En route vers Paris 2024. En quête d'objectifs

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Cécilia Berder, membre de l’équipe de France d’escrime, est en pleine sélection pour les JO de Tokyo, des jeux aujourd'hui reportés à 2021. Elle nous fait vivre de l’intérieur le quotidien d’un athlète de haut niveau, en période de confinement.

"Quel est ton objectif pour cette compétition ?" Tous les sportifs entendent cette question de la part des journalistes à l'approche d'une compétition. Une question à laquelle j'ai toujours eu du mal à répondre, car si je suis engagée dans cette épreuve c'est pour la gagner. Comme tous mes adversaires. Évidemment, chacun décuple cette envie, en fonction de son ambition et de son niveau du moment, mais aucun sportif ne vous dira qu'il n'a pas envie de gagner.

Un objectif d'attitude

Alors pour me démarquer, j'ai souvent pris l'habitute de répondre à cette question par un objectif d'attitude. Il est pour moi plus aisé de dire : "Mon objectif est d'avoir une attitude joueuse, souriante, maligne, espiègle", plutôt que de dire : "je veux battre tout le monde".

À la vue de la réaction des journalistes, je comprends bien que ma réponse ne ressemble pas à celle escomptée, car elle n'est pas chiffrée. Pourtant, c'est la seule sur laquelle je peux vraiment avoir un rôle à jouer. Cette mission est pour moi plus palpable, maîtrisable. Elle n'est pas sans me rappeler mes cours de management qui définissaient un objectif par les adjectifs "spécifique, mesurable, ambitieux, réaliste et temporel".

Sauf que, passé mes anciens cours, je me retrouve aujourd'hui démunie d'objectif. Cette période de confinement a stoppé tous les calendriers. La seule date de compétition connue reste celle des Jeux olympiques de Tokyo à l'été 2021. Notre équipe de France de sabre est qualifiée. Mais pour faire partie du voyage, il faudra passer par un long processus de qualification en interne, aujourd'hui inconnu.

"Pourquoi tu fais ça ?", une pensée assez dévastatrice

Habituellement et à chaque instant, ma journée est rythmée par un but. Soulever un certain poids à la muscu le matin, garder une attention toute particulière sur la précision de mes jambes à la séance technique, faire preuve de relâchement lors de la séance d'assauts, avoir une intention à chaque mise en garde lors des matchs comptés... Ma vie déborde d'objectifs. Corporels, techniques, tactiques, mentaux et aujourd'hui plus rien.

Je continue à m'entretenir avec du vélo d'appartement, du yoga, de la musculation. Mais mon propre esprit peut parfois me tendre des pièges. Alors que je suis en plein effort, que je dégouline de sueur sur mon vélo, le souffle court, mon cerveau m'envoie un "pourquoi tu fais ça ?". Sous entendu, "tu te prépares pour quel événement, pour quel objectif, alors que le calendrier est mystérieux?"

Malgré cette phrase assez dévastatrice qui a le don de me couper les jambes, je continue de me bouger tous les jours, car après chaque session, le bien-être et la détente ressentis sont uniques. Qu'importe la séance, cardio ou en souplesse, la magie des hormones opère, et un relâchement pur et simple prend place dans mon corps...

Une liste d'objectifs à remplir avant le 11 mai

Enfin, cette semaine, notre préparateur physique a dû prendre conscience de ce vide à combler. Il nous a ainsi livré une liste d'objectifs à remplir, avant la fin du confinement. Des objectifs en tous genres, comme faire le grand écart, marcher sur les mains dans notre salon, faire 100 sauts à la corde en 30 secondes, réussir 200 jongles au football... Bref, la liste est encore assez longue, et il me reste pas mal de travail pour les accomplir.

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