On s'y emploie. Les nouvelles relations au travail après le déconfinement

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Dans huit jours, après huit semaines de confinement, huit semaines de télétravail ou d'inactivité forcée, beaucoup vont retrouver leur lieu de travail, et certains de leurs collègues. Mais dans les rapports humains, rien ne sera plus comme avant.

Evelyne Stawicki est coach, psychologue du travail, professeur à l'ESCP Europe. Elle nous accompagne tout le temps de la crise sanitaire, pour répondre aux questions de vie quotidienne au travail...Le retour au travail pour un certain nombre de salariés, après huit semaines de confinement et de télétravail, sera marqué par un environnement différent.

franceinfo : parmi les changements que les salariés qui vont retourner au travail vont trouver, un sera peut-être très symbolique : dans beaucoup d'entreprises, la machine à café ne fonctionnera plus. C'est la fin des conversations autour d'un "petit noir" ou d'une barre chocolatée. C'est d'après vous un événement important, symbolique ?

Evelyne Stawicki : Oui, beaucoup plus important que ce que l'on peut imaginer à ce jour. Tous les espaces de convivialité, le restaurant, les terrasses seront fermés et nous n'allons plus retrouver ces papotages que l'on aimait tant.

Et on va souvent être masqués...

On va subir deux phénomènes : la distanciation sociale et le port du masque. La distanciation sociale est dans notre culture contre-nature. S'abstenir de toute manifestation physique d'affection peut gravement nuire à la qualité de nos liens interpersonnels. Gardez vos distances, c'est une menace. Or, aucun être humain n'est une île qui peut s'autosuffire, au point que certains scientifiques parlent aujourd'hui de révolution anthropologique.

Ces petits échanges, ils sont importants pour nous ?

Bien sûr, c'est pour ça qu'on a hâte de retrouver nos collègues. Mais il faut se préparer au fait qu'ils ne seront pas tout à fait ceux que nous aurons laissés au moment du confinement. Il va y avoir des phénomènes de prudence, voire de peur d'attraper le virus, qui vont modifier nos relations.

On a tous connu ce sentiment de gêne quand on passe sur un trottoir et que quelqu'un fait un détour pour nous éviter. Et bien, cet événement, il va se reproduire des dizaines de fois dans l'entreprise, et ça va avoir forcément des impacts sur notre charge émotionnelle.

Il va aussi falloir dire à des collègues, "tiens-toi plus loin"...

Il faut tous qu'on soit responsable de la santé collective. D'ailleurs, c'est un article du Code du travail : tout salarié doit prendre soin de sa santé et de sa sécurité, ainsi que de celle de ses collègues. Donc on va tous devoir être vigilant.

Mais ça va corroder les relations aux autres et il va falloir se préparer à beaucoup de bienveillance, de compréhension et de solidarité. Par exemple, il ne faut pas prendre pour soi, à titre personnel, les manifestations de rejet ou de défiance que l'on va pouvoir rencontrer. Il va falloir mesurer le degré d'anxiété de nos collègues, afin de le respecter, en ajustant nos propres comportements. Il va falloir apprendre à dire sans agressivité à un collègue qui n'est pas très prudent son besoin à soi d'être à juste distance.

Et puis il va falloir remplacer toutes les manifestations physiques affectueuses, la poignée de main, le sourire qui va disparaître derrière le masque, les embrassades. On n'aura que les mots pour les remplacer, leur qualité et leur profondeur. Dire un vrai bonjour, développer tous les signes de reconnaissance possibles envers les autres, partager nos émotions. C'est ça qui va remplacer la connivence physique par une connivence intellectuelle, affective et spirituelle.

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