En prise avec l'épidémie de coronavirus, l'Europe ferme ses frontières : quelles conséquences pour les Français ?

Des policiers allemands contrôlent un automobiliste, à la frontière française, lundi 16 mars 2020.
Des policiers allemands contrôlent un automobiliste, à la frontière française, lundi 16 mars 2020. (BENJAMIN LISS / DPA / AFP)

Travailleurs transfontaliers, touristes à l'étranger... Franceinfo détaille les conséquences des mesures annoncées lundi par l'exécutif.

L'Union européenne s'organise pour, ensemble, lutter contre la propagation du coronavirus. Paradoxe : il lui faut pour cela rétablir des frontières, jusqu'alors partiellement abolies par la construction de l'UE. Lundi 16 mars, l'institution a ainsi annoncé la fermeture de ses frontières pour freiner l'épidémie de Covid-19, laquelle a déjà tué plus de 7 000 personnes à travers le monde, dont 2 158 en Italie, le deuxième foyer le plus important de la maladie.

Alors que le nombre des contaminations explosent en Europe, le deuxième pays le plus touché de l'Union, l'Espagne (9 191 cas confirmé dont 309 morts) a enregistré près de 1 500 nouveaux cas en 24 heures. En France (127 morts et 5 423 cas testés positifs avec plus de 400 personnes hospitalisées dans un état grave), la situation "est très inquiétante" et "se détériore très vite", selon les autorités.

Mardi, une réunion extraordinaire des 27 dirigeants de l'Union européenne se déroulera, afin de mettre en oeuvre les mesures annoncées ces dernières heures par les pays membres et de coordonner la lutte contre l'épidémie. "Ce sera un véritable test pour l’Europe", a déclaré le ministre de l'Intérieur français, Christophe Castaner, en précisant cette mesure prise en accord avec la Commission européenne et qui "devra être prise de manière identique et simultanée par l’ensemble de nos partenaires européens."

"Les Français qui sont à l'étranger" pourront "évidemment" rentrer

"Dès demain midi, les frontières a l’entrée de l’Union européenne et de l'espace Schengen seront fermées", a annoncé Emmanuel Macron à l'occasion de son allocution. "Concrètement, tous les voyages entre les pays non européen et l'Union européenne seront suspendus pendant 30 jours. Les Français qui sont à l’étranger et qui souhaitent rentrer pourront évidemment reprendre leur pays", a-t-il ajouté, les invitant "à se rapprocher des ambassades et consultats afin d’organiser, pour ceux qui le souhaitent, leur rappatriement."

Les ressortissants étrangers interdits d'entrer dans l'espace Schengen sauf raisons "impératives"

La France s'est alignée sur les propositions présentées dans l'après-midi même par la présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen : ainsi, les entrées de tous les ressortissants étrangers dans l’espace Schengen sont proscrites. "Cela signifie que seuls les citoyens des Etats membres de l’espace Schengen et de l’Union européenne, ainsi que les ressortissants du Royaume Uni, qui restent soumis, dans la période de transition actuelle du Brexit, au droit européen, pourront entrer dans notre espace de circulation commun", a expliqué le ministre de l'Intérieur français, Christophe Castaner, lors d'une conférence de presse visant à détailler les annonces d'Emmanuel Macron.

"Les ressortissants de pays tiers qui disposent d’un permis de séjour européen pourront également continuer d’accéder à l’espace européen. Quelques autres exceptions seront aménagées, pour les personnels de santé ressortissants de pays tiers par exemple", a-t-il poursuivi. Mais, a-t-il ajouté, "tous les ressortissants de pays de pays tiers qui n’ont pas de raison impérative de se rendre en Europe feront l’objet d’une interdiction d’entrée."

Les travailleurs transfontaliers autorisés à se déplacer

Pour ce qui est des déplacements transfontaliers au sein de l'Union, le ministre français a martelé qu'il ne fallait "plus de circulation transfrontalière qui ne soit pas indispensable.""Ainsi, en coordination avec mes homologues des pays voisins, nous mettons en place des contrôles des déplacements transfrontaliers non-nécessaires", a-t-il expliqué devant la presse, lundi soir. "Ceux-là, de part et d’autre de nos frontières et en bonne coordination avec les polices aux frontières des pays voisins, seront invités à faire demi-tour."

Il a cependant tenu à "rassurer les nombreux travailleurs transfrontaliers." "Sur la base de justificatifs de domicile et d’emploi, vous serez autorisés à continuer de franchir les frontières que vous franchissez quotidiennement si c’est nécessaire."

Les marchandises continuent de circuler

Cependant, la circulation entrante et sortante de marchandises se poursuivra, a ajouté le ministre de l'Intérieur. Avant lui, Ursula Von der Leyen avait également souligné l'importance d'une libre circulation des biens au sein de l'UE : "le flux des marchandises vers l'UE doit continuer à garantir l'approvisionnement des marchandises, y compris des articles essentiels comme les médicaments, mais aussi la nourriture et les composants requis par nos usines", avait expliqué la présidente de la Commission, en détaillant ses recommandations à l'attention des Etats membres.

Elle préconisait notamment la mise en place de "couloirs prioritaires" pour le transport de marchandises, "pour mettre fin aux embouteillages et assurer la bonne circulation des biens".

Des mesures prises dans les pays voisins

Des mesures ont d’ores et déjà prises ces derniers jours pour limiter les interactions entre voisins, notamment par l'Italie, l'Allemagne ou encore l'Espagne.

Outre-Rhin, les habitants ont été appelés lundi par la chancelière Angela Merkel à "rester à la maison" et à renoncer aux vacances, à l'étranger mais aussi à l'intérieur du pays. Ce même jour, l'Espagne, deuxième pays le plus touché d'Europe derrière l'Italie, a annoncé l'instauration de contrôles à ses frontières terrestres à compter de lundi minuit. Le ministre de l'Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, a précisé que seuls les ressortissants espagnols, les étrangers résidant en Espagne, les travailleurs transfrontaliers, les diplomates et les personnes justifiant d'un cas de force majeure seraient autorisés à pénétrer sur le territoire.

Les restrictions aux frontières s'ajoutent à une cascade de mesures prises dans les différents pays. Ecoles et universités, restaurants, bars, discothèques, cinémas, sont désormais fermés un peu partout, y compris les pubs en Irlande et les maisons closes aux Pays-Bas. La Suisse a quant à elle décrété l'état d'urgence, interdisant pratiquement "toutes les manifestations publiques et privées". Le gouvernement britannique demande d'éviter tout contact et déplacement "non essentiel".

Le Luxembourg veut quant à lui faciliter le travail des transfontaliers. Hôtel offert aux professionnels de santé, certificats pour passer la frontière ou abolition des limitations des jours de télétravail : face à l'épidémie du coronavirus, le Luxembourg  a édité lundi des formulaires justificatifs pour le passage de la frontière des résidents allemands et français, des personnes indispensables à son économie, les frontaliers représentant 46% de la masse salariale de ce petit pays.

Environ 106 000 travailleurs basés dans le Grand Est traversent quotidiennement la frontière pour venir travailler au Luxembourg. Grâce aux certificats, les travailleurs frontaliers pourront théoriquement être exemptés de restrictions sur les traversées des frontières. "Toute notre économie, tout notre secteur de la santé risque de s'écrouler avec l'absence des frontaliers donc il faut tout faire pour qu'ils puissent venir travailler", a déclaré lundi matin la ministre luxembourgeoise de la Santé, Paulette Lenert.

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