Enfants peu contaminants, besoin d’interaction, mesures barrières… Pourquoi certains appellent à rouvrir les écoles

Des écoliers écoutent leur professeur, le 1er juin 2020.
Des écoliers écoutent leur professeur, le 1er juin 2020. (OLI SCARFF / AFP)

La Société française de pédiatrie a révélé une étude montrant que les enfants de moins de 15 ans sont moins contagieux que le reste de la population, pendant la pandémie de Covid-19. Un signal de plus en faveur de la réouverture des écoles, selon pédiatres et spécialistes de l'enfance.

Faut-il remettre les enfants à l’école ? Selon une étude du professeur Robert Cohen, vice-président de la Société française de pédiatrie, les enfants sont moins contagieux que les adultes. Un nouveau feu vert pour le retour des écoliers en classe, alors que certains d’entre eux, avec le confinement imposé par l’épidémie de coronavirus, n’ont plus eu de contact avec l’école depuis mi-février.

Neuf fois sur dix, c'est un adulte qui contamine un enfant

L’étude, menée sur 605 enfants d'Île-de-France, établit que les moins de 15 ans sont peu contagieux. Ils seraient deux à cinq fois moins porteurs du virus que les adultes. Dans neuf cas sur dix, ce sont les adultes malades qui contaminent les enfants. Une série de tests sérologiques montrent que seulement 10% des enfants d’Île-de-France ont eu le coronavirus. Les enfants auraient moins de récepteurs sur les muqueuses nasales et seraient mieux protégés par une immunité croisée. "On s'aperçoit a posteriori que l'enfant joue un rôle tout à fait mineur dans la transmission du virus et que dans tous les prélèvements qu'on a pu faire chez cette population, il s'avère peu contaminé et peu contaminant", note ainsi la Pr Christèle Gras-Le Guen, secrétaire générale de la Société française de pédiatrie, qui aspire à "pouvoir convaincre les parents et les enseignants de préparer cette rentrée en toute sérénité". Selon le responsable du Centre national de référence des virus des infections respiratoires, Bruno Lina, virologue et membre du Conseil scientifique, les éléments de cette étude, réalisée par Robert Cohen, permettent de faire évoluer "la perception du risque".

Les enfants ont besoin d’interagir et d'apprendre

"On a beaucoup plus d'arguments pour ce retour en collectivité et pour la reprise d'une vie sociale chez les enfants jeunes que d'inquiétudes", indique le Pr Christèle Gras-Le Guen. "Cela nous paraîtrait vraiment dommage, ajoute-t-elle, que les enfants fassent les frais de mesures excessives, de distanciation sociale ou de vie en collectivité altérée, alors que cette maladie ne les concerne pas directement…" "Quand un enfant ne peut pas aller voir pendant deux mois sa meilleure amie qui vit à 400 mètres de chez lui, c'est difficile à vivre, note de son côté le porte-parole de la Peep, la fédération des parents d’élèves de l’enseignement public, Hubert Salaün. "Les questions pédagogiques aussi sont importantes, poursuit-il. Certains des enfants qui étaient en train d'apprendre à lire en CP ont arrêté d'apprendre à lire mi-février, car dans les secteurs qui ont été les premiers touchés, c'était les vacances scolaires. En Martinique, les enfants ont arrêté les cours à la mi-décembre : pour ceux qui apprennent à lire c'est dramatique. Il y a vraiment des enjeux pédagogiques."

"Les enfants peuvent aller à l'école, assure le Pr Christèle Gras-Le Guen. Les enfants doivent aller à l'école, reprendre une vie d’enfant où on joue, où on interagit avec les autres. C’est un point qui nous paraît absolument essentiel pour cette fin d'année et pour préparer la rentrée de septembre." "Nous n’avons aucune inquiétude qui puisse être un frein au retour en collectivité des enfants", indique-t-elle. 

Les mesures barrières sont toujours là  

“Ce n'est pas parce qu'à un moment donné on a une nouvelle rassurante qu'il faut qu'on lève toutes les mesures barrières”, prévient cependant le Pr Bruno Lina virologue, et membre du conseil scientifique, qui indique que le Conseil scientifique se prononcera sur un assouplissement des mesures sanitaires dans les écoles “si on lui pose la question”. Le virologue rappelle que "le temps de la connaissance n'est pas le temps des médias et de la réactivité politique". "Il est important de se rendre compte que nous sommes dans une période où le virus circule encore", explique Le Pr Lina. Hubert Salaün, de la PEEP, souligne que "si le Conseil scientifique dit que le protocole peut évoluer parce qu'on considère qu’on a peut-être mis en place des mesures trop strictes au niveau, par exemple, de l'utilisation des jouets, au niveau des passages à la cantine, on suivra son avis comme on le fait depuis le début".

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