TEMOIGNAGE FRANCEINFO. "Je n'aurais jamais cru que ce serait un danger", de rappeler l'obligation du masque dans un bus, raconte l'infirmière agressée en Seine-Saint-Denis

Un bus scolaire prêt pour la rentrée de septembre 2020. Photo d\'illustration.
Un bus scolaire prêt pour la rentrée de septembre 2020. Photo d'illustration. (R?MI DUGNE / MAXPPP)

Lisa, 30 ans, explique comment, d'un simple rappel à l'ordre "sympathique", elle s'est retrouvée au sol, mardi,"sonnée" par les coups portés par deux passagers à qui elle avait demandé de mettre un masque.

"Jamais personne n'a cru que ce serait un danger de rappeler quelque chose qui devrait faire partie du respect, de l'humanité", témoigne auprès de franceinfo l'infirmière agressée dans un bus de Neuilly-sur-Marne (Seine-Saint-Denis), mardi 11 août. Lisa, 30 ans, a été insultée et frappée par deux jeunes passagers auxquels elle avait demandé de mettre un masque. Deux suspects âgés de 16 ans, ont été placés jeudi sous contrôle judiciaire, à l'issue de leur garde à vue.

Un rappel des règles "sympathique"

Mardi, Lisa était assise dans le bus et discutait avec un autre voyageur de l'intérêt du port du masque. "On a vu ces trois jeunes hommes monter, s'installer autour de poussettes, parler très fort, rigoler, tourner la tête dans tous les sens, sans aucun respect des distances de sécurité, raconte-t-elle. Je leur ai dit : 'les loulous, on peut mettre le masque s'il vous plait'.

C'étaient des jeunes qui avaient l'air de bonne humeur, je me suis permis d'intervenir sur un ton sympathique, avec un sourire au visage, qu'ils ne voyaient pas forcément parce que j'avais un masque et des lunettes, j'espère que ça s'entendait dans le ton de ma voix.Lisaà franceinfo

L'infirmière était loin de se douter que son rappel des règles sanitaires allait provoquer un déchaînement de violences, d’abord verbales avec des insultes et des menaces violentes. "Le ton est monté assez rapidement, je ne me suis pas laissée faire, j'ai répondu que c'était honteux de parler comme ça à quelqu'un qui demandait de mettre un masque. Vu leur attitude je sentais qu'il y avait un risque que ça dégénère rapidement." La trentenaire demande alors au chauffeur du bus d'appeler la police, ce dernier déclenche une alarme discrète.

Agir en tant que "française, en tant qu'humaine"

L'agressivité continue de grimper entre Lisa et les jeunes voyageurs. "L'échange est monté, dans le ton et dans l'humeur et dans la colère des deux côtés, je ne le nie pas, j'étais très énervée, très choquée. Quelque part je me sentais en danger, je crois que c'est ce qui m'a poussé à continuer à parler, à leur tenir tête parce que je ne voulais pas me taire", confie-t-elle à franceinfo.

Je ne voulais pas qu'ils croient que parce qu'ils étaient menaçants, ils allaient gagnerLisaà franceinfo

C'est sans doute la profession de l'infirmière qui la pousse à ne pas battre en retraite, même si elle affirme avoir simplement agi en tant que "Française, qu'être humain". "C'est une pandémie, ce n'est pas une question de siège ou de qui a poussé qui. On parle d'un virus mortel. C'est notre responsabilité à tous de porter le masque (…) Jamais personne n'a cru que ce serait un danger de rappeler quelque chose qui devrait faire partie du respect, du civisme, de l'humanité même". Lisa ne comprend pas qu'on ne participe pas à l'effort collectif, alors "qu'on peut stopper le virus en portant un bout de tissu ou de papier devant son visage (…) Je pense que pour 10 minutes de transport, c'est tolérable".

Des voyageurs qui s'interposent

L'un des jeunes gens finit par devenir plus menaçant. "Il a mis son visage à deux centimètres du mien pour me faire peur. De là, j'ai posé ma main sur son torse, je l'ai éloigné de moi. Et j'ai pris une gifle de toute sa force, qui m'a sonnée. Honnêtement, je ne sais même comment ça s'est passé, comment je me suis retrouvée de l'autre côté du bus". L'infirmière raconte avoir reçu des coups au visage dans le corps, des coups de pied, des coups de poing, des gifles.

Ils m'ont poussée, ils m'ont mise au sol plusieurs fois.Lisa, infirmièreà franceinfo

Les autres voyageurs finissent par essayer de s'interposer. "Une première femme s'est levée, je suis extrêmement reconnaissante et fière d'elle, une fois qu'elle s'est levée d'autres personnes ont dû se sentir plus courageux vu l'effet de groupe". Mais les deux jeunes, décrits comme "grands et forts", sont difficilement maîtrisable et poursuivent leurs coups.

J'ai toujours des contusions, des bleus, des douleurs musculaires. J'ai encore mal au cou, l'un des deux m'a étranglée.Lisaà franceinfo

Au surlendemain de cette agression, Lisa aimerait qu'on en tire les leçons. "J'aimerais vraiment qu'ils comprennent que ce genre d'actions, ce genre de comportement est intolérable, qu'ils comprendront la bêtise intense de leurs actions". Elle espère que cela interpellera aussi "d'autres personnes qui sont anti-port de masque, peut être que ça leur fera ouvrir un petit peu les yeux sur la bêtise de leur démarche".

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