VIDEO. Covid-19 : pénurie de masques, retard de confinement… ces défaillances multiples qui ont touché les Ehpad au printemps 2020

Quelque 15 000 résidents d'établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes sont décédés du Covid-19, dans leur Ehpad ou après leur transfert à l'hôpital. Soit près de la moitié des victimes de l'épidémie entre mars et juillet 2020. Comment ces personnes âgées, vulnérables, ont-elles été prises en charge ? "Pièces à conviction" a enquêté sur les causes de défaillances multiples. En ce qui concerne les masques, par exemple : la plupart des maisons de retraite n'en ont été équipées que fin mars.

L'épidémie de coronavirus a touché la région Grand Est, où commence cette enquête de "Pièces à conviction" (à voir le 18 novembre 2020), deux semaines avant le reste de la France. Dans les Ehpad de la région, le virus avait déjà fait 570 morts à la fin du mois de mars 2020. Sa diffusion a été aggravée par la pénurie d'équipements de protection. Notamment de masques. 

Les masques font partie des dotations de l'Etat, lesquelles sont gérées par les Agences régionales de santé (ARS) au niveau local. Au moment du pic de l'épidémie, l'ARS Grand Est était dirigée par Christophe Lannelongue. Interrogé par les journalistes de "Pièces à conviction", il dit avoir alerté le ministère de la Santé dès le 17 février sur le manque de masques dans sa région. Sans résultat, selon lui. 

"Il y a des gens qui n'ont pas eu les masques qu'ils auraient dû avoir"

L'ancien directeur de l'ARS estime que l'on aurait pu gagner dix jours en passant commande de ces masques début mars. La région ne les a finalement reçus qu'à partir du 26 mars. En quantité insuffisante, explique-t-il : "2,2 millions, puis 2,8 millions" par semaine, quand les besoins étaient de "4,5 millions de masques chirurgicaux, dont 2 millions pour les Ehpad."

"Finalement, conclut-il, les Ehpad vont être les parents pauvres. Et ça veut dire qu'il y a, comment dire, des bavures. Il y a des gens qui n'ont pas eu les masques qu'ils auraient dû avoir, c'est clair."

"Si on avait confiné le Haut-Rhin le 9 mars, on aurait gagné huit jours très importants"

Christophe Lannelongue pointe un autre dysfonctionnement. Pourquoi le Haut-Rhin, en pleine flambée épidémique, n'a-t-il pas été confiné plus tôt ? Le préfet en a pourtant fait la demande le 5 mars. Mais la mesure aurait été refusée au motif que "c'était compliqué de confiner un département aussi important", explique l'ex-directeur de l'ARS. Elle sera pourtant appliquée dix jours plus tard... à la France entière. "Si on avait confiné le Haut-Rhin le 9 mars, au lieu du 17 comme l'ensemble du pays, regrette-t-il, on aurait gagné huit jours très importants au moment où l'épidémie flambait au maximum."

Selon lui, un temps précieux a été perdu pour équiper les résidents des Ehpad en masques comme pour les confiner. "La vitesse de réaction, en période épidémique, c'est un problème absolument majeur. Si vous voulez, c'est comme un feu de forêt : vous intervenez dans les premières minutes, ça va le faire ; après, c'est plus dur."

Extrait de "Covid-19 : que se passe-t-il vraiment dans les Ehpad ?", une enquête à voir dans "Pièces à conviction" le 18 novembre 2020 à 21h05.

> Les replays des magazines d'info de France Télévisions sont disponibles sur le site de Franceinfo et son application mobile (iOS & Android), rubrique "Magazines".

Vous êtes à nouveau en ligne