Que sait-on du nouveau coronavirus, cousin du Sras ?

Observation d\'un coronavirus, au microscope, fournie par l\'Agence de protection de la santé britannique, à Londres (Royaume-Uni), le 19 février 2013.
Observation d'un coronavirus, au microscope, fournie par l'Agence de protection de la santé britannique, à Londres (Royaume-Uni), le 19 février 2013. ( REUTERS)

Un premier cas a été détecté en France. Ce virus, dont certains symptômes rappellent l'épidémie de Sras de 2003, a tué 18 personnes depuis septembre 2012, et demeure mal connu des chercheurs.

Un premier cas d'infection respiratoire aiguë par le nouveau virus proche du Sras (syndrome respiratoire aigu sévère) a été confirmé en France, a annoncé mercredi 8 mai le ministère de la Santé. Il concernait "une personne de retour d'un séjour aux Emirats arabes unis". Ce nouveau coronavirus (nCoV) reste une énigme.

Détecté en septembre 2012, il a tué 18 personnes de par le monde. Les deux derniers cas mortels ont été rapportés, lundi 6 mai, en Arabie saoudite. Le génome du virus, nom de code "nCoV/EMC 2012", a été décrypté, mais son origine et son mode de transmission ne sont pas établis.

Le nouveau coronavirus est-il comme le Sras ?

Le nCoV est un cousin du Syndrome respiratoire aigu sévère, connu sous le nom de Sras, dont l'épidémie de 2002-2003 a tué plus de 800 personnes dans une douzaine de pays. Le nouveau coronavirus appartient à la même famille, mais est "génétiquement assez différent", selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

La grande famille des coronavirus est reconnaissable à la couronne que portent ses virions. Ses membres peuvent provoquer aussi bien des maladies bénignes (rhumes, gastro-entérites) que de graves syndromes respiratoires, comme le Sras. Ils peuvent toucher les humains, comme les animaux.

Le nCoV possède un point commun avec le Sras : il peut provoquer de graves infections des voies respiratoires basses (les poumons) et de la fièvre. Mais il déclenche en plus une insuffisance rénale rapide. Et sa transmission paraît lente, en témoigne le petit nombre de cas confirmés d'infection.

D'où vient-il ?

Le nCoV ressemble beaucoup à un virus déjà observé chez des chauves-souris. Ce qui laisse penser que l'animal serait un "réservoir" du virus. Mais il est peu probable que le nCoV soit passé directement de la chauve-souris à l'homme, car les cas de morsure sont rares. Les scientifiques cherchent un autre transmetteur, et n'écartent pas la piste animale.

La plupart des patients atteints sont passés par le Proche-Orient dans les semaines précédant l'infection, ou y vivaient. Sept d'entre eux sont morts en Arabie saoudite, sur onze cas détectés dans le pays. D'autres cas d'infections ont été observés en Jordanie. Un patient, mort en Allemagne en mars, était un Saoudien, transféré à Munich pour y être soigné. Au Royaume-Uni, un homme était infecté après un passage par l'Arabie saoudite.

Se transmet-il d'homme à homme ?

L'OMS refuse de l'affirmer. Pourtant, des épidémiologistes britanniques détiennent une "preuve formelle", selon la radio NPR (en anglais), que ce coronavirus se transmet entre les humains. Les chercheurs ont trouvé leur preuve dans le foyer britannique du virus, où trois membres d'une même famille ont été atteints.

Le père, de passage par l'Arabie saoudite, était déjà malade lorsqu'il a pris l'avion, mais "aucun des autres passagers n'a été malade", selon NPR, qui cite Alison Bermingham, virologiste à l'Agence de protection de la santé britannique. L'homme, qui a été traité en soins intensifs, a en revanche contaminé son fils de 39 ans. Atteint d'un cancer qui avait affaibli son système immunitaire, ce dernier est mort à l'hôpital.

John Oxford, de l'université de Londres, relativise pourtant le risque d'épidémie. "Dans une famille, les maladies circulent plus facilement que n'importe où ailleurs, car les gens partagent les serviettes de toilettes, etc…", explique-t-il à la BBC (en anglais). Le virus semble en effet peu contagieux et non transmissible dans l'air. Le personnel soignant de l'hôpital où le père de famille a été traité n'a, par exemple, jamais été infecté.

Les femmes sont-elles épargnées ?

Jusqu'à présent, seules deux femmes ont été contaminées par le virus. L'une d'elles, au Royaume-Uni, n'a souffert que des symptômes d'une grippe saisonnière et n'a pas eu besoin de traitement. L'autre a été soignée et a survécu. En Arabie saoudite, le ministère de la Santé s'interroge. Lorsque trois hommes d'une même famille ont été malades, en novembre 2012, le virus ne s'est jamais transmis aux femmes, ni aux enfants. "Les femmes qui prenaient soin des hommes atteints n'ont jamais été malades", raconte le docteur Gwen Stevens à la radio NPR. "Pourtant, elles étaient face-à-face avec les patients tous les jours."

Y a-t-il des précautions à prendre ?

La plupart des coronavirus ont une durée de vite très courte en dehors du corps car ils sont peu résistants. Se laver les mains régulièrement, comme en période d'épidémie de grippe ou de gastro-entérite, est donc toujours efficace pour éloigner les risques d'infection.

Pour le moment, ni l’OMS, ni le ministère des Affaires étrangères ne conseillent d'éviter certains déplacements. Aucune restriction au commerce n'a été recommandée. Ignorant l'efficacité des vaccins existants sur le nCov, les autorités de santé n'en conseillent aucun.

Existe-t-il un traitement ?

Pour les humains, pas encore. Des chercheurs américains travaillent avec des singes comme modèle de recherche. "Les Instituts nationaux de la santé (NIH) [des Etats-Unis] ont développé un modèle de l'infection dans des Macaques rhésus, qui va aider les scientifiques du monde entier à mieux comprendre comment est apparu ce coronavirus, et comment il affecte les personnes infectées", précisent les NIH dans le New England Journal of Medicine (en anglais), daté du 4 avril.

Perte de l'appétit, température élevée, accélération de la respiration, toux, chair de poule, posture voûtée : l'étude montre que les premiers signes cliniques apparaissent moins de 24 heures après l'infection. Chez les singes comme chez les humains, l'infection affecte les poumons en profondeur, provoquant une pneumonie. Sur les animaux touchés, les chercheurs ont démontré l'efficacité de deux antiviraux, qui empêchent le nCov de se multiplier, d'après leur blog. Reste à prouver leur même action pour les humains.

Les scientifiques essayent aussi de déterminer si le fait que ce virus infecte la partie basse des voies respiratoires l'empêche de se propager efficacement. Un "handicap" qui pourrait provoquer sa disparition naturellement.

Vous êtes à nouveau en ligne