souvent : c'est qu'après deux mois de confinement, il y a la nécessité de réapprendre les automatismes pour conduire. Ce n'est pas immédiat. Il fait beau, les gens vont vouloir s'échapper vite, le plus loin possible, aller à la plage, aller dans les forêts mais attention, vous n'êtes pas suffisamment armés et vous risquez effectivement de perdre la vie dans ces sorties.

Il y a eu une campagne d'appel à la prudence lancée début mai en vue du déconfinement, selon vous n'était-ce pas suffisant ?

Non, ce n'est pas suffisant. Nous le disons depuis des années, les campagnes, c'est bien pour informer les gens mais il faut des contrôles. C'est la raison pour laquelle nous pensons qu'il est absolument nécessaire qu'il y ait maintenant la nomination d'un délégué à la sécurité routière. Ça fait des semaines et des semaines que nous attendons sa nomination et nous ne souhaitons pas n'importe quel délégué. Nous voulons quelqu'un d'aguerri, quelqu'un qui soit dans la maîtrise de ce dossier et qui a montré dans son passé, que la sécurité routière n'était pas un sujet parmi d'autres mais une vraie préoccupation. Il y a des gens dans ce pays qui peuvent demander et justifier ce poste. Pourquoi ? Parce que tout simplement nous allons avoir des problèmes avec les nouveaux déplacements. Pour échapper aux transports en commun, aux embouteillages, pour avoir plus de liberté et le gouvernement incite, les villes incitent à l'utilisation du vélo. Dans ce cas, il faut repenser le partage de la route et surtout, ne pas improviser des zones cyclables qui n'ont pas la qualité des aménagements des pistes cyclables allemandes par exemple. Il y a des gens qui vont se retrouver dans une situation complexe. Ils ne maîtrisent pas les deux roues et donc nous pouvons craindre le pire encore. C'est très préoccupant. Il faut vite quelqu'un qui soit à la direction de l'institution de la DSCR pour prendre des mesures et faire en sorte que, comme pour cette pandémie, on protège les gens.

Faut-il durcir les règles sur la route, faire plus de répression ?

Bien souvent, nous disons que si les règles étaient appliquées, nous serions extrêmement contents. On a vu récemment effectivement le durcissement de la sanction du téléphone au volant : lorsqu'il y a double infraction, c'est une suspension du permis. Mais regardez ce qu'il en est avec ce maudit téléphone au volant : depuis autant d'années, il y a des mesures ont été prises comme l'interdiction du kit mains libres. Mais si vous regardez ce qu'il en est des infractions, il y a toujours environ dix infractions par jour pour un département. On est donc très loin d'avoir un contrôle en ce qui concerne le téléphone au volant. Tant qu'on affichera des décisions, tant qu'on dira "vous allez voir ce que vous allez voir", ce ne sera pas suivi d'effet. Tout simplement parce qu'il n'y a pas suffisamment de contrôles, parce qu'on n'a pas suffisamment de personnels des forces de l'ordre. Dans ce cas, les comportements n'évolueront pas.

Le confinement a entraîné une baisse historique du nombre de morts sur la route 56% de moins par rapport à la même période l'an dernier. Est-ce que finalement, pour vous, c'était une baisse en trompe l'oeil ?

Oui, tout à fait. Avec une telle baisse du trafic, effectivement, il devait y avoir moins de morts. Mais nous ne sommes pas de ceux qui réclamons la fin des voitures, des motos, des déplacements, pour prouver finalement que la route tue. Ce n'est pas notre but. Il faut qu'il y ait effectivement un compromis, qu'il soit possible d'aller sur les routes sans que cela ne se traduise par la mort. Et trop souvent nous ne parlons que des tués, nous ne parlons pas des handicapés. Mais pour les handicapés, c'est pareil. Les chiffres des familles qui toute leur vie, vont être confrontées à une société qui ne tiendra pas compte de cela, ne les aidera pas au quotidien, sont exorbitants. Même si de plus en plus, la France prend conscience qu'il faut tenir compte de ces personnes pour qui le quotidien est effrayant : circuler sur des trottoirs qui ne sont pas assez larges, encombrés par des véhicules, impossibilité d'accéder à des endroits où tout le monde désire aller comme en ce moment, le cinéma ou le théâtre. Il faut savoir que les personnes handicapées bien souvent, ne cherchent plus, ne peuvent pas sortir parce que ce n'est pas prévu pour elles. On est dans un univers très égoïste. Chacun se bat pour sa petite liberté, mais n'envisage jamais que celle de l'autre, n'est pas équivalente.

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