"Je ne laisserai mourir aucun club" : Bernard Laporte promet un "plan Marshall" pour le rugby français

Le président de la Fédération française de rugby, Bernard Laporte, en septembre 2019, lors de la coupe du monde de rugby, au Japon.
Le président de la Fédération française de rugby, Bernard Laporte, en septembre 2019, lors de la coupe du monde de rugby, au Japon. (FRANCK FIFE / AFP)

Le président de la Fédération française de rugby a accordé cette semaine un entretien à franceinfo. Avec le monde à l'arrêt en raison de la pandémie de coronavirus, il explique comment il travaille à sauver le rugby amateur, l'avenir des clubs professionnels, mais aussi la tournée du XV de France masculin cet été.

"Je ne laisserai mourir aucun club", assène Bernard Laporte au micro de franceinfo. Face à l'épidémie de coronavirus, tous les sports sont à l'arrêt et ce, dans la plupart des pays. Certaines disciplines ne reprendront même pas à la fin du confinement. Ainsi, la Fédération française de rugby a annoncé vendredi 27 mars la fin de tous les championnats de France amateurs. Chez les hommes et chez les femmes, aucun titre ne sera décerné cette année. Pour autant, le président de la Fédération l'affirme sur franceinfo, "il ne laissera mourir aucun club en France".

Franceinfo : En tant que président de la Fédération française de rugby, êtes-vous inquiet aujourd’hui pour le rugby amateur français ? Comment allez-vous les aider ?

Bernard Laporte : Dès qu’on a vu arriver la crise, on s’est réuni à la Fédération pour aider au plus vite les clubs, ces clubs amateurs qui ont pour beaucoup des petits budgets mais dont la billetterie, la buvette du stade, les tournois de fin de saison mais aussi les dîners avec les partenaires sont très importants. Alors on a travaillé pour essayer de mettre en place un plan Marshall. Le résultat est qu’on va engager 35 millions d’euros pour le rugby amateur. Quand on dit engager, c’est qu’on va leur suspendre tous les prélèvements. En fait tous les mois, les clubs ont des prélèvements pour la licence, l’assurance, les droits de mutation, etc…Tous ces prélèvements seront stoppés dès le 1er avril, c’est-à-dire en gros 25% de la saison.

On ne prélèvera rien non plus toute la saison prochaine : il y aura zéro prélèvement. Cela leur fera de la trésorerie pour malheureusement compenser un petit peu le déficit de partenariat qu’ils risquent d’avoirBernard Laporte, président de la Fédération française de rugbyà franceinfo

On sait très bien qu’économiquement, tout le monde va être touché et que je peux comprendre qu’un partenaire, dans un village qui donnait 1 000 euros ne pourra peut-être plus donner que 500 euros. Mais je dis bien, nous ne laisserons pas un club dans la difficulté et dans la faillite, cela, c’est interdit !

Alors, vous êtes aussi en tant que président de la Fédération française de rugby, à la tête des équipes de France. Un mot déjà des équipes de France à 7 avec le report des Jeux Olympiques à 2021. Quid des qualifications ?

World Rugby (l’organe mondial qui dirige le rugby) a déjà reporté deux tournois Paris/Londres et Hong-Kong/Singapour, ce qui veut dire que la saison prochaine, à partir d’octobre, les équipes vont avoir 14 tournois de dimension internationale à disputer, c’est énorme !

Je ne vois donc pas où on pourra caser un TQO, un tournoi de qualification olympique.Bernard Laporte

Et on sait en plus qu’annuler une compétition, un tournoi, c’est perdre beaucoup d’argent pour World Rugby. Après, c’est World Rugby qui décide : est-ce qu’on passe par un dernier tournoi qualificatif ou on fait en fonction du classement mondial des deux dernières années ? Il est question de tout cela mais encore une fois, les décisions seront prises avec sagesse et surtout de manière juste.

Et qu’en est-il pour le XV de France masculin qui doit partir normalement en juillet, en tournée d’été en Argentine ?

Je ne vois pas comment on pourrait aller en tournée, jouer au rugby que ce soit en Afrique du Sud, en Australie, en Argentine ou en Nouvelle-Zélande. Là aussi, tout cela me semble énormément compromis. Il faut prendre en tout cas des décisions rapides. Si on ne va pas en tournée en hémisphère Sud, c’est un manque à gagner considérable pour toutes ces fédérations, on le sait, mais on est à même de compenser en faisant peut-être un ou deux matchs de plus en novembre en les recevant, en partageant les recettes, tout au moins en compensant leur manque à gagner. Je crois sincèrement que des solutions pourront être trouvées. 

Quand je compare avec tout ce qui arrive dans le monde, cela me semble honnêtement tellement secondaire, que j’ai envie de dire surtout ne nous plaignons pas, nous trouverons toujours les bonnes solutions.Bernard Laporte, président de la Fédération française de rugbyà franceinfo

Ne pas aller en tournée cet été aurait un avantage : les joueurs de l’équipe de France pourraient rester en club et éventuellement disputer la fin du championnat en juillet ?

C’est une possibilité. Il n’est pas question que les clubs professionnels meurent ! C’est l’économie du rugby français, ce sont eux qui accueillent nos Internationaux des diverses équipes de France. clubs sont économiquement en difficulté, c’est une évidence. Ils n’ont que des sorties, les salaires, et aujourd’hui, ils n’ont pas de rentrées donc il n’est pas question de laisser un club mourir. Et pour ne pas les laisser mourir, il faut qu’ils jouent, qu’ils aient des recettes, des droits télés donc peut-être que la fenêtre de juillet peut les arranger pour finir leurs compétitions. Je le répète, il n’est pas question de perdre un club professionnel pour une faillite, ce n’est pas possible.

S’il n’y a pas de tournée pour les Bleus cet été, la rentrée s’annonce chargée ?

Bon déjà, il y a quatre matchs qui sont actés puisqu’il y a la finale du Tournoi des VI Nations, France/Irlande, qui doit être jouée normalement le 31 octobre, ce n’est pas officialisé mais on parle de cette date-là. Et puis il y a les trois matchs derrière : le 7 novembre contre la Gérogie, le 14 contre l’Australie et le 21 contre l’Afrique du Sud. 

Et puis effectivement, peut-être caler un cinquième match contre l’Argentine éventuellement pour qu’il rattrape un petit peu le manque à gagner de juillet.Bernard Laporte

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