"Il faut nous protéger pour continuer à soigner la population" : la Confédération des syndicats médicaux français en appelle au gouvernement contre le Covid-19

Jean-Paul Ortiz à l\'Élysée en septembre 2018. 
Jean-Paul Ortiz à l'Élysée en septembre 2018.  (LUDOVIC MARIN / AFP)

Jean-Paul Ortiz, président de la CSMF, a estimé lundi sur franceinfo qu'"on est vraiment en retard de phase sur cet épisode coronavirus pour les médecins libéraux".

Les cabinets des médecins libéraux sont en première ligne depuis l'arrivée des premiers cas de coronavirus en France. Mais sont-ils prêts à accueillir un afflux de patients et surtout sont-ils bien protégés ? Le docteur Jean-Paul Ortiz, président de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF) a alerté lundi 2 mars sur franceinfo le gouvernement pour qu'il mette en place "des mesures de protection pour les soignants" et les médecins libéraux. "Il faut nous protéger, nous, pour qu'on puisse continuer à soigner la population", a-t-il affirmé.

franceinfo : Est-ce que les médecins libéraux sont prêts à lutter contre l'épidémie de coronavirus?

Jean-Paul Ortiz : La Direction générale de la santé nous envoie très régulièrement des informations par email. Nous recevons donc de l'information, mais encore une fois, j'alerte le gouvernement. Il nous faut des mesures de protection pour les soignants, pour les médecins libéraux, parce que nous allons recevoir de plus en plus des patients qui sont potentiellement infectés par le coronavirus. Il faut nous protéger, nous, pour qu'on puisse continuer à soigner la population.

Le gouvernement va débloquer 15 millions de masques pour les médecins libéraux. Ce n'est pas suffisant ?

Mon regret, c'est que le gouvernement va débloquer 15 millions de masques chirurgicaux. Ce sont des masques qui servent à protéger les patients, pas des soignants. J'en appelle d'ailleurs à la population française. Ce n'est pas la peine de se précipiter si vous n'avez rien pour acheter des masques dans les pharmacies. D'ailleurs, on en trouve plus. On voit bien qu'il y a une espèce d'inquiétude généralisée qui n'est pas forcément justifiée. Ce qu'il nous faut en tant que soignant, c'est avoir des masques FFP2 qui nous protègent pour éviter d'être contaminés par le coronavirus. Et puis, il faut qu'on ait des instructions puisque ce week-end, les choses ont un peu évolué et on commence à dire que nous allons maintenir à domicile des patients qui ne sont pas gravement atteints. N'oublions pas que le coronavirus, c'est l'équivalent d'un syndrome grippal, donc, un tout petit peu de fièvre et du nez qui coule et cela ne nécessite pas forcément l'hospitalisation. Donc les choses sont en train d'évoluer en fonction de la diffusion du virus. Mais pour cela, il faut que, nous, on soit protégés pour prendre en charge nos patients.

Vous n'avez pas de masques FFP2 ?

Ces masques-là, nous ne les avons pas. Quelques médecins en ont. Et malheureusement, ironie de l'histoire, ce sont des masques que, lors de l'épisode de grippe aviaire H1N1, on nous avait envoyés dans nos cabinets il y a donc une dizaine d'années, et certains nombres de médecins les ont encore. Vous voyez qu'on est vraiment en retard de phase sur cet épisode coronavirus pour les médecins libéraux.

Les patients sont-ils inquiets ?

Oui, nous avons beaucoup d'inquiétude dans nos cabinets de patients qui s'interrogent sur une éventuelle contamination, puis se posent des questions sur des déplacements, sur la participation à des rassemblements, etc. Nous sommes là pour les rassurer et c'est bien normal qu'en tant que médecin traitant nous leur apportons ces réponses. Je sais que les plateformes téléphoniques sont assaillies d'appels téléphoniques. Nous participons aussi largement à cette information de la population. C'est aussi notre rôle. Nous sommes mobilisés. Nous avons d'ailleurs cet après-midi une réunion avec la Direction générale de la santé pour essayer d'harmoniser tout ça. Mais je trouve que nous perdons un peu de temps dans la protection de la médecine libérale et dans les moyens qu'on doit avoir.

Pouvez-vous faire des tests dans les cabinets médicaux ?

Non absolument pas ! Dans les cabinets des médecins, nous devons voir s'il s'agit d'un syndrome hivernal banal ou cela peut correspondre à un coronavirus. Et à ce moment-là, en cas suspicion, les adresser dans des centres hospitaliers départementaux qui, eux, ont la possibilité de faire ce test. Ce test n'est fait que s'il y a des signes cliniques, c'est-à-dire que si on a un peu de fièvre, le nez qui coule, etc. On ne fait pas un test sur toute la population qui n'a rien.

On est au stade 2 de l'épidémie. Si on passe au stade 3, les médecins libéraux sont en première ligne ?

On voit que le stade 3 commence à poindre son nez, si j'ose dire. On n'est pas encore en stade épidémique, au sens effectivement où on l'entend nous médecins, où on n'arrive plus à tracer la piste de la transmission virale. Mais on sent bien qu'on est en train d'y arriver avec la multiplication du nombre de cas et on va perdre la trace de ce virus. À ce moment-là, nous serons amenés à trier les patients, selon leur gravité. Il y aura en hospitalisation que pour les patients les plus graves. Les autres seront pris en charge par la médecine de ville, comme on le fait tout au long de l'année.

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