Le spectre du retour de la dictature au Brésil

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C’est désormais la région du monde la plus touchée par le coronavirus. L’Amérique du Sud subit la vague avec retard. Le Pérou et le Chili enregistrent ces derniers jours des records de contaminations. Mais là où la situation est la plus préoccupante, c’est au Brésil, où le président Jaïr Bolsonaro ne se contente plus de minimiser, il falsifie…

Les historiens savent mieux que les journalistes déterminer le jour où un pouvoir devient autoritaire, et le jour où il se transforme en dictature. Mais on peut quand même s’inquiéter d’un président démocratiquement élu, qui se met à falsifier, ouvertement, les chiffres d’une épidémie. Vendredi dernier, le président brésilien a annoncé qu’il interdisait la publication du bilan du virus à la télévision et dans les journaux. Pourquoi ? Parce que, selon lui, "ils  ne correspondent pas à l’état d’esprit du pays." Le problème, c’est que les médecins du pays disent depuis des semaines que les chiffres officiels sont délibérément revus à la baisse. Mais comme ca ne suffit pas, Bolsonaro les a  carrément supprimés.  

Bilan officiel : 36 000 morts et plus de 650 000 contaminations

Après un week-end de totale confusion, les grands quotidiens du pays, O Globo ou La Folha, se sont unis pour publier ensemble les chiffres et les donner aux télévisions. Ce qui rend le président encore plus fou de rage contre la presse. Lui continue à qualifier la maladie de grippe. Il prend des bains de foule, il appelle le pays à travailler. Il encourage la déforestation de l’Amazonie, profitant du confinement des agents de surveillance. Le chaos est tel que l’actuel ministre de la Santé, le troisième depuis le début de la pandémie, est un général qui ne connaît rien à la santé. Lui-même a été remplacé vendredi soir par un millionnaire ami du président. Qui renonce par un tweet à prendre le poste… Le général a été rappelé. 

Bolsonaro et son clan de plus en plus seuls à la tête du pays

Seuls, mais déterminés d’après des enregistrements rendus publics, à garder le pouvoir par tous les moyens. Un ancien ministre de la Santé de Bolsonaro n’hésite plus à dénoncer une tragédie sanitaire. Et un juge de la cour suprême du pays s’est exprimé sur Twitter pour expliquer que "la manipulation de statistiques est une manoeuvre digne de régimes totalitaires." À la fin de son tweet, il signe avec le mot clé "Plus jamais la dictature."

Le Brésil a vécu sous un régime militaire de 1964 à 1985.  Une période dont  Bolsonaro vante souvent les mérites. La crise sanitaire lui offre peut-être l’occasion, si l’on y prête pas assez attention, de devenir lui aussi un dictateur.

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