Le mot de l'éco. "Transports", un mot absent du discours du Premier ministre, jeudi 28 mai

"Le mot de l'éco" cette semaine a été l'un des grands absents du discours du Premier ministre, Édouard Philippe, avant-hier : le mot "transports" !

Dans son discours, le Premier ministre, Edouard Philippe, jeudi 28 mai, n'a en effet pas évoqué les bus, les trains ou les métros, soumis à des règles sanitaires contraignantes, ni leurs opérateurs, dont la situation financière devient pourtant alarmante.  

franceinfo : Depuis la phase 1 du déconfinement le 11 mai, quelle est la fréquentation dans les transports en commun et y a-t-il un retour progressif des voyageurs ?  

Raphaël Ebenstein : La fréquentation reste très limitée. On atteignait à peine hier 20% du nombre de voyageurs habituels, selon la SNCF ou la RATP sur les transports du quotidien, pour se rendre notamment au travail ou aller en classe dans le cas des élèves. C'était autour de 15% le 11 mai, et ça a donc peu évolué.

Et pour cause, puisque le télétravail reste privilégié partout où cela est possible, et puisque les écoles et collèges n'ont pas tous rouvert, ni pour tout le monde, les lycées sont même encore fermés. L'offre de transport est pourtant importante puisque 80% des métros, 70% des transiliens et même 100% des RER A fonctionnent en moyenne en Île de France, ce qui permet d'assurer globalement la distanciation sociale à bord.

La situation est-elle différente pour les déplacements longue-distance ?

Non, elle est identique, à peine 20% de taux d'occupation moyen des TGV en ce weekend de la Pentecôte, mais la fin de la limitation des déplacements de plus de 100km dès mardi prochain 2 juin, devrait évidemment changer les choses. Et la fréquentation va mécaniquement augmenter à partir du weekend prochain, avec des voyageurs voulant aller voir leur famille. Sans doute beaucoup de voyageurs franciliens sont dans le lot.

Mais l'enjeu se situe surtout cet été : la SNCF avait transporté 25 millions de passagers en juillet-août 2019, à bord de ses TGV, Ouigo ou Intercités, et elle a plus que jamais besoin de recettes commerciales, donc de remplir au maximum ses trains !  

Justement, quelles sont les pertes liées à l'épidémie pour la SNCF ou la RATP ?  

Elles sont colossales : 2 milliards d'euros environ pour la SNCF, auxquels il faut rajouter 1 milliard pour le coût de la grève contre la réforme des retraites. Cela représente 10% de son chiffre d'affaires annuel ! Mais les régions ou les villes, qui ont le statut d'autorités organisatrices des transports, sont également en grande difficulté. Non seulement les recettes voyageurs se sont effondrées pendant le confinement mais elles ont aussi perdu ce qu'on appelle le "versement transports" de la part des entreprises qui étaient fermées, une grosse manne financière.

Au point que le groupement de ces autorités de transport vient d'écrire à Emmanuel Macron, pour demander une aide exceptionnelle de l'État de 4 milliards d'euros, au risque sinon, par exemple pour l'île de France, de ne plus pouvoir payer la RATP, et donc, de devoir arrêter la circulation des métros dès la fin du mois d'août.

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