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"Flambée" de plaintes pour non respect des délais de paiement interentreprises : "Sur la dernière semaine, on a eu l’équivalent d’un mois et demi de saisines"

Pierre Pelouzet, médiateur des entreprises au ministère de l’Économie et des Finances, est revenu sur le crédit interentreprises que doivent payer les grandes entreprises, en difficultés en pleine crise sanitaire.

Un phénomène menace les petites entreprises déjà mises à mal par l’épidémie de coronavirus : le non-respect des délais de paiement. C’est le temps que met une grande entreprise pour payer ses fournisseurs. La situation se dégrade, à tel point que le gouvernement et la Banque de France mettent en place un comité de crise.

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Pierre Pelouzet, médiateur des entreprises au ministère de l’Économie et des Finances, invité éco de franceinfo, jeudi 26 mars, a évoqué "une flambée" des plaintes des entreprises pour non-paiement : "Sur la dernière semaine, on a eu l’équivalent d’un mois et demi de saisines" en particulier sur "les délais de paiement".

franceinfo : Existe-t-il une recrudescence de plaintes auprès de vos services ces derniers jours ?

Pierre Pelouzet : Oui, malheureusement, c’est plus qu’une recrudescence, c’est une flambée. Sur la dernière semaine, on a eu l’équivalent d’un mois et demi de saisines sur, en particulier, les délais de paiement. Le gouvernement a mis en place tout un tas de mesures pour sauvegarder la trésorerie des entreprises, que ce soit les salaires avec le chômage partiel, que ce soit le décalage des impôts et des Urssaf, que ce soit aussi tous les crédits et prêts bancaires. Il y a un seul point sur lequel le gouvernement ne peut rien, c’est ce crédit interentreprises, c’est à dire, cet argent qui est dû à des petites entreprises par des plus grandes. Et c’est énorme puisque c’est une grosse partie de la trésorerie des entreprises. Si cet argent n’est pas versé, on met vraiment en difficulté ces petites entreprises, ces artisans, ces TPE au pire moment puisque c’est au moment où, eux aussi, ont moins d’activité, moins de travail et évidemment, des difficultés.

Il y a des grandes entreprises qui ne payent pas en invoquant la crise économique actuelle ?

On voit deux cas de figure. On voit des gens qui font les choses bien. Il faut le dire. Les entreprises qui se sont engagées et qui non seulement ne vont pas attendre les 60 jours réglementaires pour payer, mais se sont engagées à payer tout de suite. Je veux leur tirer un coup de chapeau pour commencer parce que c’est important. C’est de la vraie solidarité économique et j’espère qu’elles vont servir d’exemple aux autres. On en voit d’autres, malheureusement, qui ont l’action inverse pour plusieurs raisons possibles. J’imagine qu’il y a un peu de désorganisation. C’est possible. On est en télétravail. Ca peut expliquer en partie. Il y a un autre phénomène que j’ai du mal à comprendre, mais que je compare un petit peu au phénomène du stockage de pâtes. Tous ces gens qui sont précipités dans les supermarchés pour acheter des pâtes en pensant que ça allait leur manquer dans leur garde-manger. On voit des grandes entreprises qui ont le même réflexe.

Cela représente quelle somme ?

Le crédit interentreprises, c’est énorme. Près de 700 milliards d’euros. C’est l’argent qu’échangent les entreprises entre elles en permanence. Donc, il y a en permanence 700 milliards d’euros qui sont en circulation. Pour vous donner une idée, c’est trois fois plus que le crédit bancaire. Vous voyez l’importance que ça peut avoir. Les retards de paiement, en temps normal, ça constitue entre 10 et 15 milliards d’euros qui sont dans les caisses des grands groupes et alors qu’ils devraient être dans les caisses des PME-TPE. Si ça s’aggrave aujourd’hui, on parle de milliards et de milliards d’euros qui ne profitent pas à ces petites entreprises qui en auraient tellement besoin pour passer le cap de la crise

Que dit la loi exactement ?

La loi est claire. On a un maximum dans le privé de 60 jours pour régler les factures. J’engage les grandes entreprises non seulement à respecter la loi, c’est la moindre des choses, mais à anticiper. Beaucoup de grandes entreprises ont de la trésorerie. Elles ont en tout cas toutes les facilités pour se financer. On sait tous les efforts qui ont été faits, même pour celles qui pourraient être un petit peu en difficulté. Le gouvernement garantit les prêts grâce à la BPI à hauteur de 90%. Donc, ces grandes entreprises doivent pouvoir trouver de l’argent ailleurs que dans les caisses de leurs PME, TPE et fournisseurs. Cet argent, je les engage à le verser le plus vite possible.

Bruno Le Maire a annoncé que les entreprises qui ne respectent pas le règlement de leurs fournisseurs dans les temps seraient exclus de la garantie de l’État pour leur emprunt et seront fichées auprès des banques. Des mesures que vous trouvez assez fortes ?

Nous avons créé un comité de crise. Nous allons faire remonter toutes informations au travers de tous les réseaux et identifier à la fois les bons acteurs et les mettre en avant, encore une fois j’insiste là-dessus, mais à la fois aussi ceux qui ne joueraient pas le jeu. Dans un premier temps, on va les interpeller individuellement, c’est à dire que le collectif de toutes les entreprises de France va aller cogner à leur porte en disant : "Monsieur le président, madame la présidente ou monsieur le directeur financier, il semblerait qu’il y a un gros problème chez vous. Et on aimerait beaucoup que vous le résolviez rapidement". J’espère, que dans la plupart des cas, ces entreprises comprendront et qu’il faut tout de suite changer de comportement. Si d’aventure, ça ne fonctionnait pas, ces informations remonteront au ministre.