#EtAprès. Coronavirus : face à la pénurie mondiale de matériel médical, la coopération internationale est plus efficace que le chacun pour soi

Stock de masques pour personnel soignant (illustration).
Stock de masques pour personnel soignant (illustration). (NICOLAS LIPONNE/HANS LUCAS/AFP)

La crise du coronavirus va peut-être obliger Donald Trump à abandonner le bras-de-fer commercial engagé avec la Chine. Emmanuel Combe plaide pour une véritable coopération internationale, sur ce sujet comme sur d'autres. 

Coronavirus : et après ? franceinfo ouvre le débat. Un échange à grande échelle pour stimuler et partager des questions, des idées, des témoignages et ouvrir le débat le plus largement possible sur les solutions de demain : #EtAprès, qu’est-ce qui doit changer ? Cette contribution de la Fondation pour l'innovation politique est signée par Emmanuel Combe, professeur des universités, professeur à la Skema Business School, vice-président de l’Autorité de la concurrence. 


Depuis 2018, Donald Trump a engagé une véritable guerre commerciale contre la Chine, accusée de pratiquer une concurrence déloyale et de détruire l’emploi aux États-Unis. Cette guerre s’est traduite par la mise en place progressive de droits de douane de 25 % sur 360 milliards de dollars d’importations chinoises.

Mais, si l’on en croit les études économiques, les résultats de cette politique sur le plan interne n’ont pas été au rendez-vous. Ainsi, dans le cas des taxes sur les machines à laver et sèche-linge, une récente étude conduite par trois économistes de l’université de Chicago et de la Réserve fédérale (FED) des États-Unis montre que l’addition finale pour les consommateurs américains est même assez salée : 1 800 emplois ont été certes sauvés, mais pour un coût total de 1,5 milliard de dollars, ce qui fait un coût par emploi sauvé de 67 900 dollars par mois. Pas de quoi crier victoire : question efficacité, on a vu mieux.

Les Etats-Unis ont plus que jamais besoin de la Chine

Mais voilà qu’à l’occasion de la crise du Covid-19, "Tariff Man", autrement dit Donald Trump, se trouve confronté à un problème encore plus grave : sa politique protectionniste nuit à l’approvisionnement des États-Unis en matériel médical. En effet, parmi les 360 milliards d’importations taxées en provenance de Chine, on trouve de nombreux produits médicaux, allant des blouses aux moniteurs pour patient. Depuis deux ans, le protectionnisme américain a logiquement conduit à diminuer fortement les importations en provenance de Chine. Selon le Peterson Institute, cette baisse atteint par exemple 39 % pour les moniteurs et n’a été que partiellement compensée par des importations en provenance d’autres pays.

Alors que le virus du Covid-19 se répand aujourd’hui aux États-Unis, le président américain a donc plus que jamais besoin de la Chine. Sans doute, le 12 mars dernier, a-t-il discrètement réduit les droits de douane sur certains produits médicaux en provenance de Chine, mais, victime depuis deux ans de la guerre commerciale, la Chine s’est mise en quête de nouveaux débouchés pour ses productions et elle est devenue moins dépendante des États-Unis. Dans ces conditions, difficile pour les États-Unis de convaincre son ennemi commercial d’hier de devenir son allié de demain dans la lutte contre le Covid-19.

Nécessaire coordination internationale

Moralité : le protectionnisme est une politique naïve, qui repose sur une erreur fondamentale, celle de croire que l’on peut se couper des autres sans prendre d’énormes risques. À l’heure où le discours protectionniste va sans doute retrouver des couleurs dans de nombreux pays, il ne faudrait pas oublier cet enseignement fondamental.
On ne réglera pas le problème de la pénurie mondiale de matériel médical par une politique du chacun pour soi, mais en se coordonnant entre pays pour accroître la production mondiale. 

>> Emmanuel Combe est l’auteur de plusieurs études pour la Fondation pour l’innovation politique, notamment L’Europe face aux nationalismes économiques américain et chinois (avec Antoine Michon et Paul-Adrien Hyppolite) et Vers des prix personnalisés à l’heure du numérique ? 

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