"J'ai commencé par avoir un rhume et de la toux" : un médecin atteint par le coronavirus témoigne

Jonathan Peterschmitt, un médecin infecté par le coronavirus, pose à la fenêtre de son cabinet médical, à Bernwiller (Haut-Rhin), le 4 mars 2020.
Jonathan Peterschmitt, un médecin infecté par le coronavirus, pose à la fenêtre de son cabinet médical, à Bernwiller (Haut-Rhin), le 4 mars 2020. (SEBASTIEN BOZON / AFP)

Jonathan Peterschmitt est confiné chez lui, dans le Haut-Rhin, avec sa femme et ses quatre enfants. Ils ont été contaminés lors d’un rassemblement évangélique, mi-février.

"Je vais bien, ça s'entend, non ?" Rien, dans la voix de Jonathan Peterschmitt, ne laisse en effet penser qu'il a peur. Ce médecin généraliste a été testé positif au coronavirus après avoir participé à un rassemblement évangélique à Mulhouse (Haut-Rhin). Depuis lundi 2 mars, le voilà donc confiné chez lui, avec son épouse et ses quatre enfants, eux aussi contaminés ou considérés comme tels. "Cela me laisse le temps de répondre aux interviews", sourit l'homme de 33 ans.

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Franceinfo : Comment vous sentez-vous ?

Jonathan Peterschmitt : Très bien, à vrai dire. Physiquement, ça va, je me sens vraiment en forme. Je n'ai pas de fièvre, je n'ai pas de médicaments particuliers à prendre, même pas d'anti-inflammatoires. Très franchement, je n'éprouve aucune inquiétude particulière. Je mange normalement, je bois normalement, je dors normalement… Il faut juste rester à la maison pour éviter de contaminer à l'extérieur.

Votre femme et vos quatre enfants sont également confinés. Comment se portent-ils ? 

A ce jour, trois membres de la famille sur six sont contaminés, et trois sur six sont considérés positifs de fait car en contact avec les trois autres. Tous vont bien aussi, quoiqu'un peu fatigués par moments. Nos enfants sont en bas âge, ils ont entre 1 et 7 ans. Mais leur état ne m'inspire pas non plus d'inquiétude. 

Racontez-nous les premiers symptômes que vous avez ressentis.

J'ai commencé par avoir un rhume et de la toux. Des syndromes grippaux que je vois chez mes propres patients. Au début, je n'ai même pas pensé à la grippe, je pensais plutôt à un rhino-virus. Il y avait aussi la fatigue, la perte d'odorat, du goût… En vérité, si je n'avais pas entendu parler du coronavirus, jamais je n'aurais soupçonné en être atteint.

Comment avez-vous fait le lien, justement ? 

C'est lorsque j'ai entendu parler de cas déclarés dans le Haut-Rhin, notamment près de là où j'exerce. Je me suis aussitôt signalé auprès de l'Agence régionale de santé (ARS) pour ne pas contaminer mes patients. Mais quand le test s'est révélé positif, vraiment, je n'y croyais pas, j'étais très surpris. L'ARS m'a conseillé de fermer mon cabinet.

Où avez-vous été contaminé ? 

A priori, c'est directement lié à la semaine de jeûne et de prière à laquelle j'ai participé du 17 au 24 février à Mulhouse. L'événement rassemblait plusieurs centaines de personnes. Au total, on est 18 à être contaminés dans ma famille. Mon père, qui est le pasteur de l'église évangélique La Porte ouverte chrétienne, ma mère, mes frères et sœurs… On se donne régulièrement des nouvelles par téléphone, Skype ou WhatsApp. On essaie d'en rire parfois, ça permet de dédramatiser un peu. 

Vous a-t-on imposé des mesures de précaution spécifiques ?

Aucune. Personne ne porte de masque, par exemple, ce qui serait de toute façon inutile. Il nous est arrivé de prendre notre température. Mais là aussi, aucun intérêt, puisque personne n'a de fièvre. A la maison, la vie est à peu près normale. C'est juste que les enfants devraient être à l'école, et mon épouse et moi au travail. 

Comment occupez-vous vos journées ?

Après quatre jours de confinement, je ne trouve pas encore le temps trop long. Mais je ne sais pas si je dirai pareil à la fin, après quatorze jours. C'est quand même bizarre de ne pas avoir de contact avec l'extérieur.

Mon épouse va par exemple fêter ses 35 ans en isolement, ça restera forcément gravé ! Jonathan Peterschmittà franceinfo

Nos enfants, eux, voient ça comme des vacances prolongées. Il faut donc trouver à les occuper. Ils dessinent, chantent… Il va quand même bientôt falloir qu'on jette un œil à leurs devoirs, histoire qu'ils ne prennent pas trop de retard sur leurs camarades.

Et vos patients ? 

Je ne les ai pas vus depuis le 15 février et je ne suis pas près de les revoir. Mon cabinet ne rouvrira pas avant le 16 mars au minimum. Et encore, il faut que l'ARS me donne le feu vert. En attendant, j'essaie de dépanner certains patients à distance, en vidéo-consultation ou par mail en fonction des problèmes qu'ils rencontrent. Mais, pour être honnête, ce sont surtout eux qui prennent soin de moi en ce moment. Beaucoup m'envoient des messages de soutien, je réponds à chacun. Le patient qui s'occupe de son médecin, reconnaissons que c'est un peu le monde à l'envers.

Une patiente m'a proposé de me déposer des repas chaque midi pour moi et ma famille, vu que nous ne pouvons pas sortir faire de courses.Jonathan Peterschmittà franceinfo

En tant que médecin et malade, quel message adresseriez-vous à ceux qui pourraient prendre peur ? 

De ne pas s'inquiéter outre mesure. La peur est humaine, mais c'est aussi un facteur d'aggravation de la crise. Il faut s'attendre à ce que le nombre de cas augmente nettement, c'est ainsi. Mais, dans la très grande majorité, il n'y a pas de conséquences à moyen terme. Regardez-moi : je suis la preuve qu’on peut être malade tout en étant en forme !

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