Report des JO de Tokyo : trois questions sur l'impact économique pour le Japon

Le Premier ministre japonais, Shinzo Abe, aux côtés du président du CIO, Thomas Bach, le 24 juillet 2019, lors d\'un événement organisé dans la capitale Tokyo.
Le Premier ministre japonais, Shinzo Abe, aux côtés du président du CIO, Thomas Bach, le 24 juillet 2019, lors d'un événement organisé dans la capitale Tokyo. (BEHROUZ MEHRI / AFP)

Déjà frappée de plein fouet par la crise sanitaire liée au coronavirus, l'économie nippone doit maintenant faire face au report de son événement majeur.

Sans mauvais jeu de mot, c'est ce qui s'appelle… le revers de la médaille. L'annonce du report des Jeux olympiques de Tokyo, mardi 24 janvier, est un coup dur supplémentaire pour l'économie japonaise déjà perturbée par la crise mondiale générée par la pandémie de coronavirus. Franceinfo vous résume la situation en trois questions.

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Quel est le coût des JO pour le Japon ?

Fin 2019, les organisateurs avaient estimé que le coût total de l'organisation des Jeux de Tokyo (24 juillet-9 août) devait s'élever à environ 1 350 milliards de yens (11,5 milliards d'euros) pour la partie japonaise. Cette enveloppe est répartie entre la ville de Tokyo (597 milliards de yens), le comité d'organisation japonais des JO (603 milliards) et l'Etat (150 milliards).

Cependant, l'implication financière de l'Etat serait en réalité dix fois plus importante. La Commission de vérification des comptes du Japon, qui préfère tenir compte des dépenses engagées depuis l'attribution des Jeux à Tokyo en 2013, avance la somme de 1 060 milliards de yens. Les entreprises privées japonaises ont aussi largement sponsorisé l'évènement, à hauteur de 348 milliards de yens (près de 3 milliards d'euros), ce qui est un record.

Par ailleurs, ce montant n'inclut pas les partenariats mondiaux signés entre des multinationales et le Comité international olympique (CIO) s'étalant sur plusieurs olympiades. Parmi ces géants figurent notamment les Japonais Toyota, Bridgestone et Panasonic. 

Quels secteurs seront touchés ?

Le gros des investissements, notamment la construction de nouveaux équipements sportifs, a déjà été réalisé et a donc déjà contribué au produit intérieur brut (PIB) japonais ces dernières années. Un report des JO devrait en revanche achever de plomber cette année le secteur du tourisme et de la consommation en général dans le pays, déjà en crise depuis des mois.

L'activité touristique a commencé à souffrir dès l'été dernier de tensions historiques ravivées entre Tokyo et Séoul, qui ont entraîné un boycott massif du Japon par les touristes sud-coréens, le deuxième plus gros contingent de visiteurs étrangers au Japon après les Chinois.

Avec la pandémie de nouveau coronavirus cette année, le Japon se retrouve privé à la fois de touristes de Corée du Sud et de Chine continentale, qui représentaient à eux seuls près de la moitié des 31,9 millions de visiteurs étrangers dans le pays en 2019. En février, le nombre de visiteurs étrangers au Japon a ainsi chuté de 58,3% sur un an, dont un plongeon de 87,9% pour ceux en provenance de Chine, selon les dernières données de l'office national du tourisme JNTO.

Toutefois, l'importance du tourisme pour l'économie japonaise, très diversifiée et industrialisée, est encore faible : les dépenses des touristes étrangers pesaient à peine 0,9% du PIB du Japon en 2018, selon le cabinet d'études économiques CEIC. Le ministère nippon du Tourisme avait tablé en 2018 sur 600 000 spectateurs étrangers pour les Jeux de Tokyo 2020. La consommation des ménages au Japon est aussi en berne depuis octobre dernier, car elle est pénalisée par une hausse de la TVA dans le pays.

Quel est impact sur le PIB?

Avec la pandémie de coronavirus, le Japon se dirige tout droit vers une récession, caractérisée par une contraction du PIB sur au moins deux trimestres d'affilée. Le PIB japonais avait déjà reculé de 1,8% au quatrième trimestre 2019 comparé au troisième.

Le cabinet d'études Fitch Solutions a estimé, lundi, que le PIB japonais reculerait de 1,1% en 2020, contre une prévision précédente de 0,2%, pour refléter l'impact du Covid-19 sur la consommation, le tourisme et les exportations.

Et le report des JO de Tokyo pourrait encore creuser cette prévision négative "de 0,5 à 0,8 point de pourcentage", a prévenu Fitch Solutions. Car l'absence d'un tel évènement devrait aussi "affecter la confiance des consommateurs japonais", en plus de priver le pays de 240 milliards de yens (2 milliards d'euros) de recettes liées aux spectateurs étrangers, a estimé Takashi Miwa, économiste de Nomura interrogé par l'AFP.

Les économistes de SMBC Nikko Securities ont, eux, prédit mardi que le report des JO aurait un impact négatif total de 660 milliards de yens (5,5 milliards d'euros) sur le PIB japonais cette année. Cependant, comme il s'agit d'un report de l'événement et non d'une annulation pure et simple, l'impact sur la croissance devrait être nul à long terme, nuancent-ils.

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