Pénurie, hausse des prix et risques de violences : comment le confinement déstabilise le trafic de drogue en France

Des policiers espagnols à la frontière avec la France, à la Jonquera, le 17 mars 2020. 
Des policiers espagnols à la frontière avec la France, à la Jonquera, le 17 mars 2020.  (ADRIE SALIDO ZARCO / NURPHOTO / AFP)

L’office anti-stupéfiant (Ofast), centre névralgique de la lutte contre les trafics de stupéfiants en France, dresse un bilan de l'impact des premières semaines de confinement sur le trafic de stupéfiants. 

Le confinement frappe de plein fouet l'économie. Et cela vaut également pour les trafics illégaux. Dans une note datée du 27 mars, consultée par France Télévisions vendredi 10 avril, l'office français anti-stupéfiant, l'Ofast, dresse un premier bilan de l'impact de l'épidémie mondiale de Covid-19 et des mesures sanitaires en vigueur sur l'évolution des trafics de drogues et pointe notamment "le ralentissement brutal de l'importation de produits stupéfiants sur le territoire français".

"Aujourd’hui, tous les vecteurs par lesquels les stupéfiants alimentent les points de vente sont fortement ralentis ou à l’arrêt complet, relève ce document. Cette situation ne permet plus d’acheminer les quantités auxquelles le marché s’était habitué. Le contexte de la lutte contre les trafics a ainsi radicalement changé."

L'Ofast cite ainsi le cas des personnes transportant de la cocaïne depuis Cayenne, en Guyane, vers la métropole, "les mules", dont l'activité s'est totalement arrêtée. Depuis le 21 mars,  les conséquences sont ressenties "non seulement à Paris, mais partout en province", écrit l'organisme. "De même, les transports impliquant la circulation de personnes sur le vecteur routier (ex. go‑fast) sont annulés ou reportés." 

Pénurie et hausse des prix 

En raison des contrôles mis en place à la frontière espagnole, "les informations des services confirment aussi que les chargements de cannabis en provenance du Maroc et d’Espagne en gros et semi-gros ne rentrent plus en France depuis le 15 mars". L'Office craint par ailleurs que "les ensembles routiers internationaux" ne deviennent "un vecteur privilégié pour les trafics de stupéfiants, en particulier si les services allègent les contrôles sur la circulation des marchandises, denrées alimentaires et autres, au profit d’autres missions prioritaires dans le contexte du Covid-19".

Selon les observations des antennes Ofast, "les régions frontalières proches de l’Espagne ou des Pays-Bas s’approvisionnent encore facilement en stupéfiants", tandis que "toutes les autres régions métropolitaines connaissent une diminution rapide des stocks de stupéfiants, et beaucoup de points de vente sont désormais fermés". Par ailleurs, et alors que l'activité des revendeurs est plus risquée en raison de la multiplication des contrôles de police, "la pénurie s’est étendue quasiment à l’ensemble des régions, provoquant une hausse du prix de la plupart des stupéfiants".

Des risques de violences 

"Les tensions actuelles mettent les trafiquants en stress, et portent en germe de nombreux risques en termes de sécurité", souligne enfin l'Ofast dans sa conclusion. Et de lister : "Les risques de violence par les trafiquants contre les policiers pour défendre leurs activités criminelles dans certains quartiers ; les risques de violence entre trafiquants pour récupérer les manques à gagner, ainsi que leur emprise territoriale", mais aussi "l'essor des organisations criminelles étrangères implantées aux Pays-Bas, qui profitent actuellement de leur situation dominante de plate-forme de redistribution européenne pour la plupart des produits stupéfiants" et " l’accumulation des stocks en attente en Espagne ou dans certains ports, qui augure de l’ampleur des trafics au moment de leur reprise dès que les circonstances le permettront".

Enfin, "dans la mesure où la circulation des marchandises n’est pas remise en cause, le fret légal offre encore le moyen aux trafiquants de surmonter les mesures de restriction", poursuit l'Ofast, relevant que l’importation de cocaïne par conteneurs maritimes persiste, en dépit du confinement. "Près de 4,3 tonnes en préparation en Colombie, interception de 2,5 tonnes au Costa Rica le 22 mars, ainsi que la découverte le 19 mars de 1,9 tonne à Salvador et de 766 kg à Paranagua au Brésil à destination de la France et de l’Europe", liste l'organisme.

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