Hausse record du chômage : "C’est douze fois plus rapide que ce qu'on avait pu voir en 2008", estime un économiste de l'OFCE

Le nombre de demandeurs d\'emploi a augmenté de 7,1% en mars 2020, la plus forte hausse depuis 1996
Le nombre de demandeurs d'emploi a augmenté de 7,1% en mars 2020, la plus forte hausse depuis 1996 (PASCAL GUYOT / AFP)

"En 2008, on avait eu 486 000 chômeurs de plus en l'espace d’un an, là, c’est en l'espace d'un mois", explique Eric Heyer. Ce sont surtout les emplois précaires qui font les frais de la crise du coronavirus.

"On est sur des niveaux de progression des demandeurs d'emploi qui correspond normalement à un an de crise économique", estime lundi 27 avril sur franceinfo Éric Heyer, directeur du département analyse et prévision de l’observatoire français des conjectures économiques (OFCE), alors que le chômage a augmenté de 7,1% en mars, en raison de la crise du coronavirus, et notamment du confinement. Pour lui, le chômage a augmenté de manière "douze fois plus rapide" qu’en 2008 et ce sont les plus précaires qui sont le plus touchés. Il suggère que le gouvernement prolonge le dispositif de chômage partiel et reporte encore le second volet de la réforme de l’assurance-chômage.


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franceinfo : Est-ce que ce sont les plus précaires les plus touchés et est-ce que cette crise est plus forte qu’en 2008/2009 ?

Éric Heyer : Ce sont effectivement ceux qui étaient dans l'angle mort de la politique du gouvernement, c'est-à-dire le chômage partiel. Dans ce chômage partiel, on avait le droit, quand on était en contrats courts, d'aller jusqu'à la fin de son contrat. Dans les contrats qui sont signés, vous avez les deux tiers qui sont des contrats de moins d'un mois, et avec un grand nombre, la moitié, qui sont des contrats de cinq jours. Vous finissez votre semaine et ensuite, malheureusement, vous allez vous inscrire au chômage. Il faut quand même rappeler que ces 246 000 (demandeurs d'emploi en plus), ne prennent en compte que les premiers 15 jours de confinement parce que les deux premières semaines du mois de mars il n'y avait pas de confinement. Pour évaluer l'impact du confiement sur l'emploi, il va falloir au moins multiplier les chiffres par deux. On est sur des niveaux de progression des demandeurs d'emploi qui correspond normalement à un an de crise économique. C'est ce qu'on avait observé au cours de l’année 2009 en France. En 2009, on avait eu 486 000 chômeurs de plus en l'espace d’un an, là, c’est en l'espace d'un mois. C’est douze fois plus rapide que ce qu'on avait pu voir en 2008. Il faut rappeler qu’en 2008, il n'y avait pas eu autant de chômage partiel, ça concernait un peu moins de 200 000 personnes. Là, nous ne sommes, pas sur 10 millions parce que 10 millions, ce sont les droits potentiels, et on sait que les entreprises ne consomment pas l'intégralité de ces droits. On est plutôt, selon nous, aux alentours de 5 millions de salariés en chômage partiel, ce qui est quand même un quart des salariés du privé. Ça veut dire que malgré ce dispositif qui était complètement nécessaire, vous avez des angles morts. Ces angles morts, ce sont ces emplois précaires qui vont augmenter le nombre de chômeurs, malheureusement.

Le chômage partiel ça ne dure qu’un temps. Est-ce qu’on verra seulement après le 11 mai les traductions économiques et sociales du confinement ?

Aujourd’hui, les droits en chômage partiel, c’est trois mois. Ça va au-delà du 11 mai, au-delà de la période du confinement. Il est possible que le gouvernement prolonge ce chômage partiel, peut-être avec des formes un peu différentes. Ça ne sera peut-être pas 84% du salaire net qui sera pris en charge par les administrations publiques. Peut-être que ça sera moins. On reviendra peut-être à ce qui se passe en Allemagne. Ils sont plutôt à 60%. Il y aura peut-être des modalités différentes, mais je pense que tant qu'on n'est pas revenu complètement à la normale, le gouvernement va continuer tout de même à prendre une partie du problème à sa charge. Donc, le chômage partiel ne va pas s'arrêter du jour au lendemain. Mais vous avez raison de dire qu'aujourd'hui, la situation des entreprises n'est pas encore complètement sous contrôle et donc que le risque de faillite dans les mois à venir est tout de même important. S'il devait y avoir des faillites, alors on rentrerait dans une crise, on a envie de dire, un peu plus standard. Une crise avec des faillites d'entreprises, donc destructions d'emplois, hausse du chômage, donc épargne de précaution. Aujourd'hui, on n'est pas dans ce schéma-là, mais potentiellement, on peut l'être dans quelques mois, donc il faudra le surveiller de très près.

Il va falloir modifier la réforme de l’assurance-chômage selon vous ?

La réforme chômage était en deux temps. Le deuxième temps n'a pas eu lieu en tout cas, et devait avoir lieu justement en septembre. Ils ont reporté en septembre. Il est possible qu'effectivement que cette deuxième partie, qui durcit les conditions d'accès à l'assurance-chômage, ne soit jamais appliquée. Il est fort probable, qu'à la suite de cette crise, le gouvernement renonce à cette deuxième partie de la réforme de l'assurance-chômage. Ce serait juste, me semble-t-il, en tous les cas, qu'il ne l'applique pas tout de suite parce qu'effectivement, on se rend compte qu'aujourd'hui, une grande partie des salariés sont empêchés de travailler. Ce n'est pas pour eux un calcul, mais bien une impossibilité à exercer une activité. Donc continuer avec les droits qui sont ceux d'aujourd'hui me semble être une bonne chose. 

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