Ouverture d'hôpitaux militaires, couvre-feux, fermeture des mosquées... Les pétromonarchies du Golfe musclent leur réponse anti-coronavirus

Alors que le blocus des voisin du Qatar n\'avait pas interrompu la construction des stades pour la prochaines coupe du monde de football 2002, le virus a contraint les organisateurs à suspendre les travaux.
Alors que le blocus des voisin du Qatar n'avait pas interrompu la construction des stades pour la prochaines coupe du monde de football 2002, le virus a contraint les organisateurs à suspendre les travaux. (CHRISTIAN CHESNOT / RADIO FRANCE)

Les pays du Golfe persique tournent au ralenti et durcissent leurs dispositifs pour enrayer l'épidémie de coronavirus Covid-19, avec des chantiers de la Coupe du monde de football à l’arrêt au Qatar, le pèlerinage à la Mecque compromis ou encore l'exposition universelle de Dubaï menacée.

Partout dans le Golfe persique, les pétromonarchies donnent un tour de vis à leurs dispositifs anti-coronavirus et s’isolent du monde progressivement. "Le Qatar est bien préparé pour affronter cette épreuve, explique ainsi mardi 24 mars un expatrié français à Doha, parce qu’il subit le choc de l’embargo de ses voisins depuis le 5 juin 2017. Le pays avait un coup d’avance. Il n’y a pas eu de panique chez les gens."

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Dans les rues de Doha, les transports publics - métro et bus - ne fonctionnent plus. Les rares piétons qui déambulent encore sur la corniche sont fermement priés par la police de rentrer chez eux. Tout est fermé : restaurants, cinémas, écoles, universités, clubs sportifs, piscines, etc. Seuls les supermarchés, les commerces alimentaires et les pharmacies restent ouverts. Rien ne manque dans les rayons, bien approvisionnés. C’est encore une leçon tirée de l’embargo de 2017.

À Doha, les chantiers de la Coupe du monde de football à l’arrêt

"Les chantiers sont suspendus, y compris ceux de la Coupe du Monde 2022", rapporte un ingénieur libanais qui travaille dans le BTP.

Dans la zone industrielle, tous les ouvriers asiatiques sont confinés dans leurs compounds, parfois dans leurs chambres et leurs dortoirs. Ils n’ont pas le droit d’en sortir.un ingénieur libanais du BTPà franceinfo

Ces mesures de confinement très strictes ont valu au Qatar un rappel à l’ordre d’Amnesty International, qui estime que ces travailleurs sont particulièrement vulnérables car leurs conditions d’hébergement laissent à désirer en termes sanitaires et d’hygiène. Fleuron de l’émirat, Qatar Airways a drastiquement réduit ses activités. 75% de sa flotte est clouée au sol. Seul le flux cargo fonctionne à plein régime. "La compagnie opère encore quelques vols vers l’Asie, notamment la Chine, le Pakistan, le Bangladesh et le Népal", nous dit un pilote de la compagnie. Ces destinations correspondent aux pays exportateurs de main-d’œuvre vers l’émirat. Sans la présence de ces étrangers, tout s’écroulerait !

L’expo universelle à Dubaï menacée

Chez le voisin Dubaï, l’activité a plongé depuis une quinzaine de jours. Le taux d’occupation des hôtels s’est effondré à 10-20%, selon un professionnel du secteur. 2020 devait pourtant être une année exceptionnelle avec l’exposition universelle qui est censée ouvrir ses portes en octobre prochain. Sera-elle maintenue ? Les organisateurs de l'Expo 2020 ont déclaré récemment qu’ils "réévalueront et ajusteront" les préparatifs en fonction de l'évolution de la pandémie. En tout cas, le virus les a déjà perturbés. Tous les pavillons des pays devaient être fin prêts d’ici juillet. Certains sont encore en chantier. Dans sa lutte contre le coronavirus, l’émirat de Dubaï veut se rapprocher des modèles de Singapour et de Taïwan. C’est l’un des pays au monde qui a mené le plus de tests de dépistage avec un taux de près de 14 000 analyses par million d’habitants.      

Les plages sont désormais interdites. "Les hôtels ne peuvent conserver ouvert qu’un seul restaurant, rapporte un professionnel du secteur. Des inspecteurs viennent vérifier sur place." À Dubaï, la livraison à domicile est très répandue, atténuant la fermeture des restaurants. "Les 'malls' sont encore ouverts", explique une expatriée libanaise.

Rien ne manque dans les supermarchés. Les mosquées et les églises ont désormais portes closes. Les écoles sont fermées jusqu’au 5 avril.une expatriée libanaiseà franceinfo

Un message du gouvernement vient d’être envoyé à toute la population, locale et étrangère, lui "conseillant" de rester à la maison et de ne plus sortir, sauf urgence médicale et pour se ravitailler. Après avoir rapatriés chez eux les touristes étrangers et les ressortissants du Golfe, la compagnie aérienne Emirates a décidé de suspendre tous ses vols commerciaux. Donnant l’exemple à ses sujets, cheikh Mohamed Al-Maktoum, l’émir de Dubaï, tient désormais son Conseil des ministres en vidéoconférence.

Vers une annulation du grand pèlerinage à la Mecque ?

En Arabie saoudite, les autorités imposent un couvre-feu de 19 heures à 6 heures du matin. "La circulation est très réduite, constate déjà un expatrié français à Djeddah, le grand port de la mer Rouge. La police patrouille dans les rues. Le gouvernement a pris les bonnes décisions à temps, avec des mesures drastiques." Dans la pieuse Arabie, l’une des plus symboliques est la fermeture des mosquées du royaume. Le petit pèlerinage (al-oumra), que les fidèles peuvent accomplir toute l’année, a été suspendu. Le hajj, le grand pèlerinage, qui doit avoir lieu cette année fin juillet, risque d’être compromis. S’il ne pouvait avoir lieu, ce serait une première dans l’histoire moderne de l’Arabie saoudite. Dans tout le royaume, les lignes aériennes intérieures ont été interrompues.

À Djeddah, beaucoup de chantiers, s’ils n’ont pas été carrément stoppés, tournent au ralenti. "On installe des hôpitaux militaires à côté des centres hospitaliers traditionnels", explique notre expatrié. Partout dans le Golfe, on mène une lutte qui se veut exemplaire contre l’épidémie. Tout l’arsenal de confinement se muscle jour après jour. Pas question pour les monarchies pétrolières, d’apparaître comme les mauvais élèves de cette guerre sanitaire mondiale.

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