Morgue à Rungis : "Il faut que l’État prenne en charge les frais pour qu’ils ne soient pas imposés aux familles", demande la présidente des Pompes funèbres de France

Bâtiment du marché de Rungis (Val-de-Marne) transformé en morgue provisoire pendant l\'épidémie de coronavirus.
Bâtiment du marché de Rungis (Val-de-Marne) transformé en morgue provisoire pendant l'épidémie de coronavirus. (GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)

La présidente de l’entreprise des Pompes funèbres de France réagit suite à la polémique sur les tarifs pratiqués par l'opérateur privé qui gère la morgue provisoire installée dans un hall du marché de Rungis.

"Il faut que l’État prenne en charge les frais de passage du cercueil à Rungis pour qu’ils ne soient pas imposés aux familles", demande la présidente de l’entreprise des Pompes funèbres de France, invitée du 15/20 de franceinfo jeudi 9 avril. Sandrine Thiefine réagissait aux polémiques autour de la gestion des cercueils dans un hall du marché de Rungis (Val-de-Marne), une morgue provisoire gérée par un opérateur funéraire privé, OGF. L'opérateur prévoit notamment un "forfait de 6 jours" à 159 euros pour "l'admission et le séjour en condition de conservation du cercueil fermé et scellé". La journée supplémentaire est facturée 35 euros. Un espace de recueillement est à disposition des familles, au prix de 55 euros pour "une heure maximum".

franceinfo : Quelle est la situation pour les familles endeuillées qui se rendent à Rungis ?

Sandrine Thiefine : Il faut replacer le contexte. Les agences Pompes funèbres de France ont reçu le 2 avril un communiqué de la préfecture de police de Paris nous informant de la mise en place d'un entrepôt funéraire à Rungis. Avec ce document, il y avait un formulaire de demande d'admission avec des tarifs, et ça a choqué mes collaborateurs et nos franchisés. Ces cercueils, ils arrivent fermés. C’est un lieu de passage. Et ce sont 159 euros qui sont facturés pour un forfait de six jours. Mais à cause de la situation sanitaire et des plannings surchargés des cimetières et des crématoriums, il est difficile de tenir ce délai légal d’inhumation. Du coup, la journée supplémentaire est facturée 35 euros. Dans le même temps, un espace de recueillement est à la disposition des familles, au prix de 55 euros, avant que le cercueil n’aille au cimetière ou au crématorium. Et ça, ça me choque.

Quelle a été la réaction des premières familles qui ont été à Rungis ?

Elles ont été très surprises, choquées, d’après le retour de mes collaborateurs. Les familles ne comprennent pas pourquoi on leur facture ces frais. Je ne pensais pas que le sujet allait faire autant polémique à travers les médias mais tant mieux. Au moins, on va traiter le sujet. Je tiens à dire que ça ne me choque pas qu'une entreprise privée gère cet entrepôt. Mais facturer ce genre de frais aux familles, non ! Je pense qu’elles sont déjà assez dans la douleur. On n'a pas besoin de facturer des frais supplémentaires pour un passage de cercueil dans un lieu pareil qui, même si je sais qu’il a été choisi pour parer à l’urgence et qu’il n’y avait pas d’autre solution, n’est pas ce qu’il y a de mieux pour faire son deuil.

Quelle serait la solution selon vous ?

Ce que je demande, ce que la marque Pompes funèbres de France demande, c’est qu’il faut que l’État prenne en charge les frais de passage du cercueil à Rungis pour qu’ils ne soient pas imposés aux familles. Le but d'avoir réquisitionné cet entrepôt, c'était désengorger les chambres mortuaires des hôpitaux ainsi que les chambres funéraires privées. Mais il faut savoir que dans les chambres mortuaires des hôpitaux, si la famille fait un départ depuis l'hôpital et si le cercueil reste à l'hôpital, c'est gratuit. En attendant, mon entreprise a décidé de ne pas faire facturer ce genre de frais aux familles. Donc pour l’instant, on n’emmènera pas de cercueils à Rungis.

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