Lutte contre le coronavirus : la chloroquine largement utilisée au Brésil, malgré les désaccords scientifiques

Un homme désinfecte la rue dans une favela à Rio de Janeiro, au Brésil, le 18 avril 2020.
Un homme désinfecte la rue dans une favela à Rio de Janeiro, au Brésil, le 18 avril 2020. (CARL DE SOUZA / AFP)

Malgré les craintes de l'OMS, le président brésilien continue de vanter les mérites du traitement à hydroxychloroquine.

Le Brésil est devenu le quatrième pays le plus endeuillé par l’épidémie de coronavirus : 500 000 personnes contaminées, plus de 1 000 morts par jour et une gestion politique de la crise totalement confuse. Parmi les sujets de discorde entre le président Jair Bolsonaro et les gouverneurs des États : l’usage de la chloroquine. L’OMS a récemment suspendu ses essais cliniques sur cette molécule jugée inefficace, voire dangereuse. Pourtant, le président brésilien continue de vanter ses mérites et certaines villes ont même décidé de la distribuer.

C'est le cas de Porto Feliz, à une centaine de kilomètres au nord de Sao Paulo, la capitale économique du Brésil. Les habitants ont été placés en quarantaine, il y a des contrôles stricts à l’entrée de la ville. À l’intérieur, une unité de soins intensifs particulièrement efficace, d’après sa responsable, Ana Paula Dos Santos : "Le nombre de patients dont l’état s’est amélioré est considérable : sur les 150 cas que l’on a ici, 37 ont été internés, 35 ont déjà récupéré."

Des résultats attribués à la distribution d’un "kit Covid" : un cocktail de médicaments comprenant des doses de chloroquine. Le maire de Porto Feliz, Antonio Cassio Prado en est particulièrement fier : "Ce kit coûte moins de 10 euros et il n’y aucune raison que les gens ne l’utilisent pas. Son efficacité est prouvée sur les 5-6 premiers jours de la maladie."

"Confusion chez les professionnels de santé"

Seuls les partisans du président brésilien Bolsonaro soutiennent ce genre d’initiative. Le ministère brésilien de la Santé la recommande, mais tous les scientifiques du pays sont contre la prescription de cette molécule. "Cela crée une confusion chez les professionnels de santé et ça met les médecins sous la pression des familles, qui ont peur de ce virus et leur réclament ce traitement, analyse Jorge Salluh, chercheur en médecine de soin intensif à l’université de Rio. Il y a donc des informations contradictoires, qui peuvent conduire à un usage excessif d’un traitement dont l’efficacité n’est pas prouvée et qui présente même un taux élevé d’effets collatéraux, principalement cardiovasculaires, comme des arythmies cardiaques. Ces effets peuvent avoir d’importantes conséquences."

Le mois dernier, une étude préliminaire sur l’efficacité de la chloroquine a subitement été interrompue ici. Sur les 81 patients testés, 11 ont trouvé la mort à cause d’un dosage de chloroquine trop élevé.

L'utilisation de la chloroquine au Brésil : écoutez le reportage d'Olivier Poujade
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