"Se faire siffler cinq fois en 30 minutes de jogging, record absolu" : le déconfinement ravive les témoignages de harcèlement de rue

Des passants dans une rue marchent devant une bannière \"stop au harcèlement de rue\" à Marseille (Bouches-du-Rhône), le 23 novembre 2019.
Des passants dans une rue marchent devant une bannière "stop au harcèlement de rue" à Marseille (Bouches-du-Rhône), le 23 novembre 2019. (CLEMENT MAHOUDEAU / AFP)

Alors qu'un plan de lutte contre le harcèlement de rue sera mis en place lundi selon le gouvernement, sur les réseaux sociaux des femmes témoignent de faits depuis le déconfinement.

Une série de mesures pour lutter contre le harcèlement de rue. Marlène Schiappa, secrétaire d'État à l'Égalité femmes-hommes, a annoncé, jeudi 21 mai sur France Inter, un plan pour lutter contre les violences faites aux femmes dans l’espace public, qui sera mis en place selon elle lundi 25 mai. Elle annonce notamment le développement des arrêts de bus à la demande, et du dispositif "Angela", qui permet aux femmes de demander de l’aide dans des commerces en cas de problème, ou encore une formation des chauffeurs VTC aux violences sexistes.

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A l'heure du déconfinement, la secrétaire d'Etat craint "qu'il y ait davantage de féminicides, et qu'il y ait une décompensation". Sur les réseaux sociaux, de nombreux témoignages fleurissent concernant l'un des aspects des violences faites aux femmes, le harcèlement de rue. "C'est moi ou le harcèlement de rue, c'est 1 000 fois pire qu'avant le confinement ? Se faire siffler et se prendre des réflexions cinq fois en 30 minutes de jogging, record absolu", écrit une jeune femme sur Twitter. "Le harcèlement de rue a augmenté 'x 1 000' avec le déconfinement. J’ai le droit à des dizaines de remarques ou de regards insistants dès que je sors", poste une autre.

"Ça n'a fait qu'accentuer le phénomène"

"Le harcèlement de rue avec les masques, ça a pris une autre dimension. Ça articule au max pour te dire 't'as des beaux yeux mademoiselle'", lâche Liya, pour qui les ennuis ont repris dès sa première sortie au moment du déconfinement. "Sur un trajet tout simple, à pied, de 15 minutes, j'ai dû me faire aborder trois ou quatre fois, sans compter les regards et ce genre de choses, parce que le fait d'avoir dû se contenir pendant un certain temps, ça n'a fait qu'accentuer le phénomène", estime la jeune femme.

A tel point que cette jeune étudiante parisienne de 20 ans fait encore plus attention qu’avant quand elle sort dans la rue. "C'est vrai que je vais plus réfléchir, par où je vais passer, quelle rue je vais emprunter ou non, je sais là où il y a du passage ou pas, raconte-t-elle. En tant que femme, c'est quelque chose qu'on a l'habitude de faire, là c'est d'autant plus vrai, on redouble d'attention."

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Un témoignage qui ne surprend pas Agnès Volant, membre de association Stop harcèlement de rue. Pour elle, il faut aller plus loin que les mesures annoncées par la secrétaire d'État à l'Égalité femmes-hommes Marlène Schiappa. Selon elle, il faut surtout réfléchir aux causes de ce phénomène. "Il y a beaucoup d'initiatives qui sont du côté de la responsabilité pour la victime de se sauver, d'aller chercher les témoins, d'aller chercher de l'aide, mais par contre il reste encore un domaine qu'on n'arrive pas à investir, ce sont les auteurs", affirme Agnès Volant. "Il y a toute une culture à modifier. Ca ne va pas chercher la source du problème. Qu'est-ce qui fait qu'aujourd'hui, l'espace public est tel qu'une femme ne peut pas l'occuper de la même manière qu'un homme ?"

On sait que ça prendra du temps de changer les mentalités, sauf que travailler sur l'éducation, ça prend plus de temps et ça coûte plus cher, et du coup c'est ça qui pêche pour l'instant.Agnès Volantà franceinfo

Agnès Volant regrette aussi que les associations n’aient pas été consultées avant de mettre en place ces mesures. Aucune ne faisait partie du groupe de travail mis en place par Marlène Schiappa pour réfléchir à l’après-confinement.

Déconfinement et harcèlement de rue - Reportage de Margaux Stive
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