"Je pense que c’est une bonne solution" : les saisonniers étrangers sont attendus par les agriculteurs pour pallier le manque de main-d'oeuvre

Des ouvriers plantent des salades dans les champs de Montesson dans les Yvelines, le 27 avril 2020 (phto d\'illustration).
Des ouvriers plantent des salades dans les champs de Montesson dans les Yvelines, le 27 avril 2020 (phto d'illustration). (LUDOVIC MARIN / AFP)

Le gouvernement a annoncé l'ouverture des frontières pour les travailleurs saisonniers en provenance des pays de l'UE. Une annonce bien accueillie dans les exploitations agricoles.

Il fait déjà très chaud, aucune ombre dans le champ, tout juste un peu de vent. Alors la cueillette des asperges a commencé à 7 heures pour se terminer en milieu de matinée. À Nourray près de Vendôme dans le Loir- et-Cher, on cultive huit hectares d’asperges vertes. "Il y a encore 15 jours de récolte", indique Philippe Noyau à la tête de l’exploitation. Il le confesse, il n’a pas été pris trop au dépourvu par le confinement : "Cette année j’ai anticipé un peu les choses, parce que les femmes turques qui venaient avant ont eu peur du Covid et ne sont pas venues."

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Le gouvernement a lancé au début du confinement l’opération Des bras pour ton assiette pour venir en aide aux agriculteurs qui manquaient de main-d’oeuvre. En deux mois, 15 000 personnes ont répondu présent. Insuffisant, puisque le ministre de l’Agriculture a annoncé l’ouverture des frontières pour les travailleurs saisonniers en provenance des pays de l’Union Européenne, comme a pu le faire l’Allemagne. 100 000 saisonniers étrangers par mois sont attendus.

Des profils variés

"On a eu 35 candidats pour 25 postes", indique Philippe Noyau. Des profils variés, surtout en provenance de la restauration comme Geoffroy : "Je suis cuisinier normalement, je n’avais jamais fait ça avant. Du coup, ça nous occupe au lieu de rester chez nous. C’est un métier qui est difficile, surtout pour le dos on est tout le temps à ramasser par terre." Romain est aussi arrivé par le bouche à oreille. "Je suis magasinier-cariste, explique-t-il, avec le confinement ma boîte a fermé donc je me suis retrouvé à faire les asperges."

C’est assez dur physiquement parce qu’il faut ramasser au ras du sol. Mais sinon j’aime bien, au moins on travaille dehors.Romain, ouvrier agricoleà franceinfo

Philippe Noyau dit ne pas avoir eu de problème de recrutement. Tous ceux qui sont venus travailler sont restés. Mais il en est bien conscient, cette solution d’appel aux bonnes volontés ne peut pas être pérenne. "Il n’y a pas eu dans notre région trop de légumes ou de fruits qui sont restés aux champs à cause du manque de main-d’oeuvre, explique le maraîcher. Ce n’est pas le cas pour le sud de la France. Il faut absolument qu’il y ait des travailleurs qui viennent nous aider. Le Maroc c'est compliqué, l’Espagne et le Portugal ça va être possible, et les pays de l’Est aussi à partir de maintenant. Je pense que c’est une bonne solution."

Mais Philippe Noyau estime que la France a une réflexion à mener : "C'est un débat de société. On doit pouvoir payer plus cher nos salariés qui sont en France, et que tout le monde y gagne, y compris le patron." Et pour mieux payer les agriculteurs, on en revient toujours au même point. Il faut que le consommateur accepte de payer un peu plus cher ses fruits et légumes, conclut-il.

La crainte du manque de main d'oeuvre dans les exploitation agricoles - Le reportage de Guillaume Gaven
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