Le rendez-vous du Particulier. Avec le coronavirus, le télétravail s'est imposé

Le mensuel "Le Particulier" dans son numéro de juin fait le bilan de ce travail à distance qui a pris tout son sens durant la crise sanitaire et s'est révélé aux Français durant le confinement. Un dossier de Laure Le Scornet pour "Le rendez-vous du Particulier".

Le Particulier, le mensuel patrimonial du groupe Le Figaro dans son numéro de juin qui vient de sortir, fait un peu le bilan du télétravail, le travail à distance, qui a pris tout son sens et s'est révélé aux Français pendant le confinement. Un dossier signé Laure Le Scornet. Avant l’épidémie, seulement 3% des salariés français travaillaient à leur domicile, aujourd'hui plus de six millions de Français sont concernés.

franceinfo : Pendant le confinement, et même après, encore maintenant, Il y a toujours beaucoup de Français en télétravail ?

Laure Le Scornet : Oui, selon les chiffres du ministère du Travail, plus de 6 millions de Français sont concernés. Soit un quart de la population active et même 1 salarié sur 4 en Ile-de-France. Du jamais vu. Avant l’épidémie, seulement 3% des salariés français travaillaient à leur domicile. Moins que chez nos voisins européens. Et encore, cela concernait surtout des cadres qui avaient l’habitude d’y recourir, quelques jours par semaines.

Avec le coronavirus Covid-19, le télétravail s’est imposé, du jour au lendemain, à des millions de salariés. C’est devenu la norme pour tous les postes qui le permettent. Et, même si nous sommes aujourd’hui déconfinés, et que la situation sanitaire semble s’améliorer, le télétravail va certainement s’ancrer dans notre quotidien. Les entreprises sont d’ailleurs invitées à le privilégier.   

On a beaucoup parlé de tous les avantages du télétravail. Pas de transport, plus de souplesse pour le salarié. Moins de surface de bureau pour l'employeur. Mais il y a aussi des limites. On n'est pas tous égaux devant le télétravail ? ! 

C’est vrai. Le télétravail a accentué des inégalités, déjà existantes. Premièrement, il est plus facile de travailler chez soi quand on dispose d’un vrai espace de travail, équipé et au calme. Cela n’est pas le cas des personnes qui vivent dans des logements exigus avec leurs proches. Pour beaucoup, l’open space du bureau s’est transformé en open space familial. Pas facile, alors, de se concentrer ou de participer à une vidéoconférence avec de jeunes enfants à proximité.

D’autre part, si certains s’accommodent de la situation, certains en souffrent. Surtout ceux qui sont peu équipés en matériel informatique et qui doivent partager l’ordinateur avec le conjoint, ou encore avec les enfants qui suivent leurs cours à distance. Sans parler de tous ceux qui ont une mauvaise connexion internet.   

Autre risque à prendre en compte : travailler à distance diminue le sentiment d’appartenance à l’entreprise et à une équipe de travail ?  

Oui, à forte dose, le télétravail diminue le sentiment d’appartenance à l’entreprise, avec un risque de perte du lien social pour les salariés les plus isolés. Le fait de ne plus croiser ses collègues à la machine à café ou de déjeuner ensemble peut même créer un sentiment de solitude.  

Le télétravail peut alors conduire à une baisse de motivation, en partie liée à l’absence d’émulation collective du bureau. Ou, au contraire, cela peut se traduire par un travail acharné, avec un risque d’épuisement professionnel (le fameux burn-out). Fort heureusement, il y a de nombreux Français qui sont séduits et qui souhaitent continuer à télétravailler, même après le Covid-19.  

Il y a aussi le risque de lisser encore plus la séparation entre sa vie professionnelle et sa vie personnelle. Ne pas réussir à se déconnecter ? 

Oui, c’est vrai, le télétravail brouille la frontière entre vie privée et vie professionnelle. Il est alors parfois difficile de concilier les deux. En télétravail, la principale difficulté est de ne pas se "débrancher". Pour éviter des durées de travail excessives et l’hyper-connexion, la loi a prévu un garde-fou avec le "droit à la déconnexion". Il s’agit du droit de ne pas être connecté à son ordinateur, en dehors de son temps de travail.

Depuis 2017, la loi recommande aussi aux entreprises de respecter l’extinction des serveurs informatiques en dehors des heures de travail pour éviter les mails pendant les temps de repos. Quoi qu’il en soit, les entreprises vont devoir se mettre au diapason car je pense qu’il n’y aura pas de retour en arrière. Même s’il reste des points à améliorer, le télétravail a fait ses preuves pendant la crise du coronavirus Covid-19. Et, la vie au bureau ne sera plus jamais la même, avec plus de flexibilité et moins de présentiel.

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