"Le gouvernement a l'intention de faire payer la crise aux seuls salariés", dénonce le député LFI du Nord, Adrien Quatennens

Adrien Quatennens, député du Nord et coordinateur de La France insoumise.
Adrien Quatennens, député du Nord et coordinateur de La France insoumise. (FRANCEINFO / RADIOFRANCE)

Il demande au gouvernement d'interdire "pour deux années" le versement des dividendes aux actionnaires. "S'il s'agit de faire des efforts, alors tout le monde doit être mis à contribution", estime le député.

"Le gouvernement a l'intention de faire payer la crise aux seuls salariés et refuse les propositions de l'opposition politique visant à faire en sorte que tout le monde fasse des efforts", a critiqué dimanche 29 mars sur franceinfo, le député LFI du Nord Adrien Quatennens, après les mesures annoncées par le gouvernement pour faire face à la crise économique provoquée par l'épidémie de coronavirus.

Il s'agit notamment de la durée du travail hebdomadaire qui passe de 48 à 60 heures, l'assouplissement du travail le dimanche  "S'il s'agit de faire des efforts, alors tout le monde doit être mis à contribution", a-t-il poursuivi, Adrien Quatennens, demande au gouvernement de prendre une "ordonnance qui permettrait de procéder" à une "interdiction pour deux années", du versement des dividendes aux actionnaires.

La durée de travail hebdomadaire maximale passe de 48 à 60 heures. Le repos minimal diminue. Le travail le dimanche est assoupli et les employeurs vont pouvoir forcer des salariés à poser jusqu'à six jours de congés pendant le confinement. Des mesures pour certaines filières seulement, qui doivent être précisées par décret. A la santé, bien sûr. À l'agroalimentaire aussi. Des mesures qui pourront rester en vigueur jusqu'à la fin de l'année. Quelle est votre réaction ?

Il est clair que si nous sommes unis derrière le personnel de santé, les travailleurs qui sont en première ligne dans cette crise du Covid-19 et derrière ceux qui travaillent en première ligne, cela ne peut pas valoir union sacrée derrière le président de la République et le Premier ministre, le gouvernement et leurs décisions et notamment celles que vous venez de citer. On voit bien que cette crise sanitaire, qui nécessite un confinement parce qu'il y a eu vraisemblablement un retard à l'allumage pour y faire face, va avoir des effets sur l'économie.

Il semble que, compte tenu de ce qui a été décidé par ordonnances de la part de ce gouvernement, cette crise soit un nouveau prétexte pour procéder à un certain nombre de reculs de droits sociauxAdrien Quatennens, député LFI du Nordà franceinfo

Depuis plus de deux semaines, nous demandons que soit établi clairement la liste des secteurs indispensables, car certains secteurs doivent évidemment continuer pour que tous les autres puissent respecter la consigne de confinement. Le gouvernement a toujours refusé d'établir cette liste. En revanche, il l'a établie pour procéder à l'accroissement dans des proportions importantes du temps de travail dans ces secteurs. De la même manière, il fait du jour de repos des congés, des RTT, quand vous en bénéficiez, une variable d'ajustement, alors qu'à l'inverse dans la discussion parlementaire, à chaque fois que nous avons demandé que soient mis à contribution celles et ceux qui ont le plus, par exemple, par un rétablissement, fût-il temporaire, de l'impôt de solidarité sur la fortune, ça nous a été refusé.

Qu'avez-vous réclamé de plus au gouvernement ?

L'augmentation de la taxation sur les transactions financières pour dégager quelques marges de manœuvre supplémentaires pour la planification sanitaire, qu'il y a lieu d'opérer à l'hôpital, nous a été refusée. Autrement dit, ce que l'on voit, c'est que, malgré cette déflagration sur notre économie, cette mise à l'arrêt temporaire de l'économie, le gouvernement a l'air, et je pense qu'il a tort, de considérer que c'est juste une parenthèse. On considère qu'après la crise, ça doit redevenir comme avant la crise. C'est une erreur fondamentale parce que ce que nous dit cette crise, en quelque sorte, c'est que, quelle qu'en soit la nature, hier, c'était une crise financière, il y a dix ans, mais  aujourd'hui, c'est d'abord une crise sanitaire, nous aurons à faire face à des crises naturelles, des catastrophes naturelles liées au changement climatique et notre modèle économique n'est pas adapté. Le gouvernement ne prend pas la mesure de cette situation. Il pense faire face à une parenthèse et ne change pas profondément son logiciel alors qu'il en a l'occasion.

Est-ce que vous comprenez qu'il faille tout de même prendre des mesures exceptionnelles? C'est une question de dosage et de choix politiques ?

Je ne critique pas le fait de devoir prendre des mesures exceptionnelles : à situations exceptionnelles, mesures exceptionnelles. Je critique le fait qu'une nouvelle fois le gouvernement a l'intention de faire payer la crise aux seuls salariés et refuse les propositions de l'opposition politique visant à faire en sorte que tout le monde fasse des efforts. Il ne peut pas être question à chaque fois que ce soient les salariés de ce pays qui payent le poids des efforts qui leur sont demandés. Voyez par exemple, quand on dit "on va pouvoir poser des congés payés quasiment d'office". Ça veut dire quoi ? Ce gouvernement se figure qu'être confiné, c'est être en vacances et être en congé. Vous savez comme moi que ce n'est pas le cas. Donc, ce que nous disons, c'est le moment de changer de paradigme, y compris en matière économique. Je fais juste cette entorse, mais notre système de santé a été hyper fragilisé par un modèle économique, 69 000 lits fermés à l'hôpital depuis 2003. Emmanuel Macron en 2018 demandait 4 172 fermetures de lits de plus. Ce que je veux dire, en résumé, c'est que nous ne combattons pas simplement un virus. On aurait tort de penser les choses comme ça. Nous combattons les effets d'un virus sur un modèle qui est inadapté et qui a finalement tout fragilisé et notamment fait disloquer l'État depuis un certain nombre d'années.

Adrien Quatennens, l'Etat appelle les grandes entreprises à ne pas verser de dividendes aux actionnaires. Rien ne les y contraint par les ordonnances. Mais les entreprises ne pourront pas toucher d'aides publiques si elles versent des dividendes. Est-ce que c'est une condition suffisante à vos yeux ?

Rien ne les y contraint, en effet, ce qui est assez dingue. On voit bien que quand il s'agit effectivement de demander des efforts aux salariés, on est très conséquents, on légifère et quand il s'agit de demander des efforts, notamment s'agissant des actionnaires, eh bien là, on est simplement dans le voeu pieux. Moi, je pense qu'effectivement, puisque le gouvernement est contraint actuellement de prendre des ordonnances, il pourrait prendre une ordonnance d'interdiction de versement pendant une période limitée. Vous voyez, pour lui faciliter la tâche nous avons nous-mêmes rédigé dans le respect des formes, l'ordonnance qui permettrait de procéder à cette interdiction pour deux années. Cela me semble nécessaire.

On ne peut pas être conséquents avec les uns et inconséquents avec les autres. S'il s'agit de faire des efforts, alors tout le monde doit être mis à contribution.Adrien Quatennens, député LFI du Nordà franceinfo

Mais plus encore que l'urgence immédiate à laquelle nous avons à faire face. Je crois que véritablement, il est temps de profiter, quelque part, c'est terrible de parler comme ça parce que c'est terrible de devoir se dire qu'on a besoin de telles catastrophes pour se rendre compte du caractère inadapté de ce modèle, mais on doit effectivement changer de paradigme. Voyez comme tous ceux qui critiquaient l'intervention de l'Etat, qui étaient les amoureux du libéralisme et du libre-échange, appellent l'Etat à la rescousse dans le cas de crises comme celles que nous connaissons aujourd'hui. Donc, oui, nous avons besoin de bâtir un nouveau modèle. Le monde d'après il peut être basé sur l'entraide et les solidarités, pas sur le libre marché, la libre concurrence et la compétition qui ont eu cours jusqu'à aujourd'hui. 

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