Le monde est à nous. Au Brésil, Jair Bolsonaro dans le déni, les tensions gagnent la rue

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La planète à l’heure de la pandémie. Au Brésil, devenu l'un des principaux foyers de l'épidémie de coronavirus dans le monde (avec plus de 500 000 personnes infectées), le président radical Jair Bolsonaro est plus que jamais dans le déni. Le pays se divise, les tensions s'aggravent.

Dimanche 31 mai, à Brasilia, le président brésilien s’est offert un nouveau bain de foule avec ses partisans. Comme d'habitude, un vrai spectacle au mépris des règles de distanciation physique : survol en hélicoptère puis descente au milieu des manifestants - sans masque évidemment. Cette fois-ci il y avait une double rangée de barrières : pas de serrage de mains donc, mais deux enfants que Jair Bolsonaro a fait grimper sur ses épaules avant d’aller enfourcher un cheval de la police sous l'oeil des caméras. Le tout sans jamais perdre son sourire pendant que ses sympathisants hurlaient un mot : "mythe, mythe, mythe !". Comprenez : "le coronavirus, c’est du bidon".

Le Brésil est désormais, et de loin, le pays d'Amérique latine le plus touché par le coronavirus : 500 000 cas et près de 30 000 morts, des favelas de Rio jusqu'au coeur de la forêt amazonienne. Mais le populiste Bolsonaro est toujours dans un déni plus virulent encore que son modèle, le président américain Donald Trump. Pour sauver l’économie (dont la bonne santé devait assurer sa réélection en 2022), il s'est ouvertement opposé aux mesures de confinement, et n'a imposé aucune mesure au niveau national. Les états de ce gigantesque pays fédéral de 210 millions d'habitants ont géré comme ils ont pu : dans le désordre.

En un mois le président brésilien s'est par ailleurs séparé de deux ministres de la Santé. Comme le président américain, c'est un ardent critique de l'Organisation mondiale de la santé - et un non moins ardent défenseur de la chloroquine, traitement encore controversé et suspendu dans de nombreux pays. Mais les États-Unis viennent d'envoyer un stock de deux millions de doses d'hydroxychloroquine pour soigner les malades... Washington ne pouvait pas mieux afficher sa solidarité.

Des gouverneurs et le monde du foot contre le président

Plusieurs gouverneurs se sont opposés au président brésilien, ce qui a accentué les crispations. Fin avril, lors d'une réunion ministérielle, Jair Bolsonaro a montré sa difficulté à faire avec les contrepoids de la démocratie, en traitant de "bouse" et de "tas de fumier" les gouverneurs de Rio et de Sao Paulo. Sans doute pas la meilleure méthode pour faire front face à l'épidémie. Pas moins de 35 demandes de destitution ont été déposées à la Chambre des députés - certaines pour sa gestion de la crise sanitaire - mais le président d'extrême droite n'est pas réellement menacé par l'opposition, quasi inaudible.

Au pays du football, Jair Bolsonaro a même réussi à se mettre à dos les plus grands clubs. "Comme les footballeurs sont jeunes et sportifs, le risque de mort s'ils attrapent le virus est infiniment réduit", a déclaré le chef de l'Etat lors d'un entretien à Radio Guaiba en proposant de reprendre les championnats.

Résultat : Raï, directeur sportif du Sao Paulo FC et ancienne idole du Paris SG, lui a demandé de démissionner, le traitant d'"irresponsable et de génocidaire". La décision de la reprise sera validée par les Etats, les municipalités et par les fédérations locales.

Affrontements à Sao Paulo

Les tensions se traduisent désormais dans la rue. A Sao Paulo, dimanche 31 mai, des affrontements ont eu lieu entre des partisans du chef de l’Etat et des opposants qui défilaient avec des banderoles "anti-fascistes". Quand les deux cortèges se sont croisés sur l'avenue Paulista, la situation a dégénéré : bagarres, poubelles incendiées, jets de pierre... La police a arrêté trois personnes et fait usage de grenades lacrymogène. De nouveaux rassemblements sont prévus dans les prochains jours.

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