"On m’a répondu qu’il fallait respecter les procédures" : la colère d’un généticien qui n'a pas pu réaliser des tests de dépistage du coronavirus

À l\'hopital de Pau dans les Pyrénées-Atlantiques, un infirmier réalise un depistage du coronavirus Covid-19 en tenue de protection, le 10 mars 2020 (photo d\'illustration).
À l'hopital de Pau dans les Pyrénées-Atlantiques, un infirmier réalise un depistage du coronavirus Covid-19 en tenue de protection, le 10 mars 2020 (photo d'illustration). (QUENTIN TOP / MAXPPP)

Un généticien d’un laboratoire de recherche public du CHRU de Lille est en colère. Il a proposé de produire des tests de dépistage du coronavirus et n’en a pas eu l’autorisation. Il dénonce la rigidité des autorités en pleine pénurie de tests. 

Philippe Froguel est diabétologue et généticien à la tête d'un gros laboratoire de recherche du CHRU de Lille. Le 10 mars, alors que les cas de coronavirus Covid-19 ne cessent d’augmenter et que la France manque de tests de dépistage, il propose par courrier à sa direction générale d’en produire. Il est diabétologue et pratique ces tests PCR depuis une trentaine d’années. "Beaucoup de labos de recherche font ça avec des ingrédients, des amorces et des enzymes. Ça ne nous pose aucun problème ici à Lille", explique le diabétologue.

>> Coronavirus Covid-19 : suivez les dernières informations en direct

Son enthousiasme est vite douché : "On m’a répondu qu’il fallait respecter les procédures, et que je n’avais pas le droit de le faire." La procédure veut en effet que seul un biologiste médical soit habilité à lire les résultats de ces tests. Le généticien affirme lui que son laboratoire sait les lire. Il estime que les autorités pourraient assouplir ces règles compte-tenu de l’urgence de la situation. Un avis partagé par Christine Rouzioux, une biologiste de l’hôpital Necker à la retraite, à condition de s’organiser. "Il faut se donner les moyens de faire plus de tests, explique la biologiste retraitée. Il faut que le gouvernement entende que d’autres laboratoires pourraient travailler au sein de communauté de biologie médicale, avec des procédures communes et en s’organisant. C’est possible."

Perte de temps et rupture de stock

De son côté, le généticien ne décolère pas, même s’il a bon espoir que sa demande aboutisse. "On a perdu peut-être 15 jours, déplore Philippe Froguel. On aurait pu commander des réactifs et ça nous aurait permis de faire environ 600 tests par jour, quand la France en fait entre 2 000 et 4 000 par jour".

Le problème, c’est qu’aujourd’hui, le CHRU de Lille et celui de Mulhouse sont, d'après Philippe Froguel, en rupture de stocks d’enzymes, et ne peuvent donc plus fabriquer ces tests. "Si on nous avait autorisés, nous les gens de la recherche, j’aurais mon congélateur plein d’enzymes, on aurait fait le protocole et on travaillerait à fond pour le CHU aujourd’hui", regrette-t-il.

Selon Philippe Froguel, le cas de son laboratoire n’est pas isolé : "C’est comme ça dans toute la France." Contactée, la direction générale du CHRU de Lille n’a pas répondu à nos sollicitations. De son côté, le CNRS a demandé à ses laboratoires de recherche de lui faire remonter un état précis des personnels disponibles et des stocks de produits nécessaires à la fabrication des tests de dépistage. 

La colère d’un généticien qui n'a pas pu réaliser des tests de dépistage du coronavirus - Le reportage de Laetitia Cherel
--'--
--'--

Vous êtes à nouveau en ligne