Plaintes contre le gouvernement et critiques de l'opposition : l'unité nationale pour lutter contre le coronavirus s'effrite

Le président de la République Emmanuel Macron et le Premier ministre Edouard Philippe durant une réunion sur l\'épidémie de coronavirus au Palais de l\'Élysée à Paris, le 19 mars 2020. (photo d\'illustration).
Le président de la République Emmanuel Macron et le Premier ministre Edouard Philippe durant une réunion sur l'épidémie de coronavirus au Palais de l'Élysée à Paris, le 19 mars 2020. (photo d'illustration). (LUDOVIC MARIN / POOL / MAXPPP)

A droite comme à gauche, même si on reconnaît une situation qui demande de la retenue, la gestion de l'épidémie de coronavirus soulève de plus en plus de critiques.

C’est une constante dans les interventions d’Emmanuel Macron depuis le début de l’épidémie de coronavirus : l’appel à l’unité nationale. Le président de la République appelle à faire bloc pour surmonter l’épreuve. Il l’a encore appelée de ses vœux lors de son discours devant l’hôpital de Mulhouse, le 25 mars. Mais l’unité nationale, tous derrière l’exécutif, n’est déjà plus une réalité.

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Les oppositions, de droite comme de gauche, disent évidemment soutenir cet effort. Mais plus les jours passent, plus les critiques se font vives, comme si cette unité avait déjà volé en éclat. Plusieurs plaintes ont été déposées contre des membres du gouvernement, Edouard Philippe, Agnès Buzyn et Olivier Véran. Elles émanent de médecins, de patients et de détenus. Et dans la classe politique, on s’interroge ouvertement sur la stratégie menée depuis le début de l’épidémie.

Un contexte anormal

Le député socialiste Olivier Faure dénonce les pénuries que subit le personnel soignant : "Je prends un exemple, dans mon propre hôpital à Melun-Sénart : aujourd’hui, on manque de tout. On manque de tuyaux pour intuber les gens, on commence à manquer de médicaments. On se fait livrer 8 000 masques pour 1 000 agents qui viennent quotidiennement sur le site, c’est-à-dire qu’au bout d’un jour et demi il n’y a déjà plus de quoi assurer la protection de nos agents hospitaliers".

Il y a un énorme fossé, un abime, entre les déclarations qui vont dans le bon sens par le chef de l’État et la réalité sur le terrain qui ne correspond en rien à ce qui est annoncé.Olivier Faure, député socialisteà franceinfo

C’est vrai, le ton de ces mises en cause reste modéré. C’est normal, vu le contexte, explique le député de La France insoumise (LFI) Eric Coquerel. "Dans un temps normal, on peut appeler à résister à telle décision de l’Etat. Là, on appelle à respecter le confinement, explique Eric Coquerel. Pour autant, on a une approche critique des raisons pour lesquelles on est obligé de faire un confinement global et on ne s’empêche pas de le dire. Mais en même temps on dit qu’il faut le respecter, c’est un petit peu la différence avec une situation en temps normal".

Des comptes à rendre lors de l'après crise ?

Chez Les Républicains (LR), on admet que la situation exige une certaine retenue. Mais on annonce aussi, pour cet automne, la création de commissions d’enquête sur la crise, à l’Assemblée et au Sénat. "Evidemment que l’après-crise libérera beaucoup plus la parole, indique le sénateur LR Bruno Retailleau. Tout ce que fait le gouvernement n’est pas à condamner, mais on a eu le sentiment, souvent, que la stratégie sanitaire n’obéissaient pas aux bonnes pratiques mais que c’est la pénurie qui l’inspirait." Le sénateur LR prend pour exemple les consignes sur les masques. "Quand on nous disait que les masques ça ne sert à rien, que le dépistage massif non plus... sur tous ces sujets, je trouve qu’il y a beaucoup à dire".

Bruno Retailleau prend pour autant ses distances avec les plaintes déposées contre le gouvernement. Au Rassemblement national, Marine Le Pen estime que l’ex-ministre de la Santé, Agnès Buzyn, devra probablement s’expliquer devant la Cour de justice de la République.

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