On s'y emploie. Le cas de conscience des salariés obligés de travailler en chômage partiel

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Le gouvernement a lancé une campagne de contrôles pour savoir si certaines entreprises ont fraudé le système de chômage partiel, en faisant travailler leurs salariés de façon illégale. Des salariés qui se sont retrouvés dans une situation délicate.

Durant le confinement et la crise sanitaire, des salariés se sont retrouvés dans une situation délicate. Leur patron leur a demandé de travailler alors qu'ils étaient déclarés en chômage partiel. Evelyne Stawicki est coach, psychologue du travail, professeur à l'ESCP Europe... 

franceinfo : qu'est-ce qui se passe dans la tête d'un salarié à qui son patron demande de travailler alors qu'il sait qu'il ne devrait pas ?

Evelyne Stawicki : Il se retrouve face à un dilemme, face à un choix impossible. Soit il refuse et il se fera mal voir par son employeur, avec un risque de se voir sanctionner à terme, soit il accepte et il devient complice d'une fraude.

On parle beaucoup de risques psychosociaux et de souffrance au travail et là, nous sommes face à une souffrance psychique profonde qui écartèle le salarié entre ses peurs et son éthique. Quelque soit son choix, il va être perdant. Il va travailler autant en étant moins payé, il va tricher par rapport à la loi, il va avoir peur de la sanction, il va se sentir honteux de profiter de la générosité publique, et ce qui va rester, c'est un effondrement de sa confiance envers son employeur.

C'est un conflit de loyauté ?

On se demande en effet à qui on doit être fidèle, à son employeur ou à sa citoyenneté, à ses valeurs...

D'autant que certains ont peur de perdre leur emploi...

Un employeur ne pourra pas licencier un salarié qui refuse de commettre un acte délictueux, mais on pourra rétorquer que l'employeur pourra trouver d'autres raisons de le faire.

Pourtant, il faut retenir que le rapport de force n'est pas que favorable à l'employeur. L'entreprise qui demande à ses employés de travailler en période de chômage partiel se met en risque et s'expose à de lourdes sanctions. Et elle prend aussi le risque de dégrader durablement son image, et on sait que la marque employeur est un capital précieux pour attirer les talents, fidéliser les salariés. Elle est très difficile à conquérir et très facile à perdre. Donc l'entreprise est aussi à la merci de ses salariés.

Comment trouver la force de dire non ?

Consentir à des actes que l'on réprouve a un coût psychique énorme et les risques pour la santé sont lourds. Il en va de sa santé mentale. Pour trouver la force de dire "non", je propose trois pistes.

- D'abord le dialogue, le partage avec ses collègues, et avec son manager qui peut lui même être confronté à un cas de conscience en donnant cette consigne de travail. Partager ses doutes, réfléchir collectivement à une réponse concertée permet de sortir de ce face-à-face avec nous-mêmes.

- Deuxième conseil, prendre conscience que refuser de tricher est un service que l'on se rend à soi-même mais aussi un service que l'on rend à l'entreprise. En vous protégeant, vous protégez sa pérennité, donc son emploi.

- Et le troisième conseil, c'est de poser votre refus de façon sereine et claire, sans jugement, sans procès d'intention, sans revendication mais avec fermeté. Être capable de dire : "Désolé, je comprends votre propre dilemme, mais je ne peux souscrire à votre demande".

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