Le brief éco. Transport aérien : joue-t-il vraiment sa survie face au coronavirus ?

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Les grandes compagnies aérienens prévoient des taux d’immobilisation au sol compris entre 70% et 90%. Et c'est toute la logique du secteur qui est remise en cause.

On ne compte plus les compagnies dont les avions sont cloués au sol, et certaines sont très alarmistes. sur l’état très préoccupant du transport aérien, paralysé par la pandémie de Covid-19La plus pessimiste à ce jour, c’est l’allemande Lufthansa. Son patron estime que c’est l’avenir même de l’aviation – dans son ensemble – qui est menacé par cette crise, sauf si les États volent au secours des compagnies. Pourtant Lufthansa est l’une des plus solides d’Europe, elle était jusqu’ici très profitable, elle a donc de quoi voir venir. Mais elle aussi doit se rendre à l’évidence : faute de clients, 90% de sa flotte va être immobilisée pendant au moins un mois. Autant dire qu’il ne va plus rester grand chose. C’est un trafic digne des années 50, ironise le patron de la compagnie.

Depuis quelques jours les annonces des grandes compagnies se suivent et se ressemblent : d’Air France-KLM à British Airways, en passant par EasyJet ou Ryanair, toutes prévoient des taux d’immobilisation compris entre 70% et 90%. Les compagnies américaines leur ont emboîté le pas, surtout depuis que Donald Trump a fermé ses frontières aux ressortissants européens, un véritable désastre pour le secteur. Logiquement, les aéroports en sont les victimes collatérales : ADP par exemple – qui gère Roissy et Orly – va mettre 80% de son personnel au chômage partiel. Du jamais vu. Au total, l’association IATA, qui représente 82% du  trafic mondial, estime que les compagnies aériennes dans le monde auront besoin d’au moins 200 milliards de dollars pour traverser cette crise.

Des renationalisations en perspectives

Est-il est prévu de leur venir en aide ? Pour l’instant, les compagnies demandent cette aide. Mais les gouvernements temporisent pour décider des secteurs à aider en priorité. Aux États-Unis, elles ont déjà réclamé 50 milliards de dollars à l’État Fédéral. Mais il n’y a pas qu’elles, puisque Boeing aussi a besoin d’argent public et demande 60 milliards. Les compagnies sont ses clientes, et si elles arrêtent d’acheter, c’est la déroute. Donald Trump en a d’ailleurs conscience et a assuré de les aider.

En Europe, les projets de sauvetage sont plus disparates, mais la tendance générale semble être celle de la renationalisation des anciens pavillons nationaux. On en parle pour Alitalia mais aussi pour Air France. Le gouvernement n’exclut pas de nationaliser si nécessaire, les grandes entreprises seront protégées a bien dit le ministre de l’Économie Bruno Le Maire.

Cette période noire n'est pas une première. Ce qui vient tout de suite à l’esprit c’est le 11-Septembre, en 2001, qui avait là aussi figé une grande partie du trafic mondial et fait perdre des milliards au secteur. La crise financière de 2008 avait, là encore, été très difficile même si elle avait surtout touché les banques. D’après les experts, la situation actuelle est bien pire que cela puisqu’on est dans l’incertitude totale sur la durée et donc le coût de cette épidémie. 

Que va-t-il se passer ? Les plus petites et les plus fragiles, vont soit faire faillite, soit être reprises, et les plus grands noms seront sauvés par le contribuable. Le transport aérien sera peut-être la première illustration du retour du rôle de l’État dans la vie économique.

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