"On n'en peut plus" : à Mulhouse, les habitants du quartier de Bourtzwiller ne voient pas le bout du tunnel

Immeuble collectif dans le quartier de Bourtzwiller à Mulhouse dans le Haut-Rhin, le 28 novembre 2016 (photo d\'illustration).
Immeuble collectif dans le quartier de Bourtzwiller à Mulhouse dans le Haut-Rhin, le 28 novembre 2016 (photo d'illustration). (THIERRY GACHON / MAXPPP)

C'est dans ce quartier qu'a eu lieu le grand rassemblement évangélique avec de nombreux personnes infectées du coronavirus. Le retour à la vie normale semble très loin pour les 15 000 habitants de Bourtzwiller.

Cela fait 58 ans qu’Abdelkarim habite dans le quartier de Bourtzwiller à Mulhouse dans le Haut-Rhin. Son masque posé sur le guidon de son vélo, il raconte l’horreur des premières semaines du confinement et la mort qui rôde partout : "Chacun de nous a peut-être perdu une personne." Ce quartier est l’un des foyers les plus virulents du coronavirus. C’est là qu’a eu lieu, en février, le grand rassemblement évangélique où de nombreux fidèles avaient été infectés par le Covid-19.

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Alors que le retour à la vie normale semble très loin, les 15 000 habitants de Bourtzwiller balancent entre désarroi et colère. "Si c’était moi, je mettrais la zone de Mulhouse en noir, explique Abdel-Karim. Il y a eu quand même beaucoup de dégâts. On peut dire que sur 50 m², on a tous perdu une personne, eu un malade ou connu quelque chose de grave comme la réanimation. Donc pour moi, c’est une zone noire, au niveau de Mulhouse."

"Les gens craquent vraiment"

Entre les petites barres d’immeubles, il y a très peu de monde, quelques voitures et le chant des oiseaux. Mais après sept semaines de confinement, difficile d’ignorer une colère qui monte. "On voit que les gens craquent vraiment, raconte Yassine qui se trouve devant un petit restaurant reconverti dans la vente à emporter. ils commencent à avoir du mal à supporter tout ça."

J’aimerais que ça s’arrête le plus vite possibleYassine, habitant de Bourtzwillerà franceinfo

Un peu plus loin, une voiture s’arrête devant nous. Nous sommes interpellés par Karim. Pour le jeune homme qui a perdu son emploi avec la crise, zone rouge ou pas, le déconfinement doit se faire : "On sait que c’est dur que ça va se faire progressivement, tout doucement, mais on en a marre, on n'en peut plus. Il y a la police tous les jours. On sort comme des rats et on ne vit plus." Pour Karim, "on a tout le temps la boule au ventre avec les contrôles de police. C'est dur pour le mental, du coup ça part un peu dans tous les sens."

Un "stade mort"

En plein ramadan, la mosquée est fermée. Les associations n’accueillent plus personne. Un peu à l’écart, le stade, le lieu traditionnel de rassemblement est clos. Toufik Barkat est le président du club de foot du CS Mulhouse-Bourtzwiller. "Le stade est mort, constate Toufik Barkat, il n’y a plus rien. Tout le monde est à la maison et ça nous rend tristes. Plus personne ne fait de sport, quand on fait un footing on se fait arrêter par la police, ça nous met en colère".

Bourtzwiller, ses 15 000 habitants, beaucoup de précarité et une crainte pour Mohamed, 17 ans, qui s’occupe d’une association pour les jeunes : "On a une population qui est très jeune et avec la fermeture des écoles, aucune activité ou des milieux sociaux difficiles. On a une crainte que si cela perdure on aura du décrochage scolaire." 

Le déconfinement est peut-être proche mais Bourtzwiller a déjà l’impression de vivre une histoire sans fin. 

Ecoutez le reportage de Jérôme Val à Bourtzwiller
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