Prélèvement dans le nez, fiabilité, remboursement... Neuf questions sur les tests virologiques qui auront lieu après le 11 mai

Un homme se fait dépister avec un test virologique, le 28 avril. 
Un homme se fait dépister avec un test virologique, le 28 avril.  (AGNËS GAUDIN / MAXPPP)

Le gouvernement souhaite réaliser jusqu'à 700 000 tests par semaine après le 11 mai, date du début du déconfinement en France. Durée de l'examen, coût, fiabilité... On vous explique tout sur ces tests virologiques. 

C’est l’un des piliers du plan de déconfinement annoncé par Édouard Philippe à l’Assemblée nationale mardi 28 avril : la France va tester massivement les personnes qui présentent des symptômes du coronavirus. Pour y arriver, le chef du gouvernement annonce une capacité de "700 000 tests virologiques par semaine au 11 mai".

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À quoi servent ces tests ? Comment seront-ils pratiqués ? Où pourra-t-on se faire tester et par qui ? Est-ce fiable ? La Cellule Vrai du Faux vous explique. 

Qui pourra se faire tester ? 

Jusqu’à présent, seules les personnes à risque, les personnels soignants, les femmes enceintes ou encore les résidents d’Ephad étaient prioritairement testés en cas de symptômes du Covid-19. A partir du 11 mai, "si vous êtes porteur de symptômes (...) et que vous voulez savoir si vous êtes malade, vous pouvez, vous devrez bénéficier de ce test virologique", a assuré Olivier Véran ce mercredi 29 avril sur franceinfo

Avant de se faire dépister, il faudra une prescription médicale. "C'est un examen médical et il est important de rentrer dans une logique de soins”, a précisé Olivier Véran, le ministre de la Santé sur franceinfo mercredi 29 avril. Autrement dit, en cas de symptômes légers, il faudra d’abord se rendre chez son médecin généraliste.

Les tests virologiques seront aussi destinés aux personnes "qui auront eu un contact rapproché", avec une personne positive, qu’elles "soient symptomatiques ou non", a précisé le Premier ministre. Dans chaque département, des brigades seront chargées d'identifier les cas contacts et d'assurer le suivi des tests à réaliser et de leurs résultats.

Comment se déroule le test ?

Le prélèvement est assez rapide. Pour le réaliser, on insère généralement un écouvillon (un long coton-tige) profondément dans le nez pour atteindre la zone naso-pharyingée. "Il faut enfoncer l'écouvillon jusque dans l'arrière-gorge, au-delà de la ligne des yeux, explique à franceinfo Bruno Pozzetto, chef du service de virologie au CHU de Saint-Etienne. Il y a le risque de faire un peu pleurer le patient, de lui faire un peu mal, mais c'est presque un facteur de succès". Pour se faire une idée, le New England Journal of Medicine a mis en ligne une vidéo très explicite.

Ce prélèvement peut également se faire par aspiration. Et en cas d’infection depuis plus de sept jours, la Société française de microbiologie recommande également un prélèvement au niveau des voies respiratoires basses, c'est-à-dire avec des crachats ou un lavage bronchoalvéolaire.

Une fois le prélèvement effectué, le laboratoire va vérifier s'il contient ou non le virus SRAS-CoV-2 dans le corps. Pour y arriver, les biologistes cherchent à identifier la présence du matériel génétique du virus (son ARN). 

Où pourra-t-on se faire tester ?

Il faudra pouvoir se faire tester "partout où l’on peut le faire et où ça fait sens", indique Olivier Véran. Le gouvernement souhaite créer un accès de proximité au prélèvement. Les laboratoires de ville et les hôpitaux pourront pratiquer ces tests ainsi que certains laboratoires vétérinaires, départementaux, de recherche et même ceux de la police ou la gendarmerie.

Concrètement, tous les dépistages  ne se feront pas forcément dans les laboratoires ou dans les hôpitaux. Ils pourront aussi se faire dans des endroits spécifiques comme des tentes ou des bâtiments publics, c'est par exemple le cas actuellement à la mairie du 5e arrondissement de Paris.

Le ministre de la Santé évoque aussi la mise en place de "drive" avec des tests réalisés au volant de sa voiture sur des parkings. Plusieurs opérations de ce type ont déjà été organisées en France depuis le début de l’épidémie. Les dépistages sont réalisés en quelques minutes sans quitter son véhicule, comme l’avait constaté franceinfo à Paris à la fin du mois de mars dernier. 

Qui réalisera les tests ? 

Les dépistages doivent "obligatoirement être effectués par un personnel formé doté d’équipements particuliers et d’une expertise de laboratoire", explique l’institut Pasteur. Concrètement, cela concerne les biologistes, les infirmiers ou encore des médecins. L'objectif est d’avoir "des gens qui sont formés pour faire de l'écouvillonnage, c'est-à-dire le prélèvement, et ensuite rapporter ces écouvillons dans les différents laboratoires", a précisé sur franceinfo le ministre de la Santé, Olivier Véran.  

Combien de temps faudra-t-il pour avoir les résultats ?

Il faut généralement attendre entre trois et cinq heures pour confirmer ou non la présence du génome du virus dans l’organisme, d’après l’Institut Pasteur. Le résultat doit ensuite être communiqué au patient dans les 24 heures qui suivent le test, d’après un arrêté du 7 mars dernier. Cette annonce peut se faire par le médecin directement par téléphone.

Ces tests sont-ils fiables ? 

Oui, "quand vous détectez un ARN, s’il est présent, c’est bien celui du virus", explique sur franceinfo François Blanchecotte, le président national du syndicat des biologistes. La sensibilité du test est de "98% quand on prélève correctement", précise-t-il.

Si le test est fiable, la technique de prélèvement est délicate. "C'est un geste technique, s'il est mal réalisé, il peut expliquer en bonne partie ce qu'on attribue par erreur à des 'faux négatifs'", explique Nicolas Lévêque, chef du service de virologie du CHU de Poitiers à franceinfo.

Au-delà de l’aspect technique, la réussite de ce test tient également au moment où il est réalisé. S’il est pratiqué trop tôt dans le développement de la maladie, la quantité de virus ne sera peut-être pas suffisante pour qu’il soit repéré. Par ailleurs, chez beaucoup de malades “il n'y a plus de virus au bout de 5 à 6 jours et si la personne consulte au 7e ou 8e jour, il n'y a plus de virus dans le nez, donc on ne peut pas trouver le virus quand il n'est pas là”, explique le professeur Bruno Lina, membre du Conseil scientifique Covid-19.

Au final, "sur 100 patients que vous testez, il y en a 30 à côté desquels vous passez", affirme François Blanchelotte.

Est-ce que ce sera payant ?

"Nous allons faire passer à 100% la prise en charge de ces tests par l’Assurance maladie", a indiqué mardi le Premier ministre Edouard Philippe à l’Assemblée nationale mardi 28 avril.

Jusqu’à présent, un test PCR réalisé en laboratoire de ville ou à l'hôpital est facturé 54 euros et remboursé à hauteur de 60% par la Sécurité sociale. La somme restante est prise en charge par les mutuelles. 

Quelle différence avec les tests sérologiques ?

Le test virologique, avec un prélèvement dans le nez, est différent du test sérologique qui consiste en une simple prise de sang. Ce test sérologique ne poursuit pas le même objectif : il est censé détecter des anticorps qui prouveraient que vous avez été en contact avec le virus. Il y a encore quelques semaines, les autorités sanitaires mondiales attendaient beaucoup de ces tests qui auraient permis de savoir qui est immunisé ou non. Sauf qu’aujourd’hui, on ne sait pas si les personnes qui ont contracté le Covid-19 sont protégées d’une réinfection.

Autre gros bémol pour ces tests sérologiques : leur fiabilité n’est pas encore établie. Mais une fois que ce sera le cas, ils seront utiles pour avoir une meilleure connaissance de l’épidémie. Ils pourront notamment dire quelle proportion de la population a été contaminée par le nouveau coronavirus. 

700 000 tests de dépistage chaque semaine dès le début du déconfinement, est-ce faisable ?

Le président du syndicat national des biologistes, François Blanchecotte, estime que c'est un objectif "atteignable", mais "il faudra qu'on s'y mette tous, à la fois les professionnels de santé que sont les biologistes, les infirmières, mais aussi les médecins pour pouvoir prélever en quantité suffisante et dépister en masse". 

Il y a aussi des conditions matérielles à tenir : "Il faut que l'on ait assez de réactifs et de machines. Normalement, une cellule de commande groupée Etat et professionnels s'est mise en place. On devrait devrait avoir les effets assez rapidement, c'est-à-dire de voir arriver des commandes que nous avons passées", précise François Blanchecotte à franceinfo. 

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