Regroupement des usines Renault dans le Nord : "C'est la stupeur, l'incompréhension" pour le maire de Maubeuge

L\'enseigne Renault d\'un garage.
L'enseigne Renault d'un garage. (STÉPHANIE BERLU / FRANCE-INFO)

Arnaud Decagny se souvient que le PDG de Renault, puis Emmanuel Macron, sont venus féliciter la productivité des salariés de l'usine de Maubeuge. "C'est la parole du président de la République qui est remise en cause", s'indigne-t-il.

Les usines Renault de Maubeuge et de Douai (Nord) pourraient être regroupées. Les salariés du site maubeugeois sont en grève et l'usine est à l'arrêt, depuis ce vendredi 29 mai, à l'appel de l'intersyndicale. La direction du groupe Renault a annoncé la suppression de 4 600 emplois en France. "Pour nous c'est la stupeur, l'incompréhension", déclare le maire UDI de Maubeuge, Arnaud Decagny. Interrogé par franceinfo, il redoute dans ce regroupement "une fermeture déguisée dans les prochaines années".

franceinfo : Vous partagez l'inquiétude des salariés de votre ville ?

Arnaud Decagny : Je la partage d'autant plus que c'est l'usine européenne la plus performante du groupe de Renault. Le PDG de Renault, Monsieur Jean-Dominique Senard, est venu au mois de septembre féliciter les salariés de l'entreprise pour leur dire qu'ils avaient les meilleurs indicateurs de productivité, de rentabilité, les indicateurs sociaux. Il y a moins de deux ans, le président de la République a fait de même, donc c'est la stupeur à Maubeuge construction automobile. En plus, c'est un site où le constructeur a investi 450 millions d'euros ces trois dernières années. Ces investissements se finissent au mois d'août. Et là, on annonce cinq milliards d'euros d'emprunts, donc on ne comprend pas. La nouvelle Kangoo est en cours de test sur les chaînes pour être produite massivement à la fin de l'année. Donc pour nous c'est la stupeur, l'incompréhension. On veut fermer l'usine la plus performante du groupe Renault, alors les salariés, les élus, les syndicats sont vent debout. C'est l'incompréhension par rapport à cette stratégie.

On parle d'une fusion avec l'usine de Douai à 85 kilomètres, ça vous inquiète ?

Lundi, Reuters sort une dépêche en disant que l'assemblage de la future Kangoo serait fait à Douai. Ça veut dire que pour une entreprise comme MCA qui a 2 500 personnes aujourd'hui, qu'il n'en resterait plus que 400 parce qu'on ne garderait que l'emboutissage et un petit peu de logistique. Je pense que ce n'est pas une fermeture, mais ça sera une fermeture déguisée dans les prochaines années. En tout cas on va se bagarrer jusqu'au bout. Demain matin, mobilisation avec l'ensemble des habitants.

Vous irez manifester ?

Je serai en première ligne pour manifester. Je serai à côté de mes habitants. C'est honteux ce qui est en train de se faire. Aujourd'hui, on en appelle même au président de la République. Il est venu à Maubeuge signer un pacte territorial avec les élus pour revitaliser notre industrie. Aujourd'hui, l'État est actionnaire de 15% de l'usine de Renault. Si le président de la République laisse faire ça, c'est un problème en France parce que c'est sa position et sa parole qui est remise en cause. Pour nous, c'est inacceptable. Nous avions de grandes espérances pour ce site. Les performances industrielles sont là. L'engagement du président de la République était là aussi. Et il y a trois jours, on nous a annoncé un transfert. Ça a un peu varié dans le communiqué de presse. J'ai eu Monsieur Senard au téléphone, j'ai eu Monsieur Le Maire au téléphone, ça a un petit peu varié, on parle de gel, d'une grande concertation. On ira à une concertation mobilisés, déterminés, on ne laissera pas faire le retrait et l'annulation de cette usine de Maubeuge qui est encore une fois la plus performante du groupe Renault en Europe.

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