Le décryptage éco. L'épicerie de luxe Fauchon fauchée par la crise

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Le traiteur Fauchon a demandé l'ouverture d'une procédure de redressement judiciaire pour son siège et ses boutiques parisiennes, signe que la crise frappe aussi le luxe. Le décryptage éco de Fanny Guinochet ("L'Express").

C’est un symbole. Fondée en 1886 par Auguste Fauchon, l'épicerie fine de luxe a sollicité le tribunal de commerce pour une procédure de redressement judiciaire. Ainsi, Fauchon espère pouvoir négocier avec ses bailleurs, ses créanciers, ses banquiers, retrouver des marges et sauver le maximum d’emplois sur les 130 que compte la marque à Paris. Pour le moment, cette démarche ne concerne que ses activités en propre, c’est-à-dire le siège social et ses trois magasins parisiens de la place de la Madeleine, dans le 8e arrondissement. Les 80 boutiques dans le monde ou encore l'hôtel ne sont pas concernés.

Si Fauchon en est là, c’est parce que l’enseigne a été très affaiblie ces dernières années par plusieurs mouvements : les attentats, mais aussi les mobilisations des "gilets jaunes" ou encore les semaines de grève contre la réforme des retraites, en fin d’année dernière. C'était au moment des fêtes où la marque enregistre habituellement ses meilleures ventes. Lors de ces conflits, ses boutiques, place de la Madeleine, ont été plusieurs fois vandalisées. Après tout cela, le coronavirus et le confinement sont un coup de grâce pour l’enseigne.

La marque de luxe ne peut plus compter sur les touristes

Ils représentent la majeure partie de sa clientèle et ils ne sont pas encore revenus. A cette période de l’année, Fauchon fait 80% de son chiffre d’affaires grâce aux visiteurs étrangers. Les Brésiliens et les Sud-Américains sont par exemple des clients essentiels pour la marque, tout comme les Américains ou les Asiatiques, qui restent les premiers visiteurs de la capitale. Les boutiques Fauchon voient leur activité réduite, y compris dans les aéroports, ce qu’on appelle le "retail". Habituellement, Fauchon vend ses macarons ou ses chocolats dans les comptoirs de Roissy et d’Orly. Et là, la perte est rude. Dans ce contexte, l’enseigne n’a pas d’autre choix que de se restructurer.

L'activité touristique à Paris pourrait chuter de plus de la moitié cet été

Ce sont les dernières prévisions de l’office de tourisme parisien, et c’est une mauvaise nouvelle pour l’ensemble des marques de luxe, que ce soit la restauration, la mode ou l’horlogerie. Même les maisons qui ont les reins solides s’inquiètent. La semaine dernière Chanel estimait qu’il faudrait deux ans à l’industrie du luxe pour se relever de la crise. Selon les estimations du cabinet McKinsey, on ne reviendra pas aux niveaux de ventes de 2019 avant le deuxième semestre 2021.

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