Déconfinement : les chirurgiens-dentistes ne rouvriront que s'ils ont "l'ensemble du matériel nécessaire"

Un chirurgien-dentiste de l\'agglomération de Rennes (Ille-et-Vilaine) assure les seuls soins dentaires d\'urgence en période de crise sanitaire du Covid-19, le 7 avril 2020.
Un chirurgien-dentiste de l'agglomération de Rennes (Ille-et-Vilaine) assure les seuls soins dentaires d'urgence en période de crise sanitaire du Covid-19, le 7 avril 2020. (DAVID ADEMAS / MAXPPP)

Le docteur Nathalie Delphin, chirurgienne-dentiste, se réjouit mardi sur franceinfo de la possibilité d’acheter plus de masques pour certains soignants. Mais elle craint que les chirurgiens-dentistes ne soient pas prêts pour la reprise de leurs soins.

Alors que des dentistes ont posé nus sur les réseaux sociaux pour interpeller sur le manque de moyens de protection dont ils disposent, Nathalie Delphin, chirurgienne-dentiste en Gironde et présidente du syndicat des femmes chirurgiens-dentistes (SFCD), approuve la possibilité d’acheter 24 masques par semaine pour certains personnels soignants, mardi 5 mai sur franceinfo. Elle juge pourtant que les chirurgiens-dentistes ne sont pas prêts pour le déconfinement et manquent toujours de matériel. La mise en place des mesures barrières va aussi entraîner un surcoût pour les praticiens, alors que les cabinets n’ont pas eu beaucoup de patients depuis le début du confinement. Nathalie Delphin rappelle qu’il reste important de venir suivre des soins bucco-dentaires.

franceinfo : Comment accueillez-vous cette augmentation du contingent de masques pour les dentistes à 24 par semaine ? Concrètement comment va se passer la réouverture le 11 mai ?

Nathalie Delphin : Nous sommes passés de zéro à 24 masques, c'est une excellente nouvelle. Après, nous sommes toujours dans l'incertitude de savoir si ça sera vraiment disponible le 11 mai. Les chirurgiens-dentistes ont toujours été des personnels soignants extrêmement exigeants sur la désinfection de leurs cabinets et sur la mise en sécurité de leurs patients. Cette augmentation des exigences de protection nous oblige à être encore plus aguerris. Sans ces masques, il n'y aura pas d'ouvertures. Avant, nous changions déjà de masque chirurgical après chaque patient. C’était notre protocole pour l'ensemble des praticiens sur le territoire. Aujourd'hui, ce ne sont plus des masques chirurgicaux dont nous avons besoin, ce sont des masques FFP2. Nous pouvons garder ces masques FFP2 deux à trois heures sans y toucher. Ça va énormément changer l'ensemble de nos protocoles. La désinfection entre chaque patient va aussi être extrêmement renforcée. Nous allons être obligés de prendre moins de patients par journée à cause de toutes ces nouvelles mesures.

Etes-vous prêts collectivement à une réouverture massive des cabinets à partir de la semaine prochaine ?

Si vous me demandez aujourd'hui [mardi 5 mai] si les cabinets dentaires sont prêts à ouvrir le 11 mai, je vous dis non parce que nous n'avons toujours pas l’ensemble du matériel nécessaire. Le masque n'est pas le seul équipement dont les chirurgiens-dentistes ont besoin. Nous avons besoin des fameux EPI [équipements de protection individuelle] : les surblouses, le gel. C'est aussi tout le matériel nécessaire pour la mise en sécurité des patients. Nous l'espérons de tous nos vœux, mais pour le moment nous ne voyons rien venir. Nous achetions déjà ces EPI de façon régulière pour nos cabinets dentaires. Il faut comprendre que dès fin février - début mars, l'ensemble de nos fournisseurs habituels ont eu une interdiction de vente envers nous. Depuis début mars, nous ne pouvons plus rien acheter pour nos cabinets dentaires. Quand nous avons dû fermer nos cabinets le 16 mars, nous avons simplement donné ce qui restait dans nos cabinets pour les régulations des urgences dentaires et à l'ensemble des autres soignants qui étaient en manque criant de ce matériel.

Est-il urgent, pour vous, que les Français reprennent leurs soins dentaires ?

C'est une urgence. La santé bucco-dentaire fait partie de la santé globale des Français. Ça fait deux mois que beaucoup de patients attendent. Il faut comprendre que depuis le 16 mars, certains patients ont dû interrompre leurs soins. Nous avons été obligés. Cette continuité de soins, nous leur devons. La France doit ça à ses patients. Il ne faut pas attendre. Dès lundi 11 mai, il faut appeler son chirurgien si on a un problème bucco-dentaire. Les praticiens feront tout pour trouver des solutions pour eux. Il ne faut pas attendre, il faut se soigner. La santé bucco-dentaire, c'est important et nous sommes là pour y répondre.

Est-ce que l'urgence est aussi financière pour les praticiens ?

L'urgence est financière. Un cabinet dentaire, ce sont quand même des coûts et des mises en place. Il a été estimé que le surcoût dû à l'organisation particulière de ce post-Covid va augmenter. Par mois, le coût pour les cabinets sera d'à peu près 1 000 euros, ne serait-ce qu’en équipement. Pendant ces deux mois, les cabinets dentaires n'ont pas pu exercer et nous n'avons eu qu’extrêmement peu d'aide. C'est très, très compliqué.

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