"Je n'arrive pas encore à réaliser" : une Alsacienne malade du Covid-19 raconte son réveil à des centaines de kilomètres de chez elle

MATTHIEU MONDOLONI / OLIVIA BRANGER /CYRIL BALTA / RADIO FRANCE

Pour soulager les services de réanimation saturés, des malades ont parfois été évacués vers d’autres régions ou d’autres pays. C’est le cas de Madeleine Mattia, 68  ans. Hospitalisée à Mulhouse, dans le Haut-Rhin, elle s’est réveillée à Verdun, dans la Meuse.

Madeleine Mattia n’a pas tout à fait retrouvé ses jambes, mais n’a jamais perdu son humour. "Vous avez vu : j’arrive de nouveau à marcher alors que je n’avais que des chamallows dans les jambes au début", livre la sexagénaire avant de s'asseoir dans l'un des larges fauteuils de cette petite salle de l’hôpital de Mulhouse. Et elle se met à raconter son histoire. En tout cas, ce dont elle se souvient encore. "Je n'arrive pas encore à réaliser", avoue-t-elle.

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Madeleine est tombée malade "le samedi soir avant les élections". Les premiers symptômes arrivent très vite, "j’avais déjà 39,7 de fièvre", se souvient-elle, tout comme le départ en urgence pour l’hôpital de Mulhouse, après avoir à peine eu le temps d’embrasser son mari André, fragile des bronches, à qui elle donne un dernier conseil : "Pendant 15 jours, j’ai dit 'toi tu ne sors pas'."   

À partir de là tout s'accélère. Emmenée à l’hôpital de Mulhouse dans un premier temps, Madeleine est transférée inconsciente dans la Meuse en raison de la saturation des services de réanimation. Elle se réveille à quelques centaines de kilomètres de chez elle.

Quand je me suis réveillée plus ou moins quelques semaines plus tard, on m’a dit : vous êtes à Verdun. Je pensais que c’était une plaisanterie. Mais non.

Madeleine, une Alsacienne rescapée du Covid-19

à franceinfo

À partir de ce réveil, tout est mélangé, dit-elle. Elle se souvient de petites choses comme les prénoms des soignantes qui s’occupaient d’elle, "Laurine, Mégane, Jennifer, Anne", cite-t-elle, mais aussi du jour où elle a pu parler à nouveau. "Quand ils m’ont enlevé tous ces tubes, tous ces trucs, il paraît que j’avais la voix de Darth Vador", s'amuse-t-elle.

À son réveil, une terrible nouvelle

Mais elle se souvient surtout de la douleur de se savoir loin des siens. "Je n’avais qu’une hâte, revenir en Alsace, confie-t-elle, parce que j’ai mon fils, ma belle-fille, mon petit-fils et ma fille qui est confinée avec son compagnon à Strasbourg". Elle leur parle au téléphone, prend de leurs nouvelles mais s’étonne du silence de son mari. Elle ignore encore que lui aussi a attrapé le Covid-19 et a dû être hospitalisé pendant qu’elle était inconsciente. "La cheffe là-bas du service est venue m’annoncer que mon mari est décédé, rapporte-t-elle. Il est parti deux jours après moi à l’hôpital. Après, ils l’ont emmené en Suisse, quelque part au bord du lac de Constance. Et puis voilà, tout a lâché là-bas, il est décédé". La voix de Madeleine se brise. André est mort le 1er avril, pendant qu’elle était plongée dans l'insconscience.  

Le masque en papier de Madeleine cache son visage et ses larmes. Elle se reprend. Dans quelques jours, si tout va bien, elle pourra quitter l’hôpital et rentrer chez elle, retrouver ses enfants, sa maison. Enfin guérie, Madeleine restera à jamais marquée par cette maladie. "Merci à tous ceux qui me soutiennent et qui pensent que je vais y arriver", dit-elle en guise d’au revoir.

Le témoignage de Madeleine, rescapée du Covid-19, au micro de Matthieu Mondoloni.
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