"On est bien contents qu’il y ait cette petite accalmie, mais on reste sur nos gardes" : à l'hôpital de Mulhouse, la bataille contre le coronavirus n'est pas terminée

franceinfo

Les hôpitaux du Haut-Rhin continuent de lutter contre l'épidémie, comme dans le service de réanimation de l'hôpital de Mulhouse où une quarantaine de malades du Covid-19 sont toujours soignés.

"Depuis 48 heures ça va un petit peu mieux, il ouvre les yeux donc on est plutôt contents là-dessus", décrit une soignante à propos d’un patient. Dans le service de réanimation de l’hôpital de Mulhouse, dans le Haut-Rhin, il y a toujours une quarantaine de malades du Covid-19. Des malades inconscients, intubés, certains sont là depuis des semaines. "Ce n’est pas gagné, mais ça va mieux, explique le docteur Khaldoun Kuteifan qui dirige le service. Actuellement, la situation liée au Covid se calme un peu avec une diminution de l’afflux des patients."

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Le gouvernement a présenté, jeudi 7 mai, la carte bicolore, qui doit permettre d'adapter le déconfinement aux "réalités locales" à partir du 11 mai, avec des départements en vert et en rouge. Le Haut-Rhin, touché fortement dès le début de l'épidémie de coronavirus, est toujours en rouge. Près de 800 malades sont toujours hospitalisés dans le département, dont 80 en réanimation. "On a appris à connaître cette pathologie au fur et à mesure pendant les deux mois qu’on a vécus, explique le docteur Khaldoun Kuteifan. C'était véritablement deux mois de bataille."

On avait jusqu’à dix admissions par jour. C’était un mouvement perpétuel pendant au moins quatre semaines.

Docteur Khaldoun Kuteifan, hôpital de Mulhouse

à franceinfo

Une vingtaine de personne sont décédées du Covid dans son service. "On n'est jamais préparés à ce genre de choses, c’est toujours lourd à porter", confie le médecin. Et ces quatre semaines de pic épidémique ont marqué les visages, comme celui du docteur Floria Julian, très fatiguée. "Il y a eu beaucoup de gardes, on est bien contents qu’il y ait cette petite accalmie. On a juste peur que ça reprenne après le déconfinement. On n’espère pas mais on reste sur nos gardes", explique-t-elle.

"On va rentrer dans la chambre de votre mari..."

"Bonjour madame, c’est le docteur. Je vous appelle pour vous donner des nouvelles de votre mari…" Une accalmie toute relative, mais qui permet désormais aux équipes d’avoir un peu plus de temps, non pas pour elles, mais pour donner des nouvelles aux familles, privées de visites. C’est ce que fait Laurane, une interne venue en renfort dans le service. Elle est justement en train de passer un appel vidéo : "On va rentrer dans la chambre de votre mari. Par contre, je vois qu’il y a les enfants. Je pense que ce n’est pas forcément une bonne idée qu’ils voient leur papa comme ça. Je vous conseille d’être toute seule au début." 

Une chambre dans le service de réanimation de l\'hôpital de Mulhouse dans le Haut-Rhin qui accueille une quarantaine de patients atteints du Covid-19, le 6 mai 2020.
Une chambre dans le service de réanimation de l'hôpital de Mulhouse dans le Haut-Rhin qui accueille une quarantaine de patients atteints du Covid-19, le 6 mai 2020. (MATTHIEU MONDOLONI / FRANCEINFO)

Les enfants partis, Laurane entre dans la chambre et décrit le matériel. "Je vous le montre, ça va pour vous ?, demande-t-elle à la compagne du patient. Il est content, il bouge les pieds et les mains. Il dort encore un petit peu. Il a encore besoin de médicaments pour dormir, c’est pour ça qu’il n’ouvre pas les yeux mais il vous entend."

La crainte d'une seconde vague

De l’autre côté de la vitre, le docteur Joy Mootien, référent infectiologie à l’hôpital, observe la scène. Conscient que rien n’est joué face à la maladie. "Le déconfinement se passera bien si tous les gens respectent bien les mesures", indique l’infectiologue. "Je pense que les retrouvailles vont être pour les gens un moment très agréable et attendu. Mais ils faut qu’ils continuent à respecter les mesures barrières, l’hygiène des mains et respecter quand on dit qu’il ne faut pas de rassemblements de plusieurs personnes", insiste-t-il.

Car après deux mois de mobilisation, tous les soignants sont épuisés. Pour pouvoir souffler un peu, il leur faudrait plus de renforts encore. Infirmiers, aide-soignants ou médecins, une centaine de bras manquent toujours à l’hôpital de Mulhouse pour pouvoir être prêt en cas de deuxième vague, et pour pouvoir faire face comme ils l’ont fait lors de la première.

Le reportage, à l'hôpital de Mulhouse, de Matthieu Mondoloni, avec Ollivia Branger aux moyens techniques
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